Chapitre 1

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Jae-In avait conduit toute la nuit et enfin, au petit matin, juste avant les premières lueurs de l’aube, elle avait senti le vent marin chargé d’iode et entendu le tempo répétitif et apaisant du ressac.

Elle s’était trompée en pensant que ce divorce la libérerait d’une pression qui était devenue difficile à supporter. Elle avait imaginé qu’une fois la séparation actée, elle retrouverait son souffle, sa respiration, et qu’elle pourrait poser son regard sur l’horizon avec confiance. Mais non. Elle ne ressentait que du vide. Elle n’aurait pas la lâcheté de mettre tous les torts sur le dos de Man-Shik ; elle était, elle aussi, coupable du fiasco de ces dix années perdues à construire un couple voué à l’échec depuis le début.

Ces idées noires s’étaient déroulées tout au long des kilomètres parcourus jusqu’ici, là où s’arrêtait la terre et où commençait l’immensité de l’eau sur laquelle se levait, en cet instant précis, le pâle soleil d’hiver.

Ses chaussures à hauts talons à la main, elle marchait sur le sable en direction de la jetée. La température était trop froide pour avoir envie de marcher dans l’eau, mais la sensation du sable sous ses pieds lui était agréable. Au bout de la plage, elle voyait les lumières des bureaux s’éclairer peu à peu. Elle courut pour prendre le premier ferry qui partirait vers les îles.

Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas pris de bateau et Jae-In avait oublié à quel point elle avait le mal de mer. Quand elle avait pris son billet, elle s’était vue à la proue, le vent dans les cheveux et le rose aux joues comme une grande héroïne romantique — un peu comme dans Titanic sans le naufrage — mais non… Elle était restée sur le pont, dans le froid, penchée au-dessus du bastingage à prendre de grandes goulées d’air pour juguler l’effroyable nausée qui la faisait souffrir. Heureusement, la traversée n’était pas très longue et bientôt elle vit, avec soulagement, le quai se rapprocher.

Le temps était froid mais le soleil brillait. Jae-In réalisa qu’elle n’avait rien mangé depuis près de vingt-quatre heures ; elle s’assit à la terrasse d’un petit restaurant du port et commanda une soupe dont le simple parfum enflammait ses papilles. Elle réalisa que son moral revenait, porté par le bon goût et la chaleur de la cuisine familiale de la petite échoppe.

Elle composa le numéro de la clinique sur son téléphone et mentit en expliquant qu’elle devait prendre quelques jours de congés pour raisons familiales. Elle demanda à l’un de ses collègues d’assurer son remplacement. Ceci fait, elle se sentit un petit peu plus libre, loin de l’univers aseptisé de la clinique, des lumières lancinantes et de la foule séoulite qui, de jour comme de nuit, grouillait dans les rues : bourdonnante, exigeante, ininterrompue.

Il n’y a pas de restaurant sur l’île lui dit la dame du restaurant mais sa belle-sœur, une veuve dont les enfants étaient partis travailler sur le continent, louait des chambres d’hôtes tout confort. Elles n’avaient pas le luxe d’un hôtel, mais avaient l’avantage d’un accueil chaleureux. Jae-In se dit que c’était exactement ce dont elle avait besoin.

Elle acheta quelques vêtements confortables et, une fois qu’elle eut pris possession de sa chambre — simple mais d’une méticuleuse propreté —, elle s’allongea sur son lit et s’écroula d’un sommeil de plomb que ses sombres pensées lui avaient refusé jusqu’à présent.

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