CHAPITRE 62 : La bibliothèque de Revery
À peine eurent-ils passé la porte qu’une forte odeur de vieux livres leur emplit les narines.
La bibliothèque était immense et pourtant elle ne comportait qu’un rez-de-chaussée et un étage. Cependant, le bâtiment en lui-même avait une énorme superficie : il était sans l’ombre d’un doute la plus grande bâtisse après le château lui-même.
L’ambiance était propice à l’étude. Un grand plancher, des tables et des chaises dispersées en plusieurs zones différentes, certaines plus propices au travail de groupe, d’autres spécialement conçues pour l’individualisme.
Le bâtiment ne comportait que très peu de fenêtres. L’éclairage était entièrement géré par magie : pas trop lumineux, cela fatiguerait les yeux, mais pas trop sombre non plus, car cela faciliterait l’endormissement.
Tout était en bois : sol, étagères, tables, chaises, escaliers, murs, plafonds. Mais il y avait néanmoins une quantité impressionnante de végétation. Fleurs et arbustes en pots, mais pas seulement : des lianes parcouraient les étagères tel du lierre, munies de petits fruits luminescents, participant à l’ambiance générale de la bâtisse.
Le plus surprenant restait tout de même la forme circulaire de la bibliothèque. Sur les deux étages, la disposition était identique, les rayons de livres s’alignant comme pour découper la bâtisse en plusieurs parties, chacune entrecoupée de zones d’étude.
Néanmoins, le centre n’était occupé ni par les livres, ni par les tables, mais par un immense arbre qui montait jusqu’au toit. Son tronc brun et ses feuilles vertes étaient en parfaite harmonie avec le reste. En apparence, il s’agissait d’un arbre très similaire à un saule pleureur.
De petites lueurs scintillantes pouvaient être observées un peu partout autour et dans l’arbre. Il s’agissait en fait de centaines de lucioles qui rendaient le lieu absolument féérique.
La quantité de livres contenue sur les grandes étagères était elle aussi somptueuse. C’était comme si tout le savoir du monde était réuni en un seul lieu. Magie, lame, cuisine, couture, construction, histoire du monde, contes de fées… Aucun thème imaginable ne manquait à l’appel. À l’exception, évidemment, de la science moderne.
Léo : Oh mon dieu… mais c’est SUBLIME !
Charlotte : Léo, ne crie pas… C’est une bibliothèque. Par contre j’admets que je n’ai jamais rien vu d’aussi sublime…
Alizée Shreya : En général, les zones d’étude ne font pas envie… Mais là… j’ai l’impression que tous mes problèmes ont disparu… que je ne trouverai pas d’endroit plus reposant que celui-là…
Même notre cher majordome, qui mettait un point d’honneur à ne rien laisser transparaître, était subjugué par le bâtiment. Ses yeux s’illuminèrent d’une lueur de vie que l’on ne lui connaissait que très rarement.
Il lui aurait été impossible de dire si ce qui le fascinait était la beauté du lieu ou la quantité infinie de savoir qu’il contenait… Sûrement les deux.
Yuri : C’est absolument somptueux. (La bibliothèque d’Alexandrie fait pâle figure à côté… Ce lieu aurait clairement eu sa place comme huitième merveille du monde…)
Alizée Shreya : J’en ai presque envie de pleurer…
Yuri : Oui… moi aussi…
Léo, Charlotte et Alizée se retournèrent vers Yuri. Et en voyant le regard lumineux du jeune homme, ils ne purent que sourire devant un trait si rare sur son visage.
Charlotte : J’ai hâte de commencer tes cours maintenant Yuri.
Alizée Shreya : Oui, moi aussi.
La louve fit un grand sourire à Yuri. Même Léo le regardait avec impatience, pourtant il était bien le dernier à s’intéresser aux livres.
Yuri : Dans ce cas-là, commençons. Allez vous installer à une table, je vais chercher les livres nécessaires.
Les trois élèves partirent s’installer tranquillement à une table en chuchotant. L’ambiance apaisait immédiatement n’importe qui. Léo, d’habitude une boule d’énergie sur pattes, était lui aussi sage comme une image.
Pendant ce temps, Yuri arpentait certains rayons bien précis, cherchant les quelques livres nécessaires. Pendant ses recherches, il prit le temps de s’arrêter, effleurant de sa main droite la tranche en cuir bleuté de l’un des ouvrages. Il ferma les yeux, un sourire triste aux lèvres, murmurant à lui-même.
Yuri : Même en passant chaque journée ici… une vie humaine ne serait pas suffisamment longue pour lire l’entièreté de cette bibliothèque…
Il soupira, rouvrant lentement ses yeux larmoyants.
Yuri : À croire que même avec une deuxième vie… le temps continue à me manquer…
Il essuya ses yeux humides, se ressaisissant, et continua de rechercher les ouvrages nécessaires.
Ce n’est qu’après une bonne dizaine de minutes qu’il revint à la table où étaient installés Charlotte, Alizée et Léo.
Il posa alors sur la table une pile de livres qu’il divisa en trois.
Yuri : Bien, je vous ai fait une sélection de livres chacun. Ils contiennent les connaissances qui vous manquent respectivement.
Léo écarquilla les yeux, s’exclama en chuchotant, respectant le lieu.
Léo : Il faut lire tout ça aujourd’hui ?!
Yuri : Non, ne t’en fais pas. Mais ne prenez tout de même pas trop de temps pour les lire. C’est grâce à eux que votre formation avancera.
Charlotte : Je suis curieuse de savoir ce que tu nous as pris.
Il posa sa main sur le tas du milieu contenant trois livres.
Yuri : Léo, je t’ai pris des livres qui parlent principalement des bases de la construction de la magie ainsi que des connaissances élémentaires sur cette dernière.
Léo : Chef, oui chef !
Il bascula sur l’unique livre de gauche.
Yuri : En termes de théorie, il ne te manque pas grand-chose Charlotte. Je t’ai tout de même pris un ouvrage entièrement dédié aux sorts d’hydromancie. Étant ton affinité, il est important que tu puisses connaître en profondeur ce qu’elle te permet.
Charlotte : Intéressant… Je te remercie, ça va en effet m’être très utile.
Il posa enfin sa main sur la dernière pile de deux livres.
Yuri : Pour toi Alizée, je t’ai pris deux livres différents. Le premier concerne des bases magiques un peu plus poussées, ce qui t’a valu une perte de points au contrôle. Le deuxième se concentre sur ton affinité, la terramancie. Vu que Léo a la même magie que toi, tu pourras lui prêter une fois que tu auras fini de le lire.
Alizée Shreya : D’accord, merci beaucoup Yuri.
Chacun rangea les livres dans son cartable en cuir, comprenant que la lecture serait pour plus tard.
Yuri fit signe aux trois de s’asseoir en face de lui et ils s’exécutèrent sans attendre.
Yuri : Bien, je vais vous parler de votre mana aujourd’hui. Car voyez-vous, jusqu’ici les mages du monde entier pensaient que l’important dans la magie était la maîtrise et la conception de sorts toujours plus puissants.
Charlotte : Et d’après toi, le plus important est le mana ?
Yuri : Oui, car en comprenant le mana, on comprend ce que l’on fait. La magie est en fait grandement basée sur la visualisation.
Alizée Shreya : C’est-à-dire ?
Yuri : Votre mana a une ou des affinités avec les éléments, ce qui rend la manipulation de ce dernier plus simple. Mais même si vous maîtrisez un élément, tant que vous êtes incapables de visualiser correctement le sort désiré, ça ne sera jamais efficace.
Léo : Quel rapport avec le mana ?
Yuri : Jusqu’ici, on pensait que le mana était une source d’énergie qui permettait d’ouvrir un cercle magique qui transportait à nous l’élément demandé. Alors que la réalité est très différente. Il s’agit en fait de notre mana qui va lui-même se modifier pour prendre la forme de l’élément en question.
Il forma une petite sphère d’eau dans sa main.
Yuri : En comprenant ça, si au-delà de l’élément je visualise la forme que doit prendre mon mana, je peux également modifier la forme du sort.
La petite sphère devint une pyramide puis un cube avant de revenir à sa forme initiale.
Léo, Charlotte et Alizée regardaient avec admiration le sort de Yuri.
Charlotte : Comment, en plusieurs millénaires d’étude de la magie, on ne s’est jamais rendu compte de quelque chose d’aussi élémentaire… ?
Yuri : Sûrement car on n’avait pas la bonne vision de la magie.
Alizée leva un sourcil intrigué.
Alizée Shreya : Une mauvaise vision ? Comment ça ?
Yuri : Prenez n’importe quel élément de magie. Regardez les sorts qui existent liés à ces derniers. Dans au moins 95 % des cas, ce sont des sorts dédiés au combat.
Le problème est que depuis toujours, on voit la magie comme une arme. Comprendre ses fondements ne sert à rien : tant que l’on a des sorts puissants, c’est tout ce qui compte.
Léo : C’est logique, on ne se sert de la magie que pour ça.
Yuri : Tu crois ça ? Et l’académie alors ?
Léo : Quoi l’académie ?
Yuri leva un sourcil surpris.
Yuri : Attendez, aucun de vous ne l’a remarqué… ?
Charlotte, Léo et Alizée se regardèrent à tour de rôle, complètement perdus.
Alizée, Charlotte et Léo : Non ?
Yuri esquissa un sourire en soupirant.
Yuri : Chaque île, chaque plante, chaque pont de fleurs, chaque lumière, le fait même que ces îles flottent… Tout ça n’est qu’un ensemble de sorts magiques. Revery elle-même est faite grâce à la magie. Vous appelez ça du combat vous ?
Il reforma sa sphère d’eau.
Yuri : En variant la quantité de mana que j’infuse dans ma sphère, je peux faire varier sa taille ou sa densité.
Il la fit d’abord grossir, puis rétrécir.
Yuri : La magie n’est que le nom que l’on a donné à la manipulation de notre mana. Si on maîtrise notre mana, si on le visualise correctement, les possibilités de sorts sont infinies. Offensifs et défensifs évidemment. Mais aussi des sorts pour arroser les plantes, faire chauffer l’eau d’un bain ou encore faire pousser un parterre de fleurs.La magie n’est pas une arme. C’est un art. Un art polyvalent qui n’a pas de fonction précise mais qui s’adapte au besoin de chaque utilisateur.
Alizée Shreya : Donc ce qui fera de nous de bons mages, ce n’est pas la quantité de sorts connus ou leur puissance, mais le contrôle sur le mana et notre maîtrise générale de la magie ?
Yuri : Exactement. Vous apprendrez la magie dans cette académie. Mais c’est vous et vous seuls qui déciderez de la manière dont vous vous en servirez.
Charlotte : Donc d’après toi, il existe autant de formes de magie que de mages ? Et par conséquent, la magie que l’on utilise serait le reflet de qui nous sommes ?
Yuri sourit à ses trois camarades.
Yuri : C’est tout à fait ça.
Léo : Wow… même moi j’ai tout compris… et je suis entièrement d’accord !
Yuri : Bien, restons-en là pour aujourd’hui. Cette histoire a déjà quasiment pris une heure le temps de rentrer. Il ne faudrait pas que nous soyons en retard. Je vous laisse digérer et réfléchir à ce que je vous ai dit. Et n’oubliez pas de lire vos livres.
Léo, Alizée et Charlotte : D’accord !
Les quatre amis prirent leurs affaires et quittèrent la bibliothèque, retrouvant l’air frais de l’extérieur. Ils se remirent tranquillement en route vers le grand arbre et le château en discutant de tout et de rien.
Les cours du professeur Vael allaient reprendre, marquant à la fois le début et la fin de l’après-midi de cette deuxième journée.

Annotations
Versions