CHAPITRE 17 : APRÈS LA BATAILLE
La porte de l’auspice faillit s’effondrer sous la force qu’avait mis Divouezh pour l’ouvrir. Elle jeta un œil dans la pièce circulaire qui sentait le sang et l’éther et trouva Loár au chevet de Daspren. Ignorant la douleur aux côtes qui se rappelait à elle, Divouezh découvrit le Korrigan, un bandage sur la tête, les yeux clos, la respiration lente.
Loár se leva et alla la réconforter tandis qu’Héol les rejoignait.
- Il s’est évanoui, murmura Loár à l’oreille de Divouezh. Mais tout ira bien.
Divouezh ne parvint pas à contenir ses larmes et se blottit contre son amie. Après un moment, elle chercha son carnet de cuir avant de se souvenir qu’elle l’avait lâché au moment même où Héol lui avait annoncé la nouvelle.
Elle se demanda comment elle allait se faire comprendre mais Kilhourz, amenant un blessé dispersa sa pensée. Il déposa l’homme qui gémissait de douleur, du sang coulant de sa tête blonde, sur un lit sale que le guérisseur, un homme d’âge mûr au regard libidineux, lui avait indiqué.
Quand il vit Divouezh, Kilhourz se dirigea vers elle.
- Tu vas bien ?
D’un geste de main elle montra le petit corps de Daspren, dont la poitrine se soulevait faiblement au rythme de sa respiration saccadée. Kilhourzh se tourna alors vers Loár
- Il va s’en sortir ?
Elle n’eut besoin d’aucuns mots pour lui faire comprendre que le destin du Korrigan était incertain. Cet échange de regard n’avait pas échappé à Divouezh. Elle se dégagea de l’étreinte de Loár et se tourna vers Daspren. Il n’y avait pas à hésiter !
Elle posa sa main gauche sur la poitrine de son mentor et sa main droite sur la sienne. Elle ferma les yeux quelques secondes et les rouvrit. Un blanc laiteux avait remplacé le marron de ses pupilles.
Des picotements la parcoururent jusqu’au bout de ses doigts et, un vent intérieur chaud et réconfortant avait circulé le long de ses veines, la chatouillant de la plante de ses pieds à la racine de ses cheveux.
Son teint devenait de plus en plus pâle. La sueur perlait sur ses tempes, le sang s’écoulait en abondance de la blessure qu’elle avait trop longtemps ignorée et lorsque Daspren rouvrit timidement les yeux, Divouezh tomba à la renverse, rattrapée de justesse par Loár qui la déposa sur le lit le plus proche. Quand elle vit le sang couler de sous son armure, avec l’aide d’Héol, elle la déshabilla, laissant apparaître ses seins rebondis.
Le vieux guérisseur ricana bêtement et son teint rougit. Kilhourz alla pour l’attraper par le col mais Héol fut plus rapide.
- Si vous êtes incapable de ne pas glousser tel un imbécile devant une poitrine, laissez votre matériel ici et nous nous occuperons des soins.
Le rouge sur les joues du guérisseur n’était cette fois plus dû à l’excitation, mais à la honte. Il s’inclina bien bas et d’une voix tremblante déclara :
- Je vous prie de m’excuser maître Elfe.
Et il se retourna immédiatement vers l’armoire en quête du matériel pour soigner Divouezh.
Héol se tourna vers sa femme.
- Je vais chercher Veñ.
- D’accord.
Il regarda ensuite Kilhourz.
- Restez avec ma femme et aidez-là à veiller sur nos compagnons.
- Oui monsieur !
Sur ces mots, qu’il trouva fort poli, Héol quitta la pièce.
- En parlant de veiller, dit le vieux guérisseur qui avait ramené de l’eau bouillante, des sels, des fils, une aiguille et un linge d’éther. Il va falloir la tenir.
Kilhourz allait se proposer mais Loár l’arrêta dans son élan.
- Je m’en occupe. Toi, tiens-lui la main.
Il acquiesça d’un hochement de tête et s’agenouilla devant le lit. Divouezh était allongé sur le côté, tremblante, le visage encore plus pâle que tout à l’heure, du sang coulant de sa plaie.
- Garde tes yeux fixés sur moi, d’accord ?
Elle lui attrapa la main et serra, fort. Le vieux guérisseur tendit le linge à Kilhourz. Puis, il se tourna vers Loár, attendant que l’Elfe lui donne l’autorisation.
- Allez-y. Dit-elle dans un souffle.
Le guérisseur prit une poignée de sel et l’appliqua sur toute la longueur de la plaie, suivie de l’eau bouillante.
Les larmes aux yeux, Divouezh poussa un cri silencieux. Kilhourz appliqua le linge sur le nez de la jeune femme qui sombra dans l’obscurité.
***
Quand elle ouvrit les yeux, le coq avait déjà chanté quatre nouveaux matins. L’odeur d’éther lui provoqua des nausées et elle dut se concentrer pour contenir les hauts le cœur qui lui soulevaient la poitrine. Elle se redressa difficilement sur l’oreiller sale et vit Daspren, une canne à la main, assit sur un tabouret à son chevet. Il redressa la tête.
- Tu vas bien ?
Elle lui offrit son plus beau sourire pour lui répondre. Daspren sourit à son tour. Sans crier gare et d’une façon très rapide pour un convalescent, il lui asséna un coup de canne sur le haut du crâne.
- T’es qu’une idiote !
Le ton était à la fois accusateur et triste. Divouezh savait très bien le reproche qu’allait lui faire le Korrigan. Elle se massa la tête et baissa les yeux.
- T’as usé de magie durant la bataille ?
Divouezh acquiesça.
- T’as pas fait la prière régénératrice le soir ?
Elle agita sa tête timidement. Puis, elle sentit les bras de Daspren autour d’elle. Le Korrigan la serrait comme si c’était la dernière fois et lui murmura au creux de l’oreille.
- Tu m’as sauvé la vie ma merc’h ! Merci… C’est à moi de te protéger…
La lumière matinale qui entrait par la petite fenêtre ronde de l’auspice faisait briller les larmes de joies des deux amis.

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