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Hôte : Linda ; 05h25 – Bibliothèque de Hanakaze, maison des Mayer
Mes perceptions se connectent aux sens de Linda ; avec résignation ses yeux fixent la pile de fiches grasses posées sur son bureau, un soupir léger, sa main droite saisit la première feuille.
— Bon sang ! Au-delà de soigner son écriture, Amélia aurait pu éviter la graisse. Voilà ce qui arrive quand on refuse de s’exercer ! Elle écrivait déjà mal mais maintenant c’est vraiment pire, les lettres sont malformées, incomplètes, les phrases sont totalement désordonnées… Elle veut que je l’aide ou que je résolve une énigme !
Elle saisit sa plume près de l’encrier, prend une autre feuille, une tache de chocolat se trouve dans le coin gauche et ses doigts se tachent.
— Sérieusement ! Elle écrit en cuisinant ou ses feuilles lui servent de torchons !
La fraîcheur de la brise caresse son visage. Dehors les firins virevoltent en laissant leurs mélodies se répandre dans le silence de la bibliothèque. Linda expire, prend une feuille neuve, commence à rédiger ce qu’elle déchiffre.
— Il va falloir que je remette tout au propre. D’abord les noms des recettes par ordre d’ingrédients. Ensuite, la liste de ceux-ci et les quantités. Enfin, chaque étape avec un maximum de détails. Je demanderai à Noémie d’illustrer.
Son air renfrogné, Linda trempe la pointe dans l’encrier, expire, sa plume revient sur le chanvre dans un grattement. Son écriture est rapide, ses gestes contrôlés par une pression faible. Elle saisit une autre page de l’énorme pile, prend des notes. Lisant vite, s’attardant sur les mots.
— Mergerine… Mergerine… Ah… Amélia écrit des « e » au lieu des « a ». Margarine.
Un long soupir s’échappe. Son regard se fixe, son index tapote le bureau.
— Modre le grainn… hum… Moudre le grain. Péculine ? C’est quoi ça encore ? Ah… Pectine… Eh bien, ce n’est pas gagné. Copoudre ? Saupoudrer, je suppose.
Chaque mot qu’elle prononce est murmuré dans un presque silence. « C’est vraiment impressionnant qu’elle fasse autant de fautes, je sais qu’elle est dyslexique, mais tout de même… »
— Ffue.
« Non… Juger les autres est incorrect. Après tout, personne n’a les mêmes compétences ou capacités. Si par exemple je devais cuisiner, Amélia m’écraserait facilement. Même chose au tir à l’arc, elle me surclasserait de très loin. » Avec calme, Linda reprend son écriture plus sereine et sourit même. « Je peux l’aider avec mes connaissances, tout comme elle m’aide avec les siennes. Une communauté est un ensemble de diverses capacités et non des individus aux mêmes talents. Souvent, c’est facile de l’oublier. »
Ses sensations s’effacent… Me revoilà dans mon bureau mnésique, Naya est assise et lit un livre…
— Mon cher petit observateur, as-tu seulement conscience de qui est Linda ? Non, ne réponds pas, c’est une simple humaine, et pourtant elle est si intelligente, même si personne n’arrive à la cheville de la grande Mirina, même pas moi, une Chishiki…
Que veut…
— Chut, c’est moi qui parle, mon cher, pas de pensées de ta part, ha, ha… Comme je disais, j’aime beaucoup Linda ! Elle est studieuse, calme, sérieuse, et tu as vu la fiche qu’elle a rédigée sur elle. La bisexualité, fascinante, il va falloir que je m’y essaie… D’ailleurs elle a écrit un roman, j’irai le lire… Je crois que c’est l’histoire d’une jeune femme qui affronte des méchants… Oh, on dirait que tu vas te connecter à un autre hôte, à plus !

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