CHAPITRE 16 : LA CITÉ EN FLAMME

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La vengeance de Veñ devrait attendre : la troupe était maintenant retranchée dans le temple où ils se trouvèrent bientôt acculés à la statue d’Aberzh face à une meute en colère.

Ce n’est pas après eux qu’ils en avaient, mais après Dismeg. Même s’ils étaient tentés de le livrer et de laisser s’exprimer le tribunal public, un procès avec un juge leur semblait plus équitable, juste et ils le voulaient aussi vivant afin d’en apprendre encore plus sur le dragon.

Mais les citoyens et quelques gardes ne voulaient pas entendre raison, ils exigeaient, maintenant, que Dismeg paie le prix de ses odieux mensonges. Ils étaient sortis d’une folie pour basculer dans une autre et un garde eut même le courage, la bêtise serait un terme plus juste, de décocher une flèche qui frappa la statue juste à côté de la tête d’Héol. L’Elfe répondit immédiatement et la pointe d’acier traversa la jambe du garde belliqueux.

Un citoyen mort, un garde blessé et des milliers de sacrifiées durant toutes ces années : il n’y avait plus de retour en arrière possible. La ville allait se déchirer et personne ne s’en tirerait indemne. La foule arrêta d’avancer au son des croassements. D’un même mouvement, ils levèrent tous la tête pour voir une nuée de corbeaux se détacher sur le ciel étoilé et voler en cercle au-dessus du temple. Puis, comme Dismeg le redoutait, le claquement sinistre du dragon se fit entendre.

L’heure de l’affrontement allait sonner et un nouvel adversaire entrait dans la bataille.

- C’est lui… murmura Veñ.

Et comme pour confirmer leurs craintes, le Claque-Langue cracha son feu infernal et embrasa une partie de la place principale sous les cris d’horreur des habitants.

La troupe se mit en branle. Armés mais non préparés à cet affrontement surprise, ils entourèrent la bête, cherchant un moyen de l’éloigner des civils.

Les Elfes lui envoyèrent une volée de flèches qui rebondirent sur ses écailles. Mais leur plan fonctionna : maintenant le dragon en avait après eux et il les poursuivit à travers les rues de la cité, Daspren sur leurs talons.

Le monstre abattit sa large queue faisant s’écrouler des bâtiments. Il avançait écrasant tout sur son passage et réduisant en cendre les malheureux qui fuyaient pour leur salut.

Le désordre était total. Alors que certains vinrent en aide à la troupe, d’autres réglèrent leurs comptes. Et c’est ainsi que le capitaine de la garde fut pris à parti et tué sous les coups de citoyens et citoyennes en colère.

***

Dans sa course frénétique, Loár avait repéré de gigantesques filets de chanvre, probablement utilisés pour la pêche. Elle fit signe à Héol et Daspren qui en prirent chacun un, avant de monter sur les bâtiments.

Les trois compagnons se mirent à la hauteur de la bête et d’un même geste lancèrent leur filet sur le dragon qui crachait un jet de flamme sur des habitations.

Le Claque-Langue s’emmêla pattes et ailes dans les filets mais le répit fut d’une très courte durée. Il brisa ses faibles liens dans un mouvement de rage, et son œil bleu se posa sur Daspren qui entendit le cliquetis métallique des écailles, annonciateur de la tempête de feu. Le Korrigan se baissa à temps pour voir les flammes voler au-dessus de lui.

Sous le souffle du dragon, les pierres s’effritèrent, les poutres de bois s’embrasèrent et le bâtiment ne résista pas. Daspren n’eut pas le temps de s’échapper du piège et tomba sur le sol de marbre deux étages plus bas.

Loár abandonna toute prudence et rejoignit immédiatement son ami. Elle prit sa petite tête dans sa main et sentit le sang poisseux et collant sur ses doigts. Il était gravement blessé. Faible mais vivant. Du haut de ce qu’il restait du toit, Héol la regarda.

- Comment va-t-il ?

- Il est inconscient. Je l’emmène en sécurité.

Héol acquiesça d’un hochement de tête et repartit à la poursuite du Claque-Langue. Il bondissait de toits en toits, le suivant de près, quand il vit une ouverture. Son œil droit était dans sa ligne de mire, si les écailles étaient impénétrables, le passé avait déjà prouvé que son œil était un point faible. Héol le dépassa et dans l’obscurité d’un toit banda son arc. La pupille fendue du Claque-Langue se posa sur lui. L’Elfe tira sa flèche. Le dragon ferma la paupière et la pointe d’acier rebondit sur l’écaille bleu nuit. Le Claque-Langue se mit sur ses deux pattes arrière et abattit ses deux pattes avant sur le toit où se trouvait Héol.

Il parvint à échapper à l’éboulement et sauta dans le bâtiment en face de lui. Le verre brisé de la fenêtre lui entailla légèrement le visage et Héol s’étala de toute sa longueur sur un tapis vert foncé. Il se releva immédiatement et s’aperçut qu’il se trouvait dans une magnifique bibliothèque. Malheureusement, le temps n’était pas à la lecture et il se tourna vers la fenêtre qui donnait sur la rue principale et vit le Claque-Langue s’envoler.

« Encore une fenêtre » se dit-il. Il savait qu’il y gagnerait d’autres cicatrices, mais il décida tout de même de détruire une seconde vitre de ce lieu de culture et se réceptionna dans une roulade grâcieuse au milieu de la rue dévastée.

Il vit le dragon atterrir sur la place principale où se trouvait Veñ, Divouezh et Kilhourz qui organisaient tant bien que mal une évacuation.

D’un coup de patte, le dragon balaya le temple qui s’effondra dans un éboulement terrible. Seule la statue d’Aberzh demeura intacte jusqu’à ce que le Claque-Langue, de son souffle, la réduise en un liquide bouillonnant.

La panique semblait avoir pris possession de la majorité de la population. Mais malgré le brouhaha infernal, une voix se démarqua. C’était Dismeg.

Il tenait fermement par le bras une femme d’une soixantaine d’années, qui se débattait avec force pour lui échapper. A y regarder de plus près, on pouvait voir quelques similitudes dans les traits du visage entre le diacre et la femme. Dismeg avait donc tenu parole et était prêt à sacrifier sa sœur, Furnezh, pour la paix.

- Une descendante d’Aberzh ! Hurlait-il au dragon. Prends-là ! Prends-là et apaise ta colère !

Kilhourz avait entendu Dismeg hurler tel un dément. Il se précipita vers son oncle et sa mère alors que le Claque-Langue levait son énorme patte. Il récupéra sa mère laissant Dismeg seul face à sa mort prochaine. Le diacre était paralysé, la peur l’empêchait de fuir. Quand la patte écailleuse fondit sur lui, il poussa un hurlement terrible avant que son cri ne se perde à tout jamais.

Le Claque-Langue prenait maintenant Kilhourz pour cible. Il était parvenu à faire fuir sa mère et se trouvait maintenant acculé face au dragon dont la gueule extatique se rapprochait dangereusement.

La bête fit résonner son sinistre claquement. Arrivé à hauteur du jeune homme, le dragon sortit sa longue langue visqueuse dans un sifflement et le lécha de haut en bas.

Une douleur atroce se fit alors sentir : la froideur d’une lame d’acier, un liquide chaud se répandant dans sa gorge. Divouezh venait, d’un coup sec, de mettre fin définitivement au sinistre claquement de la bête.

Le Claque-Langue poussa un hurlement de douleur et rejeta sa gueule en arrière répandant son sang acide sur le bras de Kilhourz qui se protégeait le visage. La large langue gluante et molle du dragon tomba sur le sol. Divouezh tira Kilhourz vers elle mais se retrouva piégée par le monstre qui avait bloqué de ses pattes, ses deux options de fuite.

Alors qu’elle tentait de s’échapper, le Claque-Langue lui asséna un coup de patte, et une des ses griffes racla le flanc gauche de la jeune femme.

Veñ se précipita vers son amie mais il s’arrêta net.

Il fut alors témoin d’une chose stupéfiante. Une chose qu’il n’avait encore jamais remarqué en quinze années de traque. Ils avaient entendu à chaque fois le cliquetis métallique des écailles, mais jamais aucun d’eux n’avait regardé. Il se rappela la première fois qu’il avait entendu ce bruit. Dans la nuit il n’avait rien vu, seulement eut un bref aperçu des flammes rouges. Et lors des autres confrontations, il n’avait pas pris le temps de regarder. Pourtant tout était là, sous ses yeux : les écailles, elles étaient liées entre elles.

La scène sembla se dérouler au ralenti. Quand le Claque-Langue ouvrit sa gueule pour brûler Divouezh, le cliquetis métallique des écailles se fit entendre et chaque écaille de la bête se souleva pour faire apparaître des organes. Il y avait des poumons, deux estomacs, un cœur qui battait et qui donc, pouvait s’arrêter.

L’unique œil bleu du Claque-Langue roula vers Veñ. Leurs regards se croisèrent et c’est comme si la bête avait compris. Avant que son feu destructeur ne soit expulsé, le dragon ferma ses écailles et poussa un rugissement, qui ressemblait plus à de la terreur qu’à de la colère. Il laissa Divouezh pour traquer Veñ.

Il dévalait la rue aussi vite que possible, le dragon à ses trousses. Le Claque-Langue évitait de cracher le feu et essayait de déchiqueter plusieurs fois Veñ qui parvint à esquiver. Voyant les crocs du dragon se planter dans les rues goudronnées, le pêcheur en profita pour s’infiltrer dans une ruelle étroite.

Héol avait rejoint la rue où se trouvait le Claque-Langue. Il tirait des flèches en pagaille, pas pour le blesser, mais pour l’éloigner de son ami.

Gardes et civils arrivèrent aussi en renfort. Bien qu’il ne fût pas en danger immédiat, le dragon se savait cerné de toutes parts. D’un cri, il dispersa ses assaillants avant de prendre de l’altitude. Dans un dernier passage, il brûla le labyrinthe de ruelles dans lequel s’était réfugié Veñ.

Héol se précipita dans les flammes pour en sortir quelques minutes plus tard avec Veñ qu’il tenait par les épaules. Malgré quelques brûlures superficielles, il était en bon état.

Divouezh et Kilhourz les rejoignirent. Divouezh griffonna rapidement sur son carnet.

« Et les autres ? »

Héol redoutait cette question. Mal à l’aise, il dit :

Daspren est blessé…

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