CHAPITRE 47 : La Vice-Présidente
La porte se referma derrière eux dans un léger claquement.
Fripon leva les yeux… et se figea.
À côté de Ryoma se tenait une jeune femme d’environ dix-huit ans, grande, élancée, vêtue de l’uniforme vert foncé parfaitement ajusté des membres du conseil.
Ses cheveux noirs tombaient en mèches droites jusqu’à sa taille, et deux oreilles félines frémissaient au sommet de son crâne.
Ses yeux dorés, fendus comme ceux d’un chat, les observaient sans ciller.
Une aura glaciale émanait d’elle.
Ryoma Van Astrean : Voici Marry Gaunt, Vice‑Présidente du Conseil des Élèves.
Elle ne sourit pas.
Elle ne salua pas.
Elle se contenta de les fixer.
Marry Gaunt : Vous deux… suivez-moi.
Elle tourna les talons sans attendre de réponse.
Ryoma leur fit signe d’obéir.
Ils marchèrent quelques mètres dans un silence pesant avant que Marry ne s’arrête brusquement.
Elle se retourna, les yeux plissés.
Marry Gaunt : Je vais être directe. Votre présence ici est suspecte. Beaucoup trop, d’ailleurs.
Fripon cligna des yeux.
Fripon : Pardon ?
Elle s’approcha lentement, ses pas silencieux, presque félins.
Sa queue noire ondulait derrière elle.
Marry Gaunt : Vous arrivez à Revery sans passer par la première année, sans dossier, sans recommandation officielle, et vous sortez du bureau de Dame Rosethorn comme si c’était… normal.
Elle se pencha légèrement vers Fripon.
Ses yeux d’or brillaient d’un éclat inquiétant.
Marry Gaunt : Rien de tout cela n’est normal.
Fripon sentit un frisson lui parcourir l’échine.
Yuri, lui, resta parfaitement droit.
Yuri : Dame Rosethorn nous a simplement—
Marry le regarda d’un air meurtrier, lui ordonnant de se taire.
Marry Gaunt : Je ne t’ai pas donné la parole.
Yuri se tut immédiatement.
Fripon ouvrit la bouche, mais Marry posa son regard sur lui.
Marry Gaunt : Et toi non plus.
Elle croisa les bras, son aura glaciale emplissant le couloir.
Marry Gaunt : Je veux savoir comment vous êtes arrivés ici !
Fripon : Bah en calèche comme tout le monde ?
Yuri : (Paix à ton âme, mon cher frère…)
Fripon sentit quelque chose fendre l’air à côté de son oreille droite, lui laissant une légère coupure sur la joue.
Il regarda alors Marry, qui le fixait d’un regard assassin, un fouet en cuir à la main.
Marry Gaunt : Ose me prendre pour une idiote… et je te jure que tu regretteras d’avoir été mis au monde.
Fripon : Cheffe oui cheffe !
Marry se remit à marcher et emmena les jeunes protagonistes dans le bureau du Conseil des Élèves.
La pièce était plutôt grande. Au centre, une grande table ovale avec le nombre de chaises correspondant aux membres du conseil.
Fripon s’installa au bout de la table, avec Yuri à sa gauche, se tenant debout. Ryoma et Marry se mirent en face de lui, assis eux aussi.
Marry Gaunt : Reprenons là où je m’étais arrêtée. J’aimerais savoir comment vous êtes arrivés ici ! Qui vous a fait entrer ! Pourquoi vous avez sauté une année entière ! Et surtout - pointant Yuri du doigt - comment un domestique maîtrise une technique de suppression de mana que même tous les professeurs ignorent.
Ryoma, à sa droite, observait la scène sans intervenir.
Ses yeux rouges analysaient chaque réaction.
Fripon tenta un sourire maladroit.
Fripon : Eh bien… c’est une longue histoire—
Un souffle glacé lui coupa la parole.
L’air devint si froid que Fripon vit sa propre respiration en brume blanche.
Marry tapota du doigt sur la table, lentement, méthodiquement.
Marry Gaunt : Je n’ai pas demandé une histoire, mais une réponse.
Elle croisa les jambes, posa son coude sur l’accoudoir et son menton sur sa main.
Ses yeux dorés ne quittaient pas Fripon, comme un chat observant une souris qui hésite à courir.
Marry Gaunt : Alors ? Qui vous a fait entrer ?
Fripon avala difficilement sa salive, regardant Yuri avec inquiétude.
Voyant le désespoir de son frère, Yuri leva la main comme pour demander la parole.
Marry Gaunt : Tu oses demander la parole ? Ne sais-tu pas que les domestiques sont considérés comme des esclaves ?
Yuri : C’est pour ça que je demande la parole. Sinon je l’aurais déjà prise depuis longtemps.
Marry Gaunt : Sale petit…
Ryoma Van Astrean : Tu peux parler.
Marry regarda le président, incrédule.
Yuri, quant à lui, s’inclina respectueusement vers le président avant de prendre la parole.
Yuri : Nous avons été invités par Dame Rosethorn. Étant donné que nous ne connaissions pas l’Académie, elle nous a donc convoqués pour nous donner des informations supplémentaires.
Marry Gaunt : Ça n’a aucun sens. Ryoma est le dernier invité par Dame Rosethorn, et vous ne valez rien face à lui !
Yuri : Permettez-moi d’en douter.
Marry Gaunt : Pardon ?
Elle fusilla Yuri du regard comme s’il venait de commettre le plus grand crime de l’humanité.
Mais le président leva la main pour lui faire signe de se calmer.
Ryoma Van Astrean : Peux-tu développer ton propos, je te prie ?
Yuri : Si je me base sur le discours de Dame Rosethorn et le vôtre sur Revery… ce qui fait d’un élève quelqu’un avec du potentiel, ce n’est ni sa force ni son intelligence, mais sa manière d’apprendre, de s’améliorer, de se remettre en question. Ce n’est donc pas une question de capacités, mais de mentalité.
Un léger sourire se forma sur les lèvres de Ryoma.
Ryoma Van Astrean : Dis-moi, es-tu vraiment un majordome ? Les domestiques sont souvent des hommes-bêtes, car considérés comme des esclaves.
La Vice‑Présidente serra les dents et les poings.
Bien qu’elle sache que Ryoma ne partageait pas cet avis, l’entendre restait douloureux.
Ryoma Van Astrean : Mais toi, tu es un humain. Et de ce que je vois, tu n’es clairement pas un imbécile.
Yuri : Votre compliment m’honore, Monsieur le Président. Et pour répondre à votre question, la famille Charlorieux m’a recueilli quand je n’étais qu’un orphelin. Ils m’ont donné un toit, à manger et une éducation. Consacrer ma vie à leur service est pour moi un paiement plus que dérisoire pour rembourser ma dette.
Ryoma Van Astrean : Tu mets donc de côté toute fierté pour rembourser une simple dette ?
Yuri : En effet.
Le président n’ajouta rien d’autre et ferma les yeux pour réfléchir.
C’est Marry qui reprit donc son interrogatoire.
Marry Gaunt : Et pourquoi devrais-tu parler à la place de ton maître ? Il est censé être ton supérieur !
Yuri : En temps normal, oui. Mais ici, c’est un peu différent. J’ai été chargé de l’accompagner pour veiller à son comportement et prévenir toute erreur venant de sa part. Cet ordre venant de Dame Aliénore Charlorieux, il est donc prioritaire. Voilà pourquoi je me permets de tels écarts de conduite.
Marry Gaunt : C’est plutôt cohérent… Mais ça ne me convainc pas.
Yuri : (Mais lâche le morceau, grognasse… J’ai autre chose à faire que t’écouter parler.)
Marry Gaunt : Je voudrais savoir si—
Ryoma Van Astrean : Vous pouvez y aller. Vos cours vont commencer.
Marry Gaunt : Mais Ryoma…
Yuri : Merci, Monsieur. En vous souhaitant une bonne journée.
Fripon : Excellente journée à vous.
Fripon se leva et ils quittèrent la pièce.
Marry Gaunt : Je n’avais pas fini de les interroger…
Ryoma Van Astrean : Tu n’aurais rien appris d’autre.
Marry Gaunt : Comment ça… ?
Ryoma ferma les yeux et soupira.
Il croisa les mains et accouda son menton dessus.
Il rouvrit ensuite les paupières et les plissa en direction de la porte, répondant d’une voix froide à sa collègue.
Ryoma Van Astrean : Ce majordome te contrôlait comme un pantin. Il orientait la discussion et ne nous donnait que certaines informations. Suffisamment pour que ses réponses soient crédibles, mais pas assez pour nous donner de réelles pistes à exploiter.
Marry Gaunt : Je vais le—
Ryoma Van Astrean : Tu ne gagneras pas contre lui. Du moins… pas dans le domaine intellectuel.
Marry Gaunt : Que racontes-tu ? Je suis la meilleure élève après toi.
Ryoma Van Astrean : Je ne sais pas… une intuition.
Pendant ce temps, les deux jumeaux marchaient dans les couloirs, se dirigeant vers les grands escaliers en pierre.
Fripon : Par contre, on va où là ? Je ne sais pas où sont les classes…
Yuri : Ne vous inquiétez pas, maître. J’ai mémorisé le plan de l’Académie par cœur.
Fripon : Cool ! Je te suis !
Ils continuèrent de marcher, descendant un à un les étages jusqu’à atteindre le rez-de chaussé.
Yuri : (Marry Gaunt… Je m’occuperai de ton cas plus tard. Tu es une gêneuse qui doit être neutralisée.)

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