Le lendemain, ou un autre jour
Je travaille. Tout le monde travaille. Je ne sais pas à quoi sert ce que je fais. Je trie des données sur un écran. Les données arrivent, je les classe, elles repartent. Parfois, l'écran affiche un mot que je ne connais pas. Un mot ancien. Un mot qui n'est plus dans la liste. Quand ça arrive, je dois le signaler. Il disparaît.
Avant, je ne pensais pas à ces mots. Ils passaient et je les signalais. C'était un geste, comme tous les gestes. Après le rêve, c'est différent.
Ce matin, un mot est apparu sur l'écran. Ancien. Pas dans la liste. J'ai lu le mot.
Horizon.
Je ne l'avais jamais vu. Ou peut-être que si, mais sans le voir. Cette fois, le mot m'a fait quelque chose. Il est resté. Pas dans l'écran - il a disparu comme toujours. Mais en moi. Le mot est resté en moi, comme un objet coincé dans un endroit trop étroit.
J'ai cherché ce qu'il voulait dire. Il n'y a rien. Pas de définition. Pas de référence. Le mot existe mais ne pointe vers rien. Comme une porte sans pièce derrière.
Et pourtant, en le lisant, j'ai vu quelque chose. Pas une image précise. Une sensation d'espace. La même que dans le rêve. Un endroit où le plafond n'est pas là. Où la lumière vient d'ailleurs.
J'ai signalé le mot.
Il a disparu.
Mais pas de moi.
Le soir, dans la cellule, je reste assis longtemps.
La lumière s'éteindra bientôt. Je regarde le mur. Le mur est blanc, lisse, régulier. Le mur est là depuis toujours. Le mur est normal.
Mais ce soir, le mur me dérange.
Pas le mur en lui-même. Ce qu'il y a derrière. Ou plutôt : ce qu'il n'y a pas derrière. L'idée qu'il pourrait y avoir quelque chose derrière ce mur, et que ce quelque chose n'a pas de mot. Non pas qu'on me l'interdit. Mais que le mot, lui, n'est plus là.
Si le mot n'est plus là, est-ce que la chose existe encore ?
Avant le rêve, la question ne se posait pas.
Maintenant, elle est là.
Mais je ne peux pas la formuler.

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