Un autre jour
J'essaie d'écrire.
Pas sur un écran. Sur un mur. Avec le bout d'un objet que j'ai trouvé par terre. Les murs sont lisses et les traces partent vite, mais pendant un instant, les signes sont là.
J'essaie d'écrire ce que j'ai vu dans le rêve.
Je n'y arrive pas.
Ce n'est pas la main qui refuse. C'est la tête. Je sais ce que j'ai vu. La sensation est intacte. Mais dès que j'essaie de la fixer dans un mot, le mot n'est pas là. Ce n'est pas que je l'ai oublié. C'est qu'il n'a jamais existé. Le mot n'a jamais existé, ou il existait et il a été retiré, et dans les deux cas le résultat est le même : la chose est là sans la possibilité d'être dite.
J'écris :
Un espace sans
Je m'arrête. Sans quoi ? Le mot suivant devrait dire ce qui manque. Mais le mot qui manque est celui qui dirait ce qui manque. C'est un trou qui se contient lui-même.
J'efface.
J'écris :
Quelque chose qui
Qui quoi ? Qui existe ? Qui manque ? Qui devrait être là et n'est pas là ? Chaque fois que je m'approche, la phrase s'écroule. Les mots qu'on m'a laissés ne construisent pas jusque-là. Ils construisent des murs. Des fonctions. Des jours identiques. Mais ils ne construisent pas ça.
Je regarde les traces sur le mur. Elles ne disent rien. Elles ne disent rien parce qu'il n'y a rien à dire dans cette langue.
Et pourtant la chose est là. Sous les mots. Avant les mots. Dans un endroit que les mots ne couvrent pas.

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