CHAPITRE 14 : Une mission de confiance

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Riwalo avait enfin relâché la tête de Fripon. Les deux frères étaient silencieux, attentifs à ce que la reine allait dire, mais aussi un peu nerveux. Notre cher Riwa n’appréciait pas trop la reine. Non pas dû à une potentielle fausse gentillesse, mais car elle était rusée et stratège. Et pour notre Riwalo, qui aime faire le moins d’effort possible, arriver à anticiper les intentions d’Elemethia demande plus d’effort qu’il ne veut en fournir.

D’un seul signe de la main, la reine fit quitter la pièce à tous ceux présents, la laissant seule avec les jumeaux.

Elemethia Sardonovak : Bien. Maintenant que cette discussion est privée, je vais pouvoir en venir aux faits. De toutes les personnes vivant dans ce royaume, vos parents sont ceux en qui j’ai le plus confiance. Et je ne doute pas une seconde que leurs enfants sont tout aussi dignes de cette même confiance…

Riwalo : Pardonnez mon insolence, Majesté. Nous sommes flattés par vos paroles, cependant inutile de tourner autour du pot avec toutes ces politesses. Venez-en aux faits, que voulez-vous ?

Elemethia Sardonovak : - Sourit à Riwalo - Tu as raison, excuse-moi. Je veux que vous me serviez d’informateurs, de messagers et d’épées. En ces temps de préparation à un futur conflit avec le Saint Empire, la confiance ne s’accorde plus, et la trahison est de mise. C’est pour ça que je m’en remets à vous.

Riwalo : Corrigez-moi si je me méprends. Vous voulez qu’en parallèle de nos quêtes, qui vont sûrement nous faire voyager à travers le pays et au-delà, nous vous tenions au courant des différentes situations, et fassions la sale besogne en supprimant les traîtres et les ennemis.

Elemethia Sardonovak : C’est exactement ça.

Fripon : Attendez, vous êtes sérieux là ?!

Elemethia et Riwalo portèrent leur regard sur Fripon avec attention.

Fripon : Vous demandez à des gamins de 12 ans de se mêler de politique de je-ne-sais-quoi et de servir d’assassins ?! Vous n’avez pas honte de nous demander ça ?!

Elemethia Sardonovak : - Baissant les yeux avec culpabilité - Oui, tu as raison… Je ne peux pas vous demander ça… Cependant, en tant que Reine, je dois penser à l’avenir. Je ne retirerai donc pas ma requête. - Dit-elle fermement -

Fripon : Non mais sérieuse-

Riwalo interrompit froidement Fripon, ce qui surprit ce dernier. Après tout, son frère l’avait toujours laissé s’exprimer. Mais cette fois-ci… il lui avait imposé le silence…

Riwalo : Votre Majesté, j’aimerais négocier certains points de cette requête.

Elemethia Sardonovak : - Fronçant les sourcils, fixant Riwalo de ses yeux couleur rubis - Je t’écoute, Riwalo.

Riwalo : Mon frère a peut-être l’air d’une brute qui aime bien taper sur tout ce qui bouge, mais il est trop gentil et “pur” pour tuer un être humain. Je refuse donc qu’il se salisse les mains pour votre demande égoïste.
Nous consentons donc à accepter votre requête à trois conditions. Premièrement, vous ne formulerez des demandes d’assassinat SEULEMENT si personne d’autre ne peut le faire. Deuxièmement, vous adresserez ce genre de demande à moi, et à moi seulement. Et enfin, troisièmement, que nous soyons rémunérés généreusement pour cela. - La fixant en retour de ses yeux vairons, remplis d’un sérieux inébranlable -

Fripon : Attends Riwa, tu plaisantes là, j’espère ?! - Se relevant brusquement en fixant son frère -

Ces paroles résonnèrent dans la salle vide, mais Riwalo l’ignora, se relevant à son tour et s’avançant plus près de l’estrade du trône. Fripon, lui, ne bougea pas. Il était incapable de savoir quoi répondre ou quoi faire. Il se résigna donc, serrant les poings et les dents, sachant qu’il ne ferait jamais changer d’avis son frère.

Riwalo : Acceptez-vous ces conditions, Majesté ? - Dit-il avec froideur, presque autoritaire -

Elemethia Sardonovak : - Elle fronça les sourcils, hésitant un instant avant de répondre - Vu à quel point ma demande était égoïste… je ne me vois pas refuser tes conditions, Riwalo. Je les accepte. (Pour un enfant… il est mature. Il ne se laisse pas diriger par ses émotions, il est rationnel, son éloquence le démarque. Il ferait un excellent négociateur ou sénateur… Il sera un allié infiniment précieux en grandissant.)

Riwalo : - S’incline respectueusement - Je vous en suis reconnaissant. - Se mord la lèvre inférieure pendant que son visage fait face au sol - (Fait chier… Je savais que l’on en arriverait là… Moi qui voulais en faire le moins possible…)

Elemethia Sardonovak : C’est moi qui vous suis reconnaissante de me rendre un tel service…

Elemethia profita de l’absence de témoins. Elle fit signe à Fripon de s’avancer, puis se leva et descendit de l’estrade. Elle s’approcha des jumeaux et leur caressa affectueusement le haut du crâne, leur souriant gentiment.

Elemethia Sardonovak : Merci. Merci infiniment à vous deux.

Fripon détourna la tête, en colère contre la reine pour cette décision. Riwalo, lui, se laissa faire.

Elemethia Sardonovak : Je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Profitez de votre séjour à Vardecia avant de partir à l’aventure. - Dit-elle en souriant -

Les deux jumeaux s’inclinèrent avec respect, puis quittèrent la salle sans un mot. Les gardes les accompagnèrent jusqu’à l’extérieur du palais. Pendant le trajet, un silence de mort pesait. Pas un mot, pas un regard, juste une colère retenue entre les jumeaux.

Une fois dehors, Fripon agrippa violemment le bras de son frère et le traîna dans un coin isolé.

Fripon plaqua Riwalo contre un mur de pierre, la main crispée sur son bras. Ses yeux brûlaient de colère.

Fripon : T’as complètement pété un câble ou quoi ?! Tu viens vraiment d’accepter qu’on devienne les chiens de garde de la reine ?!

Riwalo ne se débattit pas. Il soutint simplement son regard, froid, presque fatigué.

Riwalo : Lâche-moi.

Fripon : NON ! Tu m’as coupé la parole. Devant elle. Tu as décidé à ma place ! Depuis quand tu choisis ce que moi je dois faire ?!

Riwalo serra les dents.

Riwalo : Depuis que je sais réfléchir plus loin que cinq secondes. Depuis que je comprends que refuser n’était pas une option. Ce n’est pas notre monde paisible, Fripon. Dans celui-ci, on doit prendre part à la guerre. Nos valeurs et mentalités de citoyens français n’ont aucune signification ici !

Fripon : Ah ouais ?! On aurait quand même pu essayer ! On est censés être libres, non ? Aventuriers, pas assassins !

Riwalo : Libres ? Tu crois vraiment que quand une reine te convoque, tu peux dire non sans conséquences ?

Il repoussa doucement Fripon, assez pour se dégager, puis croisa les bras.

Riwalo : Si on refusait, elle nous surveillerait. Si on fuyait, elle nous traquerait.

Fripon resta silencieux un instant, pris de court, mais sa colère ne retomba pas.

Fripon : Et donc ta solution, c’est de dire oui ? De décider que toi, tu feras le sale boulot pendant que moi je ferme les yeux ?

Riwalo : Justement non.

Il leva légèrement la voix, chose rare.

Riwalo : J’ai fait en sorte que tu n’aies jamais à tuer quelqu’un. J’ai pris ça sur moi. Parce que je te connais. Parce que je sais que ça te détruirait.

Fripon : Mais t’en sais rien ! Peut-être que je pourrais ! Peut-être que je…

Il avança jusqu’à frôler l’épaule de Fripon, leurs silhouettes se croisant comme deux lignes opposées.

Riwalo : Non.

Puis il poursuivit son chemin sans ralentir.

Fripon resta sans rien dire, les bras le long du corps, le visage mêlé entre tristesse et colère, puis il se retourna.

Fripon : Bon… on va manger ? Curry ?

Riwalo s’arrêta et se tourna légèrement vers Fripon, croisant son regard. Un léger sourire se forma sur ses lèvres.

Riwalo : Inutile de me le demander deux fois. Mais je te préviens, ça va coûter cher pour nos porte-monnaie.

Fripon : Tiens donc, tu vas payer ta part pour une fois.

Riwalo : - Gonfle les joues, vexé - Évidemment que pour de la nourriture, je paie ! Ce n’est pas comme leur taxe d’entrée ingrate.

Les deux jumeaux échangèrent un sourire complice, détendant l’atmosphère. Fripon se mit à la hauteur de son frère et tous deux marchèrent jusqu’à la taverne la plus proche, Riwalo énumérant tous les plats qu’il voulait manger, et Fripon essayant de calmer ses ardeurs, car leurs porte-monnaie ne tiendraient jamais la journée.

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