Chapitre 49 - Clark
Clark était allongé sur le canapé de l’appartement de Kelvin, la lumière tamisée d’une lampe de chevet filtrant à peine à travers les rideaux tirés. La pièce était silencieuse, juste le souffle régulier de Kelvin et le ronronnement discret du chauffage. Clark sentit la fatigue s’abattre sur lui après une journée pleine de stress et d’angoisse, et instinctivement, il se blottit contre Kelvin.
Kelvin passa un bras autour de lui, serrant doucement. Clark inspira profondément, savourant cette proximité rare. Tout autour, le monde pouvait s’écrouler, les messages codés, les indices, les dangers… mais ici, dans cette pièce, rien de tout cela n’existait.
— Tu sais, murmura Clark, en reposant sa tête sur l’épaule de Kelvin, je… j’avais presque oublié ce que ça faisait, juste… ne pas avoir à réfléchir à tout le reste.
Kelvin sourit, ses doigts jouant doucement avec les cheveux de Clark.
— Moi aussi, souffla-t-il. Même si dehors tout part en morceaux, au moins ici… on peut respirer.
Clark tourna légèrement la tête et leurs yeux se croisèrent. Un petit sourire se dessina sur leurs lèvres, hésitant au début, puis plus assuré. Sans un mot, Kelvin pencha la tête, et leurs lèvres se touchèrent. L’embrassade était douce, timide au début, puis de plus en plus naturelle, comme si le temps s’était étiré autour d’eux. Clark sentit la main de Kelvin glisser sur sa nuque, descendre lentement le long de son dos, effleurant chaque muscle avec une familiarité tendre et protectrice.
— Clark… murmura Kelvin entre deux baisers, je…
— Je sais, répondit Clark, la voix étouffée contre ses lèvres. On a juste besoin de ça maintenant.
Leurs mains se déplacèrent avec plus de confiance, explorant le dos, les épaules et le torse de l’autre, mais toujours avec douceur. Clark ferma les yeux, savourant cette sensation de normalité, de chaleur humaine, si rare depuis qu’ils avaient tous repris vie. C’était un moment volé au chaos, fragile mais réel.
Après plusieurs minutes, ils s’écartèrent légèrement, les fronts collés, le souffle court mais régulier. Clark sentit son cœur battre fort, mais pas d’angoisse cette fois — juste la certitude d’être enfin au bon endroit.
— C’est… fou comme on peut se sentir vivant même quand tout est… détruit autour, murmura Clark.
Kelvin hocha la tête, ses yeux brillants d’un mélange d’émotion et de complicité.
— Exactement. Même si tout le reste est un bordel complet, ici, je me sens… moi. Et je suis content que ce soit avec toi.
Clark esquissa un sourire, les mains toujours dans celles de Kelvin. Le monde extérieur pouvait attendre, les dangers, les secrets, les indices… tout pouvait attendre encore un moment. Il y avait juste eux deux, et pour la première fois depuis longtemps, ce simple fait suffisait.
Ils s’installèrent côte à côte, Clark contre le torse de Kelvin, leurs mains entrelacées. Le silence se fit doux et rassurant, les secondes s’écoulant lentement, comme si la nuit elle-même respectait leur bulle fragile. Bientôt, la fatigue les envahit, et Clark sentit ses paupières devenir lourdes. Kelvin resserra doucement son étreinte, l’installant confortablement contre lui.
— Dors, murmura Kelvin, juste un peu. Je veille sur toi.
Clark ferma les yeux, laissant son esprit se détendre. Les cauchemars, les messages codés, Nathan, Arthur… tout semblait lointain. La seule certitude était cette chaleur contre lui, ce souffle rassurant, et le sentiment qu’il pouvait enfin s’abandonner, ne serait-ce que pour quelques heures.
Et alors qu’ils s’endormaient dans les bras l’un de l’autre, Clark sut que peu importe les mystères et les dangers à venir, il avait trouvé un moment de normalité. Un moment où il pouvait juste être Clark, avec Kelvin à ses côtés. Un instant fragile mais intact, suspendu hors du temps.
Clark s’éveilla doucement, collé à Kelvin. La lumière pâle de l’aube filtrait à travers les rideaux, dessinant des bandes sur le parquet. Son corps entier semblait réclamer la chaleur de l’autre, et il s’étira légèrement, sentant la poitrine de Kelvin contre la sienne. Un souffle régulier, rassurant, traversait leur étreinte. Pour un instant, Clark sentit que tout pouvait être normal, que le chaos et les mystères qui les entouraient s’étaient retirés.
Le silence fut brisé par la vibration du téléphone de Kelvin sur la table de chevet. Clark leva la tête et vit l’écran s’allumer. Avec un soupir, Kelvin décrocha. La voix de sa mère, à l’autre bout, fit frissonner Clark :
— Allô, c’est la mère de Clark. Juste un petit rappel… ton rendez-vous médical est fixé dans une semaine. Un simple contrôle de routine, ne t’inquiète pas.
Clark échangea un regard avec Kelvin, partagé entre amusement et exaspération. Ce moment, juste pour eux, semblait presque fragile, et la voix de sa mère rappelait que le monde extérieur continuait, implacable. Après quelques mots et quelques sourires gênés, l’appel se termina, mais Clark sentit une petite boule d’inquiétude se former dans sa poitrine. Routine ou pas, il savait qu’ils ne pouvaient jamais être totalement tranquilles.
Plus tard, le groupe des revenants se retrouva chez Colin pour planifier le déplacement vers le bâtiment où la clé, découverte dans le lycée, pourrait enfin ouvrir un casier. Clark raconta l’appel à voix haute, un mélange de sérieux et de blague dans le ton. Les autres réagirent immédiatement. Anita, qui arborait habituellement son masque de confiance, laissa tomber ses artifices pour un instant :
— Et si un jour, on n’avait pas cette chance ? murmura-t-elle, la voix tremblante. Et si… on était à nouveau “en vie” mais juste pour une durée limitée ?
Le silence qui suivit fit frissonner chacun d’eux. Clark sentit son cœur se serrer, et Kelvin resserra instinctivement sa main autour de la sienne. Cette peur, que les mots d’Anita avaient osé formuler, était une vérité qu’ils avaient tous refoulée : chaque instant de normalité, chaque éclat de bonheur, pouvait être temporaire.
Malgré tout, ils reprirent la discussion sur le bâtiment, le casier, et la manière d’analyser les indices. Colin montra la carte et expliqua le chemin pour y arriver, détaillant la zone autour du bâtiment et les horaires approximatifs où peu de surveillance serait présente. Rémy et Anita annotaient les codes trouvés dans les messages cryptiques, tandis que Clark tentait de garder un œil sur tous les détails, conscient que la moindre erreur pouvait leur coûter cher.
Quand la réunion se termina, Clark et Kelvin restèrent quelques instants seuls dans le salon. Clark sentit le stress se dissiper un peu dans l’étreinte de Kelvin. Leurs mains se frôlaient, puis se cherchaient avec plus d’assurance, se glissant dans la nuque, le dos, le torse. Un moment de normalité dans ce monde qui n’en offrait jamais vraiment. Clark sentit le cœur de Kelvin battre contre le sien et, pour la première fois depuis longtemps, il permit à cette proximité d’être simplement douce et rassurante, sans penser aux revenants, aux Arthur, aux messages cryptés, ou aux dangers imminents.
— Tu crois qu’on peut… rester un peu comme ça, murmura Clark. Juste… ici, maintenant.
Kelvin esquissa un sourire fatigué, mais tendre, et répondit d’un souffle :
— Oui… juste un peu.
Ils restèrent là un long moment, enlacés, avant de se lever et de rejoindre le reste du groupe. La complicité silencieuse qu’ils avaient partagée semblait avoir créé une bulle protectrice autour d’eux. Clark savait qu’ils allaient bientôt replonger dans le mystère, mais cet instant leur appartenait.
De retour avec le groupe, Colin reprit la parole pour préciser les préparatifs de la nuit : ils devaient se rendre au bâtiment et ouvrir le casier où la clé menait. Clark nota mentalement chaque détail, conscient que tout devait être calculé. Rémy vérifia encore une fois les messages du fameux numéro inconnu, cette fois teintés de conseils et d’avertissements, lui rappelant que certaines décisions pouvaient avoir des conséquences inattendues pour certains membres du groupe.
Anita, malgré son assurance habituelle, laissa échapper un petit rire nerveux teinté d’humour noir :
— Super. On joue aux détectives nocturnes avec des indices laissés par des inconnus. Que pourrait-il mal tourner ?
— Tout, répondit Clark à voix basse, mais sans la peur de sa propre voix. Tout, mais on doit essayer quand même.
Kelvin, à côté de lui, serra sa main dans un geste de soutien silencieux. Clark sentit la force de cette présence et réalisa qu’il y avait encore des instants de vie normale, de complicité, à protéger malgré les dangers.
— On y va demain soir, confirma Colin. Préparez vos affaires et soyez discrets.
Alors que le groupe commençait à se disperser pour se préparer, Clark sentit à nouveau le souffle de Kelvin contre sa joue, un rappel silencieux que, même au cœur du chaos, il y avait des moments où tout pouvait sembler normal. La nuit à venir, le casier, les indices… tout cela attendrait, mais leur lien restait intact, fragile mais réel.
Clark se laissa enfin aller contre Kelvin, fermant les yeux, laissant la journée se dissiper, et pour la première fois depuis longtemps, il sentit que malgré la peur, malgré les mystères, malgré les Arthur et les messages cryptés, il y avait encore de la place pour de la normalité. Et cette pensée lui suffisait pour s’endormir dans les bras de Kelvin, prêt à affronter ce que la nuit leur réserverait.

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