Chapitre 8 l'entrepot
LA GLACIÈRE DU SOLEIL, VITROLLES — 20H13
Le conduit de ventilation mesurait quarante centimètres de large et sentait l'acier froid et la condensation vieille de plusieurs années. Gabriel se déplaçait à l'intérieur avec des mouvements lents, mesurés, économiques — technique apprise en observant un technicien du GIGN s'entraîner à des pénétrations discrètes sur un site similaire près de Versailles. Chaque appui des mains et des genoux placé sur les nervures du conduit plutôt que sur les parois lisses, pour éviter la vibration. Respiration nasale, lente, pour minimiser la condensation visible.
Il faisait moins huit degrés dans les zones réfrigérées. Sa chaleur corporelle générait de la vapeur dans chaque expiration. Trois minutes à l'intérieur, il avait ajusté son rythme respiratoire — technique d'apnéiste, observée à la piscine Vallier six mois plus tôt. Son souffle devenait imperceptible.
Dix-neuf minutes pour traverser les conduits. Il déboucha sur une grille de ventilation donnant sur la zone de stockage principale et s'immobilisa.
Il compta. Cinq hommes.
Deux dans la salle de repos du fond — ronflements audibles. Un en patrouille entre les palettes, rythme régulier, vingt-huit secondes par circuit. Un posté à l'entrée du bureau administratif, dos à la porte, téléphone en main — lumière bleue de l'écran visible à vingt mètres.
Le cinquième il mit quarante minutes à le trouver.
Une nacelle élevée, éteinte, dans l'angle nord-est — angle mort de toutes les caméras, vue complète sur le sol. L'homme était immobile depuis assez longtemps pour que Gabriel n'ait pas vu le mouvement en entrant. Professionnel. Pas un gardien. Un guetteur.
Gabriel l'observa vingt-trois minutes.
La façon dont il balayait l'espace : irrégulière, délibérément. Intervalles variables de quatre à quatorze secondes. La marque d'un entraînement sérieux — quelqu'un qui a appris qu'un balayage régulier se lit et se contourne. Sa façon de tenir son arme : index le long du pontet, corps détendu, bras jamais en tension. Un professionnel qui a appris à ne pas dépenser d'énergie avant d'en avoir besoin.
Et la façon dont il tenait la tête. Légèrement inclinée vers la gauche. Un angle culturel ou régional — Gabriel avait vu ça sur les photos d'identité de Vukic. Balkanique, peut-être serbe, peut-être croate.
Il passa quarante-sept minutes dans l'entrepôt. Ne toucha rien. Photographia mentalement l'ensemble : palettes, codes-barres, marque du groupe électrogène, modèle des caméras Hikvision avec leurs angles de couverture et leurs zones mortes, numéros de série visibles sur les premières caisses.
Puis il trouva autre chose.
Dans la poussière du conduit de ventilation, en ressortant : des traces qui n'étaient pas les siennes. Pointure 45 estimée, semelles lisses. Fraîches — pas plus de quarante-huit heures.
Quelqu'un d'autre était passé là.
Gabriel resta immobile trente secondes dans le conduit. Son cerveau travaillait : TRAMONTANE était censé être une opération à effectif limité. Broca avait dit unique lien opérationnel. Si quelqu'un d'autre était passé ici — avant lui, sans que Broca le sache — alors soit Broca mentait, soit il y avait une variable dans cette opération que personne ne lui avait communiquée.
Les deux options avaient des implications différentes.
Toutes les deux étaient inconfortables.
Il ressortit dans la nuit de Vitrolles. L'air sentait l'herbe sèche et le bitume refroidi. Il s'assit une minute contre le mur extérieur, laissa son corps reprendre une température normale.
Son téléphone bipa. Message de Broca, chiffré.
VUKIC IDENTIFIÉ À MARSEILLE. TRAMONTANE ACCÉLÉRÉ. RENDEZ-VOUS DEMAIN 08H00. APPARTEMENT ENDOUME.
Gabriel regarda le message. Regarda la nuit de Vitrolles — sans étoiles, orange de pollution lumineuse, le ciel des zones industrielles qui ne dort jamais vraiment.
Il pensa aux traces de semelles.
Il ne dit rien à Broca ce soir-là. Il voulait d'abord comprendre ce qu'il avait vu.

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