Chapitre 7 - Le protocole
Le laboratoire médical où Rami avait envoyé Adrian pour un premier examen occupait les étages supérieurs d’un ancien centre hospitalier réhabilité après les grandes réformes sanitaires du début du siècle. À l’époque, la médecine avait dû s’adapter à une réalité nouvelle : les maladies naturelles diminuaient, mais les pathologies liées aux implants et aux augmentations biologiques apparaissaient partout.
Aujourd’hui, l’endroit ressemblait davantage à une station de recherche qu’à un hôpital.
Les couloirs étaient silencieux, éclairés par une lumière douce et constante. Les portes coulissantes s’ouvraient automatiquement à leur passage, révélant des salles équipées d’appareils d’imagerie neuronale, de scanners biomoléculaires et de consoles d’analyse cognitive.
Adrian avançait sans parler.
Lenoir marchait à côté de lui.
— Je n’aime pas ça.
— Moi non plus.
— On parle d’un cerveau qui répond à un signal venu d’un mort.
— C’est pour ça qu’on est là.
Ils entrèrent dans la salle d’examen.
La docteure Hina Sorel les attendait déjà. Une femme d’une quarantaine d’années, au regard précis et aux gestes économes. Elle avait travaillé pendant des années sur les interfaces neuronales militaires avant de rejoindre le réseau civil.
Elle salua Adrian d’un signe de tête.
— Inspecteur Kross.
— Docteure.
— J’ai reçu les données envoyées par votre analyste.
Elle activa l’écran principal.
— Si elles sont exactes, nous avons effectivement une anomalie.
Lenoir s’appuya contre le mur.
— Vous appelez ça une anomalie ?
Hina ne répondit pas tout de suite.
— Pour l’instant, oui.
Elle fit apparaître un scan tridimensionnel du cerveau d’Adrian.
La structure neuronale tournait lentement au-dessus de la table d’examen.
Adrian la regarda quelques secondes.
— Je suppose que ce n’est pas un scan ordinaire.
— Non.
Hina agrandit plusieurs zones du modèle.
— Votre cerveau présente une architecture légèrement différente de la moyenne.
Lenoir soupira.
— Évidemment.
— Rien de pathologique, précisa-t-elle.
Elle montra une zone plus lumineuse.
— Mais certaines connexions sont plus efficaces.
— Plus efficaces comment ? demanda Adrian.
— Temps de transmission réduit, densité synaptique élevée, optimisation de certaines fonctions analytiques.
Lenoir leva un sourcil.
— En clair ?
Hina répondit calmement.
— Votre cerveau traite l’information plus vite que la moyenne.
Adrian ne sembla pas surpris.
— Et ça explique la correspondance avec le modèle envoyé par le signal ?
Hina agrandit une nouvelle zone.
— Pas entièrement.
Les structures affichées à l’écran devinrent plus complexes.
— Le modèle que votre analyste a isolé ressemble à une architecture cognitive conçue pour fonctionner avec un cerveau biologique.
— Un système hybride, dit Adrian.
— Exactement.
Lenoir croisa les bras.
— Donc quelqu’un fabrique des cerveaux augmentés.
— Ou prépare des cerveaux capables d’accueillir quelque chose.
La phrase resta suspendue.
Adrian observa le modèle.
— Le protocole Orpheus.
Hina inclina légèrement la tête.
— Vous avez entendu ce nom où ?
— Dans les logs.
Elle resta silencieuse quelques secondes.
— C’est intéressant.
— Pourquoi ?
— Parce que ce terme apparaît parfois dans certaines publications scientifiques confidentielles.
Lenoir se redressa.
— Valentine.
— Entre autres.
Elle fit apparaître une série d’archives sur l’écran.
— Dans les années qui ont suivi la crise des intelligences artificielles, beaucoup de laboratoires ont cherché une solution intermédiaire.
Adrian regardait les documents défiler.
— Entre quoi et quoi ?
— Entre les machines conscientes et les humains.
— Une fusion.
— Plutôt une symbiose.
Hina agrandit un article scientifique.
— L’idée était simple : si l’intelligence artificielle ne peut pas exister seule, pourquoi ne pas la faire évoluer à l’intérieur du cerveau humain ?
Lenoir lâcha un rire sec.
— Génial.
— Le problème, continua Hina, c’est que le cerveau humain rejette généralement ce type d’intégration.
— Généralement ?
— Oui.
Elle regarda Adrian.
— Sauf dans certains cas extrêmement rares.
Adrian comprit où elle voulait en venir.
— Compatibilité biologique.
— Exactement.
Lenoir se passa la main sur le visage.
— Donc quelqu’un cherche un cerveau capable d’héberger un système artificiel.
— Ou un système qui dépasse la simple intelligence artificielle.
Adrian fixa l’écran.
— Orpheus.
Hina acquiesça.
— Peut-être.
Elle fit apparaître une dernière analyse.
— Ce qui m’inquiète, c’est autre chose.
— Quoi ?
— Votre activité cérébrale.
Adrian leva les yeux.
— Elle change.
Lenoir se redressa immédiatement.
— Comment ça ?
Hina agrandit une courbe.
— Depuis que vous avez reçu le signal, certaines zones de votre cortex montrent une activité inhabituelle.
— Inhabituelle comment ?
— Comme si votre cerveau cherchait à établir une connexion.
La salle devint silencieuse.
Adrian resta immobile.
— Une connexion avec quoi ?
Hina répondit doucement.
— Avec quelque chose qui n’est pas encore là.
Lenoir regarda Adrian.
— Tu sens quelque chose ?
— Non.
— Rien du tout ?
Adrian secoua légèrement la tête.
— Rien.
Hina observa encore les données.
— Pourtant votre cerveau agit comme s’il attendait un second signal.
Le mot attendait résonna dans la pièce.
Adrian fixa l’écran.
— Et si ce signal arrive ?
Hina répondit sans détour.
— Alors nous saurons ce que contient réellement le protocole Orpheus.
Un silence lourd s’installa.
Dans la ville, au même moment, un réseau de serveurs clandestins venait de s’activer.
Un paquet de données circula à travers plusieurs relais invisibles.
Destination :
KROSS, ADRIAN
Statut :
CONTACT ÉTABLI
Puis une dernière ligne apparut.
RÊVE EN PRÉPARATION

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