CHAPITRE 43 : Préparation de dernière minute

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La calèche tirée par quatre chevaux blancs roulait à vive allure sur les sentiers qui reliaient les différentes villes et villages de Sardon. À l’intérieur de cette dernière, deux hommes : Fripon Charlorieux et son frère Riwalo, déguisé sous l’identité de Yuri Mercury, simple majordome.

Ils étaient assis face à face, Fripon affalé et Yuri, accoudé à la vitre, sa joue droite reposant sur son poing. Il regardait le paysage de plaines, champs et petits bois défiler devant ses yeux.

Fripon : Bref, c’est quoi le plan ?

Yuri lui jeta un rapide coup d’œil avant de fixer à nouveau le décor.

Yuri : Commençons par l’évidence même. Riwalo n’est pas à l’académie, il est resté à Vardecia. Je ne suis que Yuri, ton majordome.

Fripon : Donc je dois te traiter comme mon esclave ?

Yuri : - soupir - Fripon… Pourquoi, à ton avis, majordome et esclave sont deux mots différents ?

Fripon : Car ça ne veut pas dire la même chose ?

Yuri : Exactement ! Donc comment dois-tu me traiter ?

Fripon : Comme un majordome ?

Yuri : Bravo Fripon.

Fripon : Je t’emmerde.

Les deux frères étaient légèrement secoués dû aux imperfections des routes sous les roues de la calèche.

Yuri : Je vais aussi te donner deux ou trois informations intéressantes sur l’académie.

Fripon : Quand as-tu eu le temps d’en apprendre autant ?

Yuri : Ce matin, pendant que tu ronflais comme un goret.

Fripon ne daigna même pas répondre à son frère.

Yuri : Bien. L’Académie de Magie se nomme Revery. Elle est dirigée par Sylthra Rosethorn, l’un des sept rangs Améthyste. Par conséquent, cette école est hors conflits ethniques ou politiques. Elle accueille les humains, les elfes, les nains et les hommes-bêtes.

Fripon : Je suppose que les démons ne sont pas acceptés dû à la guerre il y a environ 1000 ans.

Yuri : C’est exact.

Fripon : Et les hommes-bêtes ? Tu parles des trucs avec des oreilles d’animaux dans les mangas ? J’en ai jamais vu ici.

Yuri : Oui, ceux-là même. Et c’est normal que tu n’en aies pas vu. Dans la majorité du monde, ils sont traités comme une sous-race, des esclaves. L’académie est l’un des rares endroits du continent où ils sont acceptés.

Fripon : ILS SONT SÉRIEUX LÀ ?! C’est quoi ce monde de racistes ?!

Yuri : Où est le problème ?

Fripon ouvrit grand les yeux et fronça les sourcils devant l’indifférence de Riwalo, qui n’avait même pas daigné détourner le regard de la fenêtre.

Fripon : Tu te fous de ma gueule là ?

Yuri : Ce monde est technologiquement et culturellement situé entre le Moyen Âge et la Renaissance. Je te rappelle qu’à cette période dans notre monde, la situation était identique.

Fripon : Ça ne justifie pas que ce soit toléré !

Yuri : Je suis d’accord. Mais qu’est-ce qu’un gamin de douze ans va faire ?

Fripon : Eh bien… Je…

Yuri : Rien. Si un jour tu es suffisamment fort et influent dans ce monde, tu pourras le faire changer. Mais pour l’instant, tu dois penser à toi. Et pour ça, il faut accepter de se plier aux lois de ce continent.

Fripon baissa les yeux. Son frère avait raison et il le savait. Mais il n’en restait pas moins frustré de la situation.

Il inspira donc un grand coup avant de relever les yeux vers son frère.

Fripon : Et l’académie ? Elle est où ?

Yuri : À Sardénia. C’est la plus grande ville portuaire du pays, à la frontière nord-est de Sardon.

Fripon : Attends… Au Nord il y a l’Empire… Et à l’Est il y a Dwarareck… Mais au Nord-Est il n’y a pas d’océan, vu qu’on est tous sur un même continent.

Yuri : N’oublie pas que ce continent est une sorte de donut géant. Au centre, il y a la Grande Mer, qui relie tous les pays entre eux. C’est pour ça que Revery se trouve là-bas, elle donne un accès “facile” à tous.

Fripon : Je vois. En tout cas c’est génial qu’il y ait toutes les races ! On va se faire plein de potes différents !

Yuri soupira lentement avant d’enfin quitter des yeux la fenêtre et de fixer Fripon.

Yuri : Tu es beaucoup trop naïf Fripon.

Fripon : Bah… Pourquoi ?

Yuri : Quand je disais que les humains allaient dans cette école, je ne parlais pas juste du Royaume de Sardon… mais aussi du Saint-Empire de Pyranxine.

Fripon : Euh… C’est pas avec eux qu’on est au bord de la guerre ?

Yuri : Si. Donc crois-moi que toi, en tant que fils de l’une des familles les plus importantes de Sardon, tu ne seras clairement pas le bienvenu. Pyranxine et Sylphis sont tous les deux religieux comparés à Sardon. Donc une grande partie des humains et des elfes seront, entre guillemets, contre nous.

Fripon : Mais ils ne feront rien ! Il y a la gamine elfe de rang Améthyste pour nous protéger.

Yuri : Tu parles de Sylthra ? Ne compte clairement pas sur elle.

Fripon : Quoi… Mais pourquoi ?

Yuri : Tu l’as dit toi-même ! Elle est un rang Améthyste. L’une des 7 gardiennes de ce monde qui veille à l’équilibre des forces. Elle ne peut pas prendre parti pour qui que ce soit.

Fripon : Bah il y a bien une sécurité non ?

Yuri : En effet. Le Conseil des Élèves. Ils sont la plus grande figure d’autorité, au-dessus des professeurs. Seule Sylthra leur est supérieure. D’ailleurs, en parlant d’eux, j’en viens au point sensible.

Fripon : Comment ça ?

Yuri : La plus grande menace là-bas sera celui que l’on surnomme “Le Prodige de Revery”. Le président du Conseil des Élèves… Ryoma Van Astrean.

Fripon : C’est quoi ce nom de vampire… C’est qui ce mec, c’est Dracula ?

Yuri : Non, bien au contraire… Malgré que ce soit un élève… Son niveau en magie est tel que s’il était aventurier, il serait de rang Platine.

Fripon : Arrête… Tu déconnes… ?

Yuri : Non. Ce mec est du même calibre que mère et Céléna. C’est d’ailleurs sa réputation qui lui a valu d’être nommé président.

Fripon : Je présume qu’il n’est pas que fort… Il doit aussi être brillant intellectuellement…

Yuri : Sans l’ombre d’un doute… Même dans notre vie antérieure, je n’ai jamais rencontré un aussi bon élève…

Fripon devint livide. Ça ne venait pas de sortir de la bouche d’une personne au hasard, mais de son frère, Riwalo, qu’il considère comme l’une des personnes les plus intelligentes qu’il connaisse.

Fripon : Pas autant que toi hein… ?

Yuri : Ça, je ne peux pas te répondre.

Fripon : Donc lui, il faut s’en méfier comme la peste.

Yuri : Oui, mais discrètement. S’il voit qu’on se méfie de lui, on va juste devenir suspects à ses yeux.

Fripon : Je vois le topo. Ça va être tendu. On part clairement pas en colonie de vacances.

Yuri : Je suis rassuré de voir que tu prends la situation au sérieux.

Le majordome reporta son attention sur la vitre et le paysage. Le trajet continua ainsi plusieurs heures. Dans un silence de mort. Fripon s’entraînant mentalement à appeler son frère Yuri et à se remémorer toutes les séries qu’il a vues pour savoir comment s’adresser à un majordome.

Ce n’est qu’au bout d’un moment que Fripon releva la tête, quittant ses pensées.

Fripon : Yuri, j’y pense mais… j’ai l’impression que tu ne fais pas confiance à Sylthra.

Yuri : En effet. Je m’en méfie comme d’un virus mortel.

Fripon : Bah pourtant c’est une gardienne… Son rôle est de faire régner la justice. Elle est de notre côté, celui des gentils non ?

Yuri : Fripon, qui a dit que nous étions les gentils ? Qu’est-ce qui te prouve que secrètement, aux yeux du monde, nous ne sommes pas une nuisance ?

Fripon : - réfléchissant - Rien… Tu as raison.

Yuri : Je l’ai sous-estimée la première fois…

Fripon : Qui ? Sylthra ?

Yuri : Oui. Je pensais que c’était un monstre de puissance avec une personnalité et un cerveau de gamine… Mais c’est exactement ce qu’elle voulait nous faire croire.

Fripon : Développe ?

Yuri : Tu te souviens quand je vous ai expliqué la suppression de mana à tous ?

Fripon : Ouep ! J’avais rien pigé.

Yuri : Eh bien juste après ça, quand tout le monde est parti… je lui ai lancé un dernier coup d’œil et… Sa présence avait totalement disparu. Comme si elle ne possédait pas la moindre goutte de mana.

Fripon fronça les sourcils, réfléchissant un moment avant d’ouvrir grand les yeux de stupeur.

Fripon : Mais attends ! Ça veut dire que…

Yuri : Exactement. À peine j’ai fini d’expliquer la technique, qu’il ne lui a fallu que quelques minutes pour la maîtriser à la perfection sans que personne ne le remarque.

Fripon : Mais même toi tu ne la maîtrises pas autant alors que tu l’as créée !

Yuri : Pourtant c’est un fait. C’est une combattante hors du commun, avec une vitesse d’apprentissage et d’assimilation tout aussi impressionnante. Et suffisamment compétente pour diriger une académie et être l’une des Sept Gardiens. Elle est donc non seulement très forte mais aussi très intelligente.

Fripon : C’est quoi ce monde de dégénérés…

Yuri : Je me pose la même question… (Moi qui croyais que la réincarnation allait enfin me donner ma liberté… Je me suis bien gouré.)

Et c’est ainsi que le périple continua pendant deux jours et demi. Ce n’est qu’une fois arrivés à Sardénia que nos deux jumeaux allaient enfin pouvoir souffler.

La rentrée avait lieu le lendemain matin, Fripon devrait donc enfiler l’uniforme de l’académie et Riwalo… enfin Yuri, jouer à la perfection le rôle du majordome.

Quelle rencontre changera nos jumeaux ? Quel savoir vont-ils obtenir ? Est-ce que tout se passera pour le mieux ? Impossible de le prévoir. Pour Yuri, inutile de se prendre la tête avec ça, il faudra être capable de s’adapter sur le terrain.

Revery, l’Académie de Magie de Sardénia, ouvre ses portes pour une nouvelle aventure.

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