Chapitre 4

12 minutes de lecture

Un an. On fêtait un an.

Un an de plage à l’aube, de San Sebastián, de parkings fermés, de premiers « je t’aime » sur des canapés, de maison basque aux colombages rouges, de pauses déjeuner de deux heures, de baisers au dentifrice à 7 h 30, de dimanches dans le jardin, de crêpes pour Emma, de foot avec les garçons, de cette vie qu’on avait construite et qui tenait debout, qui tenait même très bien debout, merci.

Et Erwan, mon cataclysme ambulant, avait décidé de fêter ça en grand.

— Madère. Une semaine. Une cabane dans les collines avec vue sur la mer.

— Sérieux ?

— Complètement sérieux.

— Mille fois oui.

— T’as même pas demandé le prix.

— Je m’en fiche du prix. Mille fois oui.

* * *

LA CABANE

Quand on est arrivés, j’ai retenu mon souffle.

La cabane était perchée dans les collines verdoyantes de l’île, entourée de fleurs sauvages, et en contrebas, la mer. Turquoise. Infinie. Le genre de vue qui vous coupe les jambes et vous fait dire des trucs nuls du genre « olala ».

— Olala, j’ai murmuré.

— Ouais. Olala.

J’avais prévenu : des trucs nuls.

La cabane elle-même : une grande pièce avec un lit king size, une kitchenette, une salle de bain, et une terrasse immense en bois qui donnait sur l’océan. Le genre d’endroit qu’on voit sur Instagram et dont on se dit : c’est truqué, personne ne vit vraiment là.

Nous, on allait vivre là pendant une semaine.

Moi, Chloé, trente-six ans, cyclothymique sans le savoir, j’allais passer une semaine dans un paradis avec l’homme que j’aimais.

La vie, parfois, est généreuse.

* * *

LES QUATRE PREMIERS JOURS

Comment vous dire. Comment mettre des mots sur quatre jours de bonheur absolu.

On se réveillait tard. On prenait le café sur la terrasse face à la mer, pieds nus, en peignoir, avec des fruits frais et du pain encore chaud acheté au village en bas de la colline. Le soleil montait. L’océan scintillait. Et cet homme à côté de moi, avec ses yeux noisette qui riaient dans la lumière du matin, qui me regardait par-dessus sa tasse de café comme si j’étais la huitième merveille du monde.

On a marché des kilomètres. Sur les levadas — ces canaux d’irrigation qui serpentent à flanc de montagne, bordés de fougères géantes, de fleurs, de cascades. Trois heures de marche dans un décor de film fantastique. L’air qui sentait la mousse et la terre humide. Nos mains entrelacées. Nos souffles qui se mêlaient dans l’air frais.

Au bout d’un sentier, une cascade. Immense. L’eau qui tombait dans un bassin naturel, transparent, glacé.

— On se baigne ?

— T’es fou. Elle est glacée.

— Et alors ?

— J’ai pas de maillot.

Son sourire. Le sourire de pub. Celui de Santa Clara. Celui qui précède toujours les catastrophes et les meilleurs souvenirs.

— Moi non plus.

En sous-vêtements. Glacés. Vivants. Hurlant de froid et de joie. Comme à chaque fois.

Le soir, on descendait à Funchal. Les rues pavées. Les petits restos. Le poisson grillé, les lapas, le bolo do caco — ce pain à l’ail moelleux qui à lui seul justifie le voyage. Le vin de Madère. Nos voix qui se mêlaient au brouhaha du restaurant.

— On pourrait revenir ici. Dans dix ans. Avec les enfants.

— Ou dans vingt ans. Juste nous deux. Pour nos vingt ans de mariage.

Il a souri. Ses yeux noisette dans la lumière des bougies.

— Nos vingt ans de mariage. J’aime cette idée.

— Moi aussi.

Et les nuits. Mon Dieu, les nuits. Sur la terrasse, avec l’océan en contrebas et les étoiles au-dessus. Dans le lit, avec la brise marine qui entrait par la fenêtre ouverte. Intenses. Passionnées. Lentes aussi. On prenait notre temps. On se redécouvrait. Loin du quotidien. Loin des enfants. Loin du stress. Juste nous. Juste nos corps. Juste cet amour qui ne voulait pas ralentir.

Un soir, après l’amour, allongés nus sous les draps, la fenêtre ouverte, le bruit des vagues.

— Je suis heureux, il a murmuré. Comme je l’ai jamais été.

— Même avec tout ce qu’on a vécu cette année ? L’emménagement ? Les enfants ? Le quotidien ?

— Surtout avec tout ça. Parce que c’est réel. C’est pas juste de la passion. C’est de l’amour. Profond.

— Je t’aime, Erwan.

— Moi aussi je t’aime.

Quatre jours comme ça.

Quatre jours où tout brillait, tout chantait, où le monde était exactement comme il devait être.

Et puis le cinquième jour est arrivé.

* * *

LE CINQUIÈME JOUR

Six heures de rando. Les montagnes du nord. Magnifique. Fatigant.

On est rentrés. Douche. L’amour. Lentement. Tendrement.

Puis on s’est allongés. Enlacés. La fenêtre ouverte. Le bruit des vagues.

Tout était parfait.

Et d’un coup, ça m’a pris.

Sans prévenir.

Sans raison.

Une vague. Immense. Dévastatrice.

Les larmes. D’un coup. Comme un barrage qui cède.

— Chloé ? Ça va ?

Je ne pouvais pas répondre. Je pleurais. Les sanglots sortaient malgré moi. Je n’avais aucune raison de pleurer. On venait de faire l’amour. On était dans un paradis. On s’aimait. Tout allait bien.

Tout allait bien et je m’effondrais.

— Chloé, qu’est-ce qui se passe ?

— Je… je ne sais pas.

— Tu ne sais pas quoi ?

— Je ne sais pas pourquoi je pleure.

Il s’est redressé. Inquiet.

Une peur m’a envahie. Irrationnelle. Incontrôlable. Comme un animal qui se réveille dans la poitrine.

— J’ai peur.

— Peur de quoi ?

— De tout. De rien. De perdre tout ça. De te perdre.

— Tu ne vas pas me perdre.

— Comment tu sais ?

— Parce que je suis là. Et que je reste.

— Mais et si… et si tout s’arrêtait ? Et si tu te rendais compte que je suis trop compliquée ? Trop instable ? Trop…

— Stop, Chloé. Stop.

Il m’a serrée contre lui. Fort. Comme pour empêcher les morceaux de se détacher.

— T’es pas compliquée. T’es pas instable. T’es juste toi. Et je t’aime. Exactement comme tu es.

J’ai pleuré. Longtemps. Dans ses bras. Dans cette cabane au-dessus de l’océan. Dans ce paradis qui venait de se fissurer.

* * *

LE MOT

Après quelques minutes, il a dit quelque chose.

Doucement. Avec précaution. Comme on pose un objet fragile.

— Chloé, je vais te dire un truc. Mais je veux pas que tu le prennes mal.

— Ok.

— Je pense que tu es peut-être… bipolaire. Ou quelque chose comme ça.

J’ai relevé la tête. Sous le choc.

— Quoi ?

— Ces réactions que t’as parfois… ces moments où t’es triste sans raison, où t’as peur de tout, où tu doutes de nous. Et à l’inverse, ces moments où t’es lumineuse, débordante, euphorique. Ça me rappelle quelqu’un. Une fille avec qui j’étais avant. Quelques mois. Elle avait le même genre de réactions. Elle était bipolaire.

Silence.

Le mot flottait entre nous. Bipolaire. Lourd. Terrifiant.

— Je dis pas ça pour te blesser. Je dis ça parce que… peut-être que ça expliquerait des choses. Et qu’il y a des solutions. Des traitements.

— Tu penses vraiment que je suis… ?

— Je suis pas médecin. Mais oui. Je pense que tu devrais consulter. Pour comprendre.

Je n’ai rien dit.

Parce que quelque part, au fond de moi, dans un endroit que je n’avais jamais osé regarder en face, je savais qu’il avait raison.

Il m’a serrée. Fort.

— Ça ne change rien pour moi. Je t’aime. Bipolaire, ou n’importe quoi d’autre.

— Même si je suis folle ?

— T’es pas folle. T’es sensible. Peut-être trop. Mais c’est une partie de toi. Et j’aime toutes les parties de toi.

— Ça ne te fait pas peur ?

— Non. Ça me donne juste envie de t’aider.

J’ai pleuré encore. Mais différemment. De soulagement.

Parce qu’il ne me jugeait pas.

Il m’a fait couler un bain. M’a préparé du thé. M’a mise au lit. M’a caressé les cheveux jusqu’à ce que je m’endorme.

* * *

CYCLOTHYMIE

De retour en France, j’ai fait des recherches.

Bipolaire. Troubles de l’humeur. Variations émotionnelles. Et je suis tombée sur un mot : cyclothymie.

La cyclothymie, pour ceux qui ne connaissent pas — et personne ne connaît, c’est le problème — c’est la petite sœur de la bipolarité. Moins spectaculaire. Moins connue. Moins prise au sérieux. Mais tout aussi épuisante à vivre.

C’est un trouble de l’humeur qui fait alterner, sans raison et sans prévenir, des phases hautes — euphorie, énergie débordante, légèreté, envie de dévorer le monde — et des phases basses — tristesse, anxiété, doutes, repli, envie de disparaître sous la couette et de ne plus exister. Les cycles sont plus courts et moins intenses que dans la bipolarité classique, mais ils sont constants. Permanents. Épuisants. Comme un ascenseur émotionnel qui ne s’arrête jamais.

Le pire, c’est que les gens ne voient rien. Parce que les hauts ressemblent à de la joie de vivre. « Oh, Chloé, t’es tellement pétillante ! » Non. C’est pas du pétillement. C’est une phase. Et les bas ressemblent à de la fatigue, du stress, un mauvais jour. « T’as l’air crevée, repose-toi. » Non. C’est pas de la fatigue. C’est le trou dans le plancher qui s’ouvre.

Et entre les deux, il y a vous. Vous, qui essayez de vivre une vie normale, d’aimer normalement, de travailler normalement, d’élever vos enfants normalement, sans savoir quel matin vous allez vous réveiller en haut de la montagne et quel matin vous allez ouvrir les yeux au fond du ravin.

Ça correspondait. Parfaitement.

Les messages de dix paragraphes à 1 h du matin, les projets fous, les rires qui n’en finissaient pas, San Sebastián, la plage à 6 h du matin, le oui-oui-oui-oui — c’était la phase haute. L’énergie solaire. L’euphorie.

Et les larmes sans raison, la peur de perdre, les questions répétées — « Tu m’aimes encore ? » « T’es heureux avec moi ? » « T’es sûr que tu veux rester ? » — c’était la phase basse. Le gouffre.

Tout ça avait un nom maintenant.

* * *

LE LOUP NOIR

Deux mois après Madère, un psychiatre. Des questions. Beaucoup de questions. Mes humeurs. Mes angoisses. Mes comportements. Mes phases.

Et à la fin :

— Vous êtes effectivement cyclothymique. C’est un trouble de l’humeur. Pas grave. Mais qui explique beaucoup de choses.

— Il y a un traitement ?

— Un régulateur d’humeur. Et une thérapie. Pour apprendre à gérer.

Soulagement.

Immense. Écrasant.

Je n’étais pas folle. J’avais un nom. Un diagnostic. Un traitement. Un chemin.

Mais un diagnostic, ça ne fait pas disparaître la chose. Ça la nomme. Ça la rend visible. Et une fois qu’elle est visible, il faut apprendre à vivre avec.

Alors je lui ai donné un nom à moi. Pas un nom médical. Un nom qui disait ce que ça faisait vraiment, de l’intérieur.

Le loup noir.

Parce que c’était exactement ça. Un loup noir, tapi quelque part en moi. Dans un recoin sombre que personne ne voyait. Patient. Silencieux. Toujours là.

Il pouvait dormir une ou deux semaines. Pas beaucoup plus. Et pendant ce temps, j’étais la Chloé que tout le monde aimait — lumineuse, drôle, débordante, celle qui rit trop fort et qui dit oui-oui-oui-oui et qui se baigne en sous-vêtements dans les cascades.

Et puis un matin, sans prévenir, le loup ouvrait les yeux.

Et il prenait toute la place.

Quand le loup noir se réveillait, ce n’était plus moi. Ou plutôt, c’était moi, mais possédée. Habitée par quelque chose de plus fort que ma volonté. Le loup s’installait dans ma poitrine, lourd, écrasant, et il soufflait son haleine froide sur tout ce que je touchais. Les couleurs disparaissaient. Les sons s’étouffaient. L’amour d’Erwan, qui cinq minutes plus tôt me semblait le plus beau cadeau du monde, devenait suspect. Fragile. Temporaire. Le loup me murmurait : il va partir. Il va se lasser. Tu ne mérites pas tout ça.

Et je le croyais. À chaque fois. Parce que le loup avait ma voix.

Personne ne savait quand il allait surgir. Pas moi. Pas Erwan. Pas les médecins. C’était ça, le plus épuisant — pas la crise elle-même, mais l’attente. Vivre avec un loup endormi dans la poitrine et ne jamais savoir quel matin il décidera de se réveiller.

Le soir du diagnostic, à Erwan. Dans notre chambre. Les enfants dormaient.

— Le psy m’a diagnostiquée cyclothymique.

— C’est quoi exactement ?

Et pour la première fois, j’ai trouvé les mots.

— C’est comme si j’avais un loup noir en moi. La plupart du temps, il dort. Et quand il dort, je suis moi. La vraie moi. Celle qui rit. Celle qui t’aime sans douter. Celle qui est heureuse. Mais parfois, il se réveille. Et quand il se réveille, il prend toute la place. C’est lui qui parle. Lui qui pleure. Lui qui demande quinze fois si tu m’aimes encore. Et moi, je suis quelque part derrière, enfermée, à regarder le loup détruire tout ce que j’ai construit.

Erwan m’a regardée. Longtemps. Avec ses yeux noisette. Sans un mot.

Puis :

— Alors on va l’apprivoiser, ce loup. Ensemble.

Ça ne change rien pour moi. C’est ce qu’il a dit ensuite. Et je l’ai cru. Parce qu’il le pensait. Vraiment.

* * *

LA LETTRE

Il y a eu une crise, quelques semaines plus tard.

Une mauvaise. Trois jours. Trois jours où le loup noir avait pris possession de tout. Où je ne sortais plus du lit. Où je pleurais sans raison. Où je repoussais Erwan qui essayait de m’approcher parce que le loup me disait qu’il allait partir de toute façon, alors autant le faire partir moi-même avant de souffrir.

Le troisième soir, Erwan est entré dans la chambre. Il s’est assis au bord du lit. Il avait une feuille de papier à la main.

— Je t’ai écrit un truc. Enfin, pas à toi. À lui.

— Quoi ?

— Au loup.

J’ai levé les yeux. Rouges. Gonflés. Il me regardait avec une tendresse qui m’a brisé le cœur.

— Tu veux que je la lise ?

J’ai hoqueté quelque chose qui ressemblait à oui.

Et il a lu.

« Loup,

Je te connais. Je sais que t’es là. Tapi quelque part dans la femme que j’aime.

Je sais que tu te réveilles parfois. Que tu prends sa voix. Ses yeux. Ses larmes. Que tu lui fais croire qu’elle ne mérite pas d’être aimée. Que tu lui souffles que je vais partir, que c’est trop dur, que personne ne reste.

Alors je t’écris pour te dire un truc.

Tu ne gagnes pas.

Tu peux te réveiller quand tu veux. Tu peux hurler aussi fort que tu veux. Tu peux prendre trois jours, une semaine, un mois.

Je serai toujours là quand tu te rendormiras.

Parce que moi, c’est pas toi que j’aime. C’est elle. La vraie. Celle qui est derrière toi. Celle que tu essayes de cacher. Celle qui rit trop fort et qui dit oui-oui-oui-oui et qui se baigne dans les cascades.

Et elle, elle vaut tous les loups du monde.

Alors tais-toi. Rendors-toi. Et laisse-la revenir.

Erwan. »

Je n’ai rien dit.

Pendant une longue minute, je n’ai rien dit.

Et puis j’ai pleuré. Mais pas les larmes du loup. Les miennes. Mes vraies larmes. Celles qui coulent quand quelqu’un vous aime si fort qu’il est prêt à écrire une lettre à vos démons pour leur dire de fermer leur gueule.

Il m’a prise dans ses bras.

Et le loup s’est rendormi.

Pas pour toujours. Jamais pour toujours. Mais pour cette fois.

* * *

Avec le traitement, j’ai appris. Pas parfaitement. Loin de là. Mais mieux.

À reconnaître les signes avant-coureurs — le froid dans la poitrine, la lenteur des gestes, la couleur qui s’efface des choses. À dire à Erwan : le loup bouge. Avant qu’il ne se réveille complètement.

— Je sens que je vais pas bien aujourd’hui.

— Ok. Qu’est-ce que je peux faire ?

— Juste être patient avec moi. S’il te plaît.

— Je le serai. Promis.

Et il l’était. Toujours.

Erwan n’avait pas signé pour ça. Pas pour le loup. Pas pour les crises, les larmes sans raison, les doutes qui reviennent en boucle, les questions qui épuisent. Personne ne signe pour ça.

Mais il était courageux pour nous deux. C’est ça que personne ne comprend, de l’extérieur. Quand on est cyclothymique, le courage, c’est pas seulement le nôtre. C’est aussi celui de la personne qui reste. Qui tient. Qui écrit des lettres à des loups noirs à 2 h du matin parce qu’il ne sait plus quoi faire d’autre.

— Merci d’être là.

— Y’a pas d’autre endroit où je voudrais être.

— Même quand le loup est là ?

— Surtout quand le loup est là. C’est là que t’as le plus besoin de moi.

Et je l’aimais encore plus pour ça.

Cet homme qui ne fuyait pas devant le loup.

Cet homme qui lui écrivait des lettres.

À Madère, j’ai vu l’amour sincère et sans limite d’Erwan. J’ai vu sa douceur. Et il a vu le loup — mon chaos intérieur, cette chose sans nom qui avait enfin un nom.

Il lui a écrit : « Tu ne gagnes pas. »

J’aurais voulu que ce soit vrai pour toujours.

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