CHAPITRE 4 : CONFRONTATION

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Toujours trainé par l’Ankou, Pierre le regardait avec mépris et insolence. Et, d’un ton qu’il voulait fanfaron, il déclara :

- Je peux marcher tout seul !

L’Ankou ne prit pas la peine de s’arrêter pour le lâcher et Pierre se retrouva le nez dans la terre. Il se releva rapidement et se remit en route après avoir prit soin de tirer la langue au passeur.

- C’est encore loin ?

- Tu es pressé ? Répondit l’Ankou avec amusement.

- Non…

Puis, se rappelant qu’effectivement il n’était pas pressé de savoir quand il arriverait, il décida de changer de sujet.

- La créature avec des ailes, elle fait passer les âmes comme vous ?

- Je ne sais pas.

- Qu’est-ce qui se passera quand vous m’aurez fait passer ?

- Je ne sais pas, répondit le passeur avec un léger soupçon d’agacement.

- Vous savez rien !

- Je suis le passeur ! Je ne suis jamais allé de l’autre côté ! S’emporta-t-il.

A ces mots, Pierre s’arrêta. Sa réalité venait de prendre un terrible tournant : il avait dû accepter sa mort et maintenant il savait que chaque pas le rapprochait de ce qu’il pensait être sa disparition totale.

N’entendant plus les pas de son jeune compagnon, l’Ankou se retourna. Certes l’enfant l’avait provoqué, « énervé » pensa le passeur ; mais après tout ce n’était qu’un enfant. Il s’agenouilla devant Pierre.

- Ecoute, contrairement à Gabriel, je ne peux rien te promettre. Je peux simplement te garantir une chose : c’est qu’elle prendra soin de toi.

- La Mort…

Pierre ne put s’empêcher de frissonner quand il prononça le nom de cette entité dont il avait si souvent entendu parler, sans pour autant la craindre. Mais depuis qu’il était passé de vie à trépas, les choses étaient différentes.

- Tu hésites à me suivre ?

- Si je suis l’autre créature, je reverrai mon père au Paradis. Et ma mère nous rejoindra !

- Tu en es sûr ?

Pierre acquiesça d’un geste de tête vigoureux, mais on pouvait lire dans ses yeux le doute. Malicieux, l’Ankou demanda :

- Pourtant tu m’as vu à la rivière… Et ne nie pas ! C’était-il empressé d’ajouter quand Pierre allait le contredire.

- Oui, répondit Pierre en levant légèrement les yeux au ciel, agacé que l’Ankou ait raison.

- Ta mère et le prêtre (il fit une moue et cracha par terre), eux ne m’ont pas vu. Ce qui me laisse penser que tu ne crois pas en leur Dieu.

A peine l’Ankou eut fini sa phrase, qu’il entendit un bruit d’aile. Il se leva d’un bond et vit dans le soleil, une silhouette familière qui se posa délicatement dans l’herbe.

- Mais il n’est jamais trop tard pour commencer !

Michel cacha le soleil de sa tête et laissa apparaître son visage angélique. Pierre regarda l’Ankou, ce fut fugace mais il l’avait vu, cette haine viscérale envers la créature qui venait d’arriver.

Sans présentations aucunes, Michel attrapa Pierre par le bras et le contempla de toute sa hauteur.

- Mon enfant, dit-il solennellement. Si tu viens avec moi, tu reverras ta mère au Paradis.

- Et je reverrai mon père aussi ? Demanda Pierre plein d’espoir.

L’Ankou regarda son corps duquel s’échappait de nouveau une épaisse cendre.

- Non ! Répondit sèchement l’Archange. Avant d’ajouter avec mépris, ton père t’a induit en erreur avec de fausses idoles. Il est à la place qu’il mérite : en Enfer.

Michel n’avait pas le don des mots, par conséquence, il n’était pas doué pour le mensonge. Quelqu’un d’autre que lui aurait pu trouver ces mots durs et sans empathies. Pour lui, il avait fait ce qui était juste : dire la vérité. A quoi bon mentir à l’enfant ? Plus tôt il serait conscient de cette vérité mieux cela serait. Du moins, c’est ce qu’il croyait.

Pierre essaya de se libérer de l’emprise de Michel, qui restera d’avantage sa poigne. Sans crier gare, l’Ange lâcha l’enfant et fit un bon en arrière quand il sentit passer non de sa gorge la lame de granit de l’Ankou.

Il prit son bouclier et l’attacha à son bras, l’air ravi.

- Je dois confesser que, j’espérais que tu ferais ça !

Il dégaina son glaive dans un bruit métallique et frappa deux fois son bouclier, sonnant le début du combat.

Les coups pleuvaient, les esquives aussi. Pierre se trouva pris entre les deux créatures, chacune l’attirant vers elle. Ses doutes quant à ses propres croyances ne pouvaient être plus concrets qu’en cet instant.

L’échange des coups faisaient trembler la terre des Monts d’aérée. Avec un effort certain, l’Ankou parvint à récupérer Pierre et à le pousser derrière les arbres de la forêt de Huelgoat.

Le passeur était en piteux état : le souffle saccadé, les mouvements lourds et lents, il donnait pourtant toute son âme (si tant est qu’il en avait une) dans ce combat.

Les deux créatures se trouvaient dans une épreuve de force et aucune d’elle n’était disposée à céder une once de terrain à l’autre.

Michel voulut prendre l’ascendant et bondit dans les airs, déployant ses magnifiques ailes blanches teintées de marron et attaque l’Ankou. Ce dernier para le coup in extremis.

L’Ankou tenait tant bien que mal, mais ne put résister à la force de Michel qui parvint à fendre légèrement le bois du manche de la faux à lame inversée.

Une onde d’énergie résultat de ce coup et sépara les deux combattants. Malgré la surprise de cette intrigante issue, Michel remarqua que l’Ankou n’était pas au mieux de sa forme.

- Tes pouvoirs faiblissent vieil homme. Dit-il avec un sourire mauvais.

L’Ankou, dont ces morts venaient de raviver sa haine pour l’Archange, feinta Michel et réussit à le désarmer. Alors que l’épée de l’Ange se planta dans le sol, l’Ankou lança une ultime attaque que Michel parvint à esquiver de justesse, avant de lui donner un coup de bouclier dans la poitrine qui l’envoya valdinguer jusqu’à a lisière de la forêt. L’Ankou atterrit avec fracas à côté de Pierre, qui sursauta. Il voulut aider le passeur à se relever, mais l’orgueil parlant, l’Ankou se releva seul.

Michel récupéra son épée et vola vers la lisière de la forêt où il se heurta à un ur invisible qui le fil tomber à la renverse. Humilié par le sourire de l’Ankou, il se releva rapidement et de la pointe de son épée, tenta de percer la muraille imperceptible. En vain.

- Et les tiens ne sont pas assez puissants pour pénétrer cher moi. Déclara l’Ankou avec un petit rictus.

Michel leva les yeux vers lui et le regarda d’un air dément.

- Pour l’instant.

L’Ankou se tourna vers Pierre, « Allons-y » avait-il dit d’un ton qui n’appelait pas à la réplique et ils partirent sous le regard de Michel qui planta son épée dans le sol.

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