Chapitre 5

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La Grand-mère avait un invité. Un homme était assis en tailleur devant la table basse où fumait une théière aux côtés d’assiettes de gâteaux et de fruits coupés. Peut-être son fils ou son petit-fils ?

Il avait les épaules larges et la première chose qu’elle vit de lui, c’étaient ses mains, souples et précises, qui avaient saisi la théière et remplissaient les jolies tasses bleues sorties du placard pour l’occasion.

— Ah voilà le Docteur ! s’exclama la vieille dame en souriant.

L’homme tourna la tête et elle reconnut le professeur de l’enfant accidenté. D’un mouvement souple, l’homme se leva pour l’accueillir.

— Je suis Park Yu-Jun, l’instituteur du petit garçon que vous avez sauvé. J’ai pensé que vous aimeriez avoir des nouvelles de mon élève et je tenais à vous remercier. Sans vous, il ne serait plus parmi nous. Il est arrivé à temps à l’hôpital et a pu être opéré. Il est encore en salle de réveil mais tout s’est bien passé et ses parents sont auprès de lui.

Elle sourit, soulagée de ces bonnes nouvelles.

— Il se remettra vite sur pied, les enfants ont une énergie insoupçonnée quand il s’agit de guérir !

Elle s’assit pour partager un thé avec eux. La conversation était agréable et les gâteaux sucrés. Exactement ce dont elle avait besoin.

— J’aimerais vous inviter à manger pour vous remercier. Je me suis senti tellement coupable d’avoir relâché mon attention et laissé cet enfant aller sur la route que je voudrais vraiment vous exprimer ma reconnaissance.

— Je suis navrée, répondit sincèrement Jae-In, mais je repars pour Séoul demain matin. Je dois reprendre mon travail à la clinique.

Il parut désappointé, réfléchit quelques secondes puis lui proposa de l’inviter à Séoul lors d’un prochain déplacement. Elle accepta volontiers et ils échangèrent leurs numéros de téléphone sous l’œil amusé de la vieille dame et se séparérent en se promettant de se revoir bientôt.

Pendant que son hôtesse vaquait à ses occupations domestiques en chantonnant, Jae-In commença à lui poser quelques questions. Elle était curieuse de savoir si l’histoire du tailleur rose était tirée au clair !

— Je n’en sais guère plus, lui répondit la Grand-mère, visiblement mécontente qu’une telle information puisse lui échapper. Finalement les deux sœurs ont, paraît-il, eu une longue conversation mais rien n’a transpiré de ce qu’elles se sont dit. Tout ce que je sais, c’est que l’aînée a décidé d’ouvrir sa porte à la cadette ! Mais je ne m’avouerai pas vaincue et j’en saurai certainement plus dès demain !

— Dommage, trop tard pour moi, dit Jae-In un peu déçue. Vous avez l’air de bien connaître l’instituteur, suggéra-t-elle, glissant vers l’autre sujet qui lui tenait à cœur…

La machine se mit immédiatement en route !

— Le jeune maître ! Bien sûr, je le connais depuis qu’il est enfant ! Il est instituteur à l’école primaire du village depuis quelques années. Tu as dû remarquer la grande maison construite en haut du village ? Les gens d’ici l’appellent le château, mais ce n’est qu’une villa construite par le grand-père de Park Yu-Jun. C’était la résidence de vacances de la famille mais il y a bien longtemps qu’ils ne viennent plus ; avec la fortune qu’ils ont amassée, ils préfèrent des destinations plus exotiques, s’exclama-t-elle un peu vexée.

Le grand-père, le patriarche, celui qui a construit le château, a rendu son dernier souffle sur l’Île. À l’article de la mort, il avait exigé d’y être rapatrié. Il est enterré sur le haut de la colline qui est à l’est de la maison. Au début, la famille venait pour les commémorations, mais leurs visites se sont espacées et aujourd’hui il est rare de les voir.

La fille aînée était née du premier mariage de Monsieur et Yu-Jun était arrivé dans cette famille, par adoption. Elle fit un geste léger de la main pour écarter tous les commentaires que cette situation lui inspirait et poursuivit l'histoire de l’instituteur.

— Il avait une vingtaine d’années quand son père a brusquement décidé de l’envoyer étudier à l’étranger. Elle baissa la voix et, sur le ton de la confidence, elle dit à Jae-In :

Je crois qu’il avait fait des bêtises mais je n’en sais pas plus, rien n’a filtré.

Jae-In, qui voyait bien que cette offense était une plaie dans son cœur, esquissa un sourire. La vieille femme ne semblait néanmoins pas très convaincue que le jeune homme ait quelque chose à se reprocher et continua :

— Yu-Jun est revenu ici dès son retour. Il a toujours aimé l’île, il est proche des habitants et aime s’occuper des enfants. Tu sais, ici beaucoup d’enfants voient peu leurs parents qui sont en mer ou qui travaillent sur le continent. Heureusement qu’ils l’ont. C’est un garçon formidable et dévoué. Il avait fait, paraît-il, de brillantes études à l’étranger, je ne sais pas pourquoi il n’a pas intégré l’entreprise de sa famille comme sa sœur aînée ! Va savoir ce qu’il se passe dans la tête des jeunes d’aujourd’hui, commenta-t-elle en levant les yeux au ciel. Je les connais tous bien car à l’époque où la famille venait ici, je travaillais pour eux comme cuisinière. Le père ne pense qu’à sa société et la belle-mère qu’à sa vie mondaine.

La soirée s’écoula ainsi, rythmée par le bavardage de la vieille femme jusqu’au moment où ses paroles eurent l’effet d’une berceuse sur Jae-In qui se retira pour une dernière nuit sur l’île.

Le lendemain matin, son sac en bandoulière, Jae-In se prépara psychologiquement à affronter les roulis. Son séjour ici lui avait fait du bien, lui avait donné du courage, donc elle serra les dents et se dirigea vers le quai du ferry d’une démarche décidée.

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