Prologue
Lundi. 14 h 07.
L’email est arrivé entre deux gorgées de café.
Je ne m’en souviens pas comme d’un choc. Pas tout de suite. Il y a eu d’abord un décalage, une seconde flottante où mon cerveau a refusé de traiter l’information — comme quand on pose la main sur une plaque brûlante et que la douleur met un instant à remonter.
Mon prénom. Son écriture. Pas de sujet.
J’ai cliqué.
J’ai lu.
Et le monde s’est tu.
Autour de moi, l’open space continuait. Les claviers. Les téléphones. Quelqu’un riait près de la machine à café.
Moi, j’avais cessé de respirer.
Je fixais l’écran. Les mots ne bougeaient pas. Ils auraient dû bouger. Se réarranger. Dire autre chose.
Mais non.
Noirs sur blanc. Immobiles. Définitifs.
Cinq minutes plus tôt, j’avais tout.
Un homme. Un appartement. Un avenir.
Cinq minutes plus tard, je n’avais plus rien.
Il m’a fallu quatre ans pour arriver à cet email. Quatre ans d’amour, de promesses, de déchirures et de réparations. Quatre ans pendant lesquels un homme m’a demandée en mariage au sommet d’une montagne, m’a tenue dans ses bras pendant mes nuits les plus noires, a juré qu’il se battrait pour nous — puis m’a quittée par email un lundi après-midi, pendant que je souriais encore.
Si je raconte cette histoire, ce n’est pas pour qu’on me plaigne.
C’est parce qu’elle est vraie.
Voici comment on en est arrivés là.

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