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Hôte : Shana ; 07h15 – Place centrale de Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens de Shana. Son regard fixe Tomo, qui fait des pompes près du salon de coiffure, Mélanie discute avec Annie devant la devanture. Doucement, elle se lève du banc devant la boulangerie, glisse le sac vide dans la poche arrière de son short. « J’ai été un peu trop gourmande. » D’un pas serein, traverse la place centrale, observe l’avant de la fontaine, Camille et Caroline regardent les pigeons manger les miettes. Ses yeux se déplacent vers l’épicerie, James discute avec Amara. Shana arrive finalement devant la boucherie, ouvre la porte sereine, la clochette tinte. Éline sort de l’arrière-boutique en souriant, se positionne derrière le comptoir.

— Bonjour Shana ! Tu sais que tes courbes sont magnifiques. Même ton prénom dit que tu es belle et précieuse. Au fait, je m’appelle Éline Ariin, j’ai vingt-quatre ans, bouchère de métier.

— Euh… Bonjour… Je ne pensais pas que tout le monde saurait qui je suis aussi vite.

— Kuroki a déjà beaucoup parlé de toi. Tu lui as fait bonne impression.

Mon hôte parcourt la pièce modeste du regard, s’arrête sur les portes inoxydables de tailles diverses présentes dans le mur en pierre de taille, s’approche du comptoir.

— Je ne vois pas de viande, où est-ce que tu l’entreposes ?

— Dans les trappes réfrigérées derrière moi.

— Comment fonctionne-t-elle ? Je ne vois aucun cristal d’ERA.

— De l’eau contenant des aquinas qui passent dans des conduites intégrées dans le mur.

— Je n’ai jamais entendu parler de ce système. Qui l’a inventé ?

— Il est unique au village. De ce que j’en sais, l’eau circule à travers des tuyaux en acier trempé. Mon père a effectué des recherches, mais on l’ignore toujours.

Les marches des escaliers craquent. Shana tourne la tête… Thomas s’approche du comptoir.

— Ce système fonctionne en circuit fermé. Sache que dans le noir, les aquinas maintiennent l’eau à une température négative et grâce à leurs mouvements, elle circule librement, ce qui évite le gel. Par ailleurs, en interne on est proche de zéro degré. De plus, une pompe à pression sous le comptoir permet d’en vider l’air.

Tranquillement, Éline tapote son index sur le comptoir.

— Je te présente mon père ! Il s’appelle Thomas Bélim, c’est le professeur de l’école de Hanakaze.

— Enchantée ! Je ne savais pas… Ce n’est dans aucun livre qui parle des aquinas.

— Les livres ne sont pas la seule source de savoir, l’expérience est importante. Cependant, ce que je dis n’est pas une garantie, c’est une rumeur.

— Ha, ha… En effet.

— Désolée. Quand mon père part dans une explication, impossible de l’arrêter.

— Ce n’est rien, mais dis-moi, combien de temps réussis-tu à garder la viande fraîche ?

— Un mois, dans les meilleures conditions.

— C’est un délai énorme. À la capitale, on arrive à la garder une semaine au mieux.

D’un regard souriant, Thomas observe sa fille.

— Je vais y aller !

— À ce soir ! J’enveloppe la viande dans des feuilles salées, ce qui évite le goût, mais aide à la conservation. Alors, est-ce que tu as besoin de quelque chose ? N’hésite pas, je te l’offre.

Thomas quitte la boucherie d’un pas rapide, la clochette tinte. Shana observe l’atelier de découpe parfaitement nettoyé, rangé et organisé, scrute le registre sur le comptoir.

— Je vais prendre deux filets de cocin, mais dis-moi… Comment sais-tu quelle trappe ouvrir ?

— Le registre est là pour ça, regarde, le numéro de chaque trappe est noté.

— Tu es très bien organisé, mais as-tu pensé à la congélation ?

— Oui, mais ce ne serait pas correct de vendre de la viande congelée et même potentiellement très dangereux. Si une étape de la chaîne du froid se brise, tu peux tuer une personne.

Ouvrant une trappe, Éline sort la viande, la recouvre avec une feuille de peau fraîche.

— Voilà, ça tiendra la viande fraîche un bon moment, mais il faut la cuisiner dans la journée.

— Merci, mais c’est quoi cette peau fine ?

— Du boyau de cocin sécher, il offre une bonne protection aux bactéries.

— Est-ce que toi aussi tu ne payes pas ce que tu achètes ?

— En effet. En échange, je m’assure de la qualité et de la préservation de la viande.

— Ce modèle économique s’applique-t-il à tout le village ?

— Oui, c’est Kenji qui l’a mis pour éviter tout gaspillage inutile de vie et de ressources.

— Au fait, tu as le même nom que Samuel ? Tu es enceinte de combien de mois ?

— Normal, c’est mon mari ; Six ! Et ce petit bout de chou sait se faire entendre.

Le regard souriant, Shana s’accoude au comptoir.

— C’est un garçon ou une fille ? J’aurais bien aimé avoir un petit frère ou une petite sœur, moi.

— Ha, ha… Je l’ignore encore et moi aussi.

— Hanakaze semble être un village vraiment paisible. Tu y vis depuis longtemps ?

— Je suis née ici, et toi ?

— À Célestia.

— Parle-moi un peu de la capitale ?

Shana commence son explication, soudain la clochette tinte, elle se retourne. Anka s’avance d’un pas calme, effectue divers signe qu’Éline observe avec attention.

— Je vois… deux entrecôtes de bœuf et un filet de poulet.

Anka hoche la tête, fait divers signes à Shana, qui reste perplexe.

— Désolée… Je ne comprends pas…

Souriante, Anka ralentit ses mouvements, Éline dépose un sac compartimenté sur le comptoir.

— Anka est muette suite à une agression, elle ne parle plus qu’en langue des signes.

— Je ne sais pas du tout comment la parler, ni même la lire.

— Je vais traduire, même si je n’en suis pas non plus une experte… Elle te dit « Bonjour ».

— Euh… Bonjour.

— Je m’appelle Anka Yurei.

— Shana… Elliot

— Je sais, Kuroki m’a parlée de toi. Tu es très belle.

Ses sensations s’effacent subitement… Me voilà cette fois dans le salon mnésique, Naya tricote des chaussons, laine bleue et rouge…

— Déjà de retour mon p’tit Noran… Au passage, ce que tu me vois fabriquer ici, je le fais dans le monde physique, et non, ce n’est pas pour Éline, mais une femme près de chez moi. Je pourrais acheter du tout fait, mais c’est plus simple de le faire soi-même quand on a le savoir et les capacités physiques. Savais-tu par ailleurs que ce qui freine les gens, ce n’est pas la fainéantise, mais un manque de connaissances ou d’habilités ?

Mirina disait en partie cela…

— Oui, je sais… même si ses thèses étaient bien plus poussées… Bon, a plus…

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