CHAPITRE 5 : LE CHEMIN DES ÂMES

4 minutes de lecture

Cette partie du voyage se fit dans un silence pesant. L’Ankou ne cessant de ruminer le combat qu’il venait de livrer, et il lui fallait se rendre à l’évidence : Michel était bien plus fort et rapide que lui. Il ne devait son salut qu’à un coup de chance (si l’on pouvait appeler un coup de bouclier un coup de chance). Il savait qu’un second affrontement lui serait probablement fatal. Il fit la moue à cette simple idée ; lui, le passeur, la créature la plus crainte de Bretagne se torturait l’esprit avec des idées morbide.

Pierre quant à lui avait ses propres pensées. Gabriel lui avait menti et sa mère aussi (même si cela lui importait moins), mais l’autre créature, le guerrier lui avait dit que son père était en Enfer et qu’il ne le reverrait jamais. A bien y réfléchir, une autre créature ne lui avait jamais menti depuis qu’il l’avait rencontré : l’Ankou. Pierre se laissa alors laisser à une rêverie, s’il laissait le passeur Breton l’emmener, peut-être reverrait-il son père. L’enfant se réjouit à cette idée, mais se fut de courte durée car le problème prenait maintenant une autre tournure : s’il passait avec l’Ankou, alors il ne reverrait pas sa mère. Et cette pensée le replongea dans un état de profonde tristesse.

Il revint à la réalité quand il vit de part et d’autre du chemin, des silhouettes éthérées qui tenaient des bougies à la main.

- Qu’est-ce que c’est ? Demanda Pierre intrigué.

- Les Âmes de chaque Breton… Ceux qui restent.

« Les Âmes de chaque Breton » pensa Pierre en regardant aux alentours, et si… Une fois de plus, l’Ankou comprit ce que l’enfant avait en tête. Il hésita à lui dire la vérité, mais il lui semblait important qu’il sache.

- Tu ne trouveras pas ta mère ici. Dit-il avec douceur.

- Parce qu’elle ne croit plus en vous.

- Parce qu’elle ne croit plus en moi…

Pierre s’aperçut que ses morts avaient causé, involontairement, du tort au passeur. Il tenta de s’excuser mais l’Ankou ne l’écoutait pas et continuait sa marche.

Pierre, fasciné par la beauté du lieu, fut attiré par l’Âme Vivante d’une personne âgée, dont la flamme vacillait dangereusement. Piqué par la curiosité, l’enfant s’avança vers l’âme et la salua d’un geste de main, mais n’obtint aucune réponse.

Des picotements se firent sentir au bout de ses doigts, il regarda autour de lu et vit que l’Ankou n’était pas dans les parages. Il leva alors sa main et approcha avec précaution ses petits doigts près de la flamme vacillante. Il y était presque lorsque l’Âme Vivante s’avança vers lui. Il poussa un cri de frayeur en tombant à terre et se mit à reculer jusqu’à butter sur les bottes de l’Ankou qui l’aida à se relever.

- Je lui ai fait mal ? Demanda Pierre avec inquiétude.

- Ce n’est pas toi.

Pierre regarda alors autour de lui et vit que le phénomène dont il venait d’être témoin, n’était pas un cas isolé. Le peu d’Âmes Vivantes qui restaient, quittaient tour à tour leur place pour se diriger vers l’entrée du Chemin des Âmes.

- Qu’est-ce qu’elles font ?

- Un choix… murmura l’Ankou dans un souffle.

Pierre resta quelques instants sans rien dire, il admirait ce spectacle qu’il trouvait, pour il ne sait qu’elle raison, à la fois beau et triste. Il regarda le visage de l’Ankou et aurait juré, y voir une légère larme couler. Puis, il regarda le chemin qui lui restait à parcourir avant de revenir sur l’Ankou.

- Allons-y.

L’Ankou, ému, regarda l’enfant et lui offrit son plus beau sourire. Puis, ils s’en allèrent l’un à côté de l’autre vers leur destination qui, ils le savaient, mettrait un terme à leur aventure.

L’ascension des Monts d’Arrée continuait et bientôt l’Ankou vit poindre à l’horizon le Roc’h Trevezel coeur de son royaume.

Malgré le chemin escarpé, Pierre montait sans difficulté, ce qui n’était pas le cas de l’Ankou qui aurait bien aimé que le garçon ralentisse un peu.

Au loin, on commençait à distinguer le cercle de menhirs. Pierre s’avança alors cers la pointe du Roc’h Trevezel et admira le chemin parcouru, émerveillé par la majesté des paysages. Les forêts, les landes et les champs parés des couleurs d’automne de cette fin d’après-midi, apaisaient son esprit et remplissaient son coeur de paix.

L’Ankou avait dépassé Pierre et constata que l’enfant ne bougeait pas.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- Je regarde.

L’Ankou leva légèrement les yeux au ciel avec un léger sourire aux lèvres et rejoignit Pierre sur la pointe du Roc’h. Le spectacle de la lumière jouant sur le relief des Monts d’Arrée, sublimant chaque partie du paysage qui s’offrait à lui, lui mit les larmes aux yeux.

- J’avais oublié… à quel point c’était beau.

Pierre lui sourit et lui prit la main. Ils restèrent là à contempler le paysage changer de lumière sous la course du soleil, qui ne tarderait pas à se terminer.

Pendant ce temps, sur le Chemin des Âmes, les Âmes Vivantes qui restaient, quittaient de plus en plus rapidement la forêt de Huelgoat, s’évaporant en passant la frontière.

Michel, agenouillé en prière, ouvrit les yeux et se réjouit à la vue de ce spectacle. Il se leva et attrapa son glaive toujours planté dans l’herbe, puis l’utilisa afin de savoir si la barrière était toujours là.

Le glaive passa la frontière.

Extatique, Michel rengaina son arme, attrapa son bouclier et se mit à courir à contrecourant du flot d’Âmes Vivantes qui quittaient le Chemin des Âmes.

Il décolla en direction du Roc’h Trevezel.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Baptistelc ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0