Interlude VI
Le loup noir — Le festin
L’email.
Lundi 22 octobre. 9 h 47.
Ce n’est pas moi qui ai écrit cet email. C’est Erwan. Sa mère. La vie.
Mais c’est moi qui ai transformé l’email en apocalypse.
Parce qu’une rupture, ça fait mal à tout le monde. Mais avec moi, ça détruit. La différence entre la tristesse et le gouffre, entre le chagrin et l’effondrement total — c’est moi. Je prends une douleur normale et je la multiplie par mille. Par dix mille. Jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus respirer.
Elle s’est effondrée. Le téléphone à la main. Et j’ai fait ce que je fais le mieux : j’ai inversé. Tout ce qui était monté — l’amour, la bague, le Canada, la maison, les rêves — tout est descendu. D’un coup. Au sous-sol. Dans le noir.
La montée avait duré trois ans.
La chute a pris neuf secondes. Le temps de lire un email.

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