Plus tard - je ne sais pas combien de temps
Je rêve encore.
Chaque nuit, le même rêve. Pas identique. Le même. L'espace est là. L'espace sans plafond. Le sol est différent - parfois dur, parfois souple, parfois mouillant, un mot que je n'ai pas, une sensation sous les pieds que rien ne décrit. La lumière vient de partout et de nulle part. Elle est chaude. Ce mot existe encore. Chaude.
Mais dans le rêve, la chaleur n'est pas seulement une température. Elle fait autre chose. Elle fait quelque chose que le mot ne porte plus.
Je me réveille chaque matin avec un peu plus de cette chose dans la poitrine. Ce quelque chose qui pousse. Qui veut sortir. Qui cherche la phrase où il pourrait exister.
La phrase n'existe pas.
Le quelque chose pousse quand même.
La personne devant la fenêtre n'est plus là.
Je ne sais pas quand elle a disparu. Un matin, l'endroit où elle se tenait était vide. Personne n'a rien dit. Personne n'a posé de question. Le vide qu'elle a laissé s'est refermé immédiatement, comme si elle n'avait jamais été là.
C'est peut-être ça qui m'a fait le plus peur. Pas qu'elle ait disparu. Mais que le trou se referme aussi vite. Qu'il n'y ait pas de mot pour l'absence de quelqu'un. Que la disparition ne laisse rien dans la langue. Qu'on ne puisse même pas dire : il manque quelqu'un ici.
Parce que « manquer », dans ce sens-là, n'existe plus.
On ne manque de rien.
On ne manque de rien.

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