CHAPITRE 34 : Un goûter pesant

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La petite collation des trois femmes se poursuivit pendant une bonne demi-heure. Riwalo, ignoré tout ce temps, vit ces 30 minutes comme de longues heures d'agonie.

Après avoir fini sa deuxième tasse de thé, il se leva, commençant à se diriger vers la sortie.

Aliénore : Puis-je savoir qui t’a donné la permission de partir ?

Riwalo se retourna et croisa le regard de sa mère. Les deux se fixaient avec une froideur pesante.

Riwalo : Moi-même.

Elemethia Sardonovak : On passe un moment en famille, et avec une amie proche. C’est très impoli ce que tu viens de faire. Rassis-toi, je te prie.

Riwalo détourna le regard vers Elemethia et la fixa comme s’il regardait quelque chose qui lui était inférieur. Ce qui n’échappa pas aux trois femmes, qui ne le prirent pas du tout avec clémence.

Riwalo : En famille ? Pour moi, je ne vois que trois femmes qui discutent de choses inintéressantes et qui me font perdre mon précieux temps.

Notre protagoniste avait horreur qu’on lui dicte ses actions. Mais par-dessus tout, il méprisait ceux qui lui faisaient perdre son temps.

Aliénore : Riwalo ! Change de ton immédiatement ! Je ne t’ai pas élevé comme ça !

Riwalo : Non mais sérieusement ? Vous me prenez pour un imbécile ? Si vous m’avez forcé la main pour venir ici, c’est dans l’unique but de me freiner. Quand vous essayez de la mettre à l’envers à quelqu’un… essayez au moins de le faire correctement.

Et en prime, vous osez parler de famille.

Il les dévisagea à tour de rôle, avec un dégoût et une froideur qui n’étaient pas communs venant de sa part.

Céléna Crimson : - elle le transperça de ses yeux couleur rubis - Riwalo. Nous sommes certes dans le cadre privé. Mais je te rappelle que tu t’adresses à la reine et à l’une des dirigeantes des grandes familles de Sardon. Si tu ne changes pas d’attitude… je me verrai dans l’obligation de te sanctionner.

Riwalo : Décidez-vous. On est en famille ou en diplomatie ?

Elemethia Sardonovak : Je te trouve bien arrogant par rapport à d’habitude. Que nous vaut ce changement de comportement ?

Riwalo : Est-ce une question de ma tante ? Ou un ordre déguisé de la reine, comme elle sait si bien le faire ?

Aliénore se leva et frappa du poing sur la table, son mana couleur or commençant à l’envelopper légèrement.

Aliénore : IL SUFFIT ! RIWALO ! Assieds-toi ! Je ne me répéterai pas.

Riwalo n’était pas stupide, il savait qu’il ne pouvait ni battre Céléna, ni sa mère. Pour Elemethia, il avait des doutes. Mais ça ne changeait rien à la situation : en 1 contre 3, c’était du pur suicide.

Il accepta donc de s’asseoir à contre-cœur.

Riwalo : - il chuchota pour lui-même - Pourquoi… Pourquoi même ici ça ne change pas…

Malheureusement pour lui, Elemethia avait de très bonnes oreilles.

Elemethia Sardonovak : Que veux-tu dire par là ? En quoi ici rien ne change ? De quel “avant” fais-tu référence ?

Riwalo : (Et merde… Il a fallu qu’elle entende…) Rien. Ça ne regarde que moi, oubliez ça.

Il y eut un léger blanc, qui fut rompu par Aliénore.

Aliénore : Par ailleurs, tu te trompes. Oui, nous voulons te garder à l’œil. Mais nous avions aussi certaines questions à te poser.

Il leva un sourcil, intrigué par où voulait en venir sa mère.

Riwalo : Je peux les écouter. Je ne garantis pas de pouvoir y répondre.

Céléna Crimson : Dans ce cas, je commence. Je ne vais pas passer par quatre chemins… Qui es-tu ?

Le sang de Riwalo se glaça instantanément. Bien sûr, il ne laissa rien transparaître. Son cerveau se mit immédiatement à repasser chaque seconde de sa vie depuis la réincarnation pour voir où il avait fauté.

Aliénore : Depuis que vous êtes petits, ton frère et toi parlez une langue bizarre entre vous.

Elemethia Sardonovak : Et ne crois pas que je n’ai pas remarqué que vous faisiez exprès de vous retenir pendant vos missions pour que je vous sous-estime.

Céléna Crimson : Sans oublier tes recherches, tes analyses et tes prises de décision qui n’ont rien à voir avec un enfant.

Riwalo baissa la tête et se mordit la lèvre inférieure. Il savait où il avait fauté : au moment même de la réincarnation.

Il n’avait pas suffisamment pris les choses au sérieux. Il avait trop relâché sa garde, comme s’il était juste dans un manga où l’auteur rendait volontairement les personnages secondaires aveugles.

Il se maudit dans sa tête pour sa stupidité tout en réfléchissant à ce qu’il allait pouvoir répondre.

Riwalo : Je n’aime pas utiliser ce genre de termes pour définir les gens… mais je suppose qu’une exception s’impose.

Il inspira profondément, espérant que son petit mensonge allait passer.

Riwalo : Des “prodiges”, ça existe. Je me trouve moi-même anormal sur certains points… Je suppose qu’en voulant protéger Fripon, je me suis moi-même forcé à grandir trop vite sans m’en rendre compte…

Il releva la tête vers les trois femmes, des larmes perlant sur ses joues, sa respiration saccadée.

Riwalo : C’est dur… Devoir constamment surveiller Fripon… Me priver de tout pour qu’il ne lui arrive rien… Me faire considérer comme un adulte, me mêler à des problèmes d’adultes… Je n’ai jamais voulu tout ça, moi…

Aliénore et Elemethia baissèrent les yeux, se sentant un peu coupables d’avoir mis autant de poids sur les épaules du pauvre garçon. Céléna se contenta de rester silencieuse.

Il fallut plusieurs minutes pour que les larmes de Riwalo cessent de couler. Ce n’est qu’ensuite que la discussion reprit.

Aliénore : Il est vrai que l’on a dû presser les choses, dont votre maturité, dû à la situation actuelle… Mais n’en fais pas trop mon grand. Tu restes un enfant. On ne va pas te demander de foncer sur le champ de bataille.

Riwalo : - d’une petite voix - D’accord…

Elemethia Sardonovak : (Suivant la réponse qu’il donnait, je voulais l’inviter à rejoindre le conseil stratégique… L’aurais-je surévalué ? Je pensais que c’était un génie… Mais en réalité ce n’est qu’un enfant terrifié car on lui demande d’être adulte…)

Le goûter se poursuivit dans une ambiance plus détendue. Les femmes posèrent d’autres questions, beaucoup plus superficielles et sentimentales.

Les conversations et ragots poursuivirent ensuite leur cours, mais cette fois, Riwalo était inclus dans les discussions.

Ce n’est qu’au coucher du soleil qu’ils quittèrent tous les quatre la pièce et retournèrent à l’entrée du palais.

Fripon et Vahélor, couverts de boue et d’éraflures, les attendaient. Bien sûr, Aliénore leur infligea une bonne correction.

Après ça, ils discutèrent tous ensemble et les jumeaux finirent par repartir en direction de l’auberge et de la guilde.

Fripon : AH ! Je meurs de faim ! On mange quoi ?

Riwalo : - d’un ton glacial - Rien. Tu vas te laver et ensuite tu me rejoins dans ma chambre, il faut que l’on parle.

Il n’en fallut pas plus à Fripon pour comprendre que le goûter s’était non seulement mal passé, mais que la situation était critique.

Il ne chercha pas à faire de blague ou à insister. Ils retournèrent à l’auberge, Fripon se lava rapidement et rejoignit aussitôt Riwalo dans sa chambre.

Fripon : Il se passe quoi ?

Riwalo : On est quasiment cramés.

Fripon devint livide. La situation était bien pire que ce qu’il imaginait. Il ne comprenait même pas comment Riwalo était aussi calme.

Fripon : HEIN ?! MAIS C’EST UNE CATASTROPHE !

Riwalo : Tu peux arrêter de gueuler, oui ?!

Fripon : Excuse-moi… On fait quoi du coup ?

Riwalo : J’ai réussi à endormir Elemethia et mère avec quelques larmes…

Fripon : Heureusement que tu étais comédien avant…

Riwalo : Oui, par contre, je ne sais pas pourquoi mais j’ai le pressentiment que Céléna a des doutes sur mon histoire.

Fripon : Ah merde… Ça craint… On change quoi ?

Riwalo sortit le jeu d’échecs qu’il avait terminé et le posa sur le lit, invitant Fripon à le rejoindre.

Riwalo : Je ne sais pas… Joue contre moi, ça m’aidera à réfléchir.

Fripon acquiesça et s’installa sur le lit face à son frère. Il connaissait les bases des échecs et s’en sortait même bien. Contre des joueurs débutants, il gagnerait sans trop de problème.

Mais en face, c’était Riwalo, un joueur qui avait été évalué à quasiment 2900 ELO*.

Il savait qu’il ne gagnerait pas contre son frère, mais là n’était pas le moment de la compétition et il le savait.

*L’ELO mesure le niveau aux échecs. Le plus haut niveau “Grand Maître” est attribué à 2500+ ELO. (Magnus Carlsen, le meilleur joueur du monde, a un record à 2882 ELO.)

La partie dura un certain temps, car Riwalo faisait en sorte de ne pas se donner à fond pour se laisser le temps de réfléchir. Après 25 minutes, la partie était terminée par une victoire de Riwalo.

Fripon : Alors ? Tu as un plan ?

Riwalo : - fermant les yeux - Oui… Je t’en parlerai autour d’un bon repas. Allons-y.

Les deux frères sortirent de l’auberge, se rendant dans une petite taverne isolée pour manger. Riwalo ayant volontairement évité d’aller à la guilde.

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