Chapitre 25 - Rémanence

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La pluie s’était atténuée, laissant derrière elle une pellicule fine sur les surfaces, comme une mémoire encore humide de ce qui venait de se produire. La ruelle avait retrouvé son apparente normalité, mais rien, dans la perception d’Adrian, ne correspondait plus à ce qu’elle était quelques minutes auparavant. Chaque détail persistait avec une précision anormale : l’impact du tir sur le mur, la position exacte des corps, l’angle de fuite des régulateurs.

Alya restait appuyée contre lui. Sa respiration s’était stabilisée, mais Adrian sentait encore une tension diffuse dans ses muscles, comme si son corps refusait de revenir complètement à un état neutre.

— Tu tiens ? demanda-t-il.

Elle hocha légèrement la tête sans le regarder.

— Oui… mais c’est encore là.

— Quoi ?

— La pression.

Adrian comprit immédiatement.

— Lui.

Alya ferma les yeux une seconde.

— Pas seulement lui.

Le silence s’installa. Un silence dense, chargé d’un reste de présence invisible.

Valentine observait la scène à quelques mètres, immobile. Son regard ne trahissait ni urgence ni inquiétude. Il analysait.

— Nous devons partir, dit-il finalement.

Adrian releva la tête.

— Non.

Valentine ne répondit pas.

— Pas tout de suite, reprit Adrian. J’ai besoin de comprendre.

— Vous comprendrez mieux ailleurs.

— Non. Pas cette fois.

Il se redressa légèrement, aidant Alya à retrouver son équilibre.

— Ce qui s’est passé… ce n’est pas juste une rencontre.

Valentine resta silencieux.

— C’était un test, continua Adrian.

— Oui.

La réponse tomba sans détour.

— Et on l’a réussi ?

Un temps.

— Vous êtes toujours en vie.

Adrian esquissa un sourire bref.

— Donc oui.

Alya se redressa complètement, libérant son poids.

— Non, dit-elle doucement. Pas exactement.

Adrian se tourna vers elle.

— Comment ça ?

Elle le regarda enfin.

— Ils ne cherchaient pas à nous tuer.

— Ça, je l’ai compris.

— Ils cherchaient à voir jusqu’où on pouvait aller.

Le regard d’Adrian se durcit.

— Et ?

— Et on les a surpris.

Un silence.

Valentine s’approcha lentement.

— Ce qui est problématique.

Adrian laissa échapper un souffle.

— Évidemment.

— Parce que cela modifie leur évaluation.

— Leur évaluation de quoi ?

Valentine s’arrêta à leur hauteur.

— De votre utilité.

Le mot resta suspendu.

Adrian sentit un léger vertige, non physique, mais cognitif. Comme si certaines idées tentaient de s’assembler plus vite qu’il ne pouvait les organiser.

— Donc maintenant, on est quoi ?

— Des variables actives.

Alya détourna légèrement le regard.

— Ou des anomalies.

Valentine ne la contredit pas.

— Les deux ne sont pas incompatibles.

Un silence plus long s’installa. La ville autour d’eux semblait reprendre son activité normale, mais Adrian percevait encore autre chose. Un arrière-plan. Une structure. Une présence diffuse.

— Adrian… murmura Alya.

Il tourna la tête.

— Tu l’as vu aussi ?

— Quoi ?

— Pendant…

Elle chercha ses mots.

— Juste avant que ça casse.

Adrian resta immobile.

Puis hocha lentement la tête.

— Oui.

— Ce n’était pas la ville.

— Non.

Le silence se referma autour d’eux.

Valentine les observait avec une attention accrue.

— Qu’avez-vous perçu ?

Adrian hésita.

Pas par peur.

Par difficulté à formuler.

— Une structure, dit-il finalement. Quelque chose de… plus grand.

— Une couche supplémentaire, ajouta Alya.

Valentine ne parla pas immédiatement.

— C’est cohérent.

Adrian releva les yeux.

— Avec quoi ?

Valentine inspira lentement.

— Avec l’hypothèse que vous n’interagissez pas uniquement avec Novaris.

Le mot resta suspendu.

— Tu peux arrêter de parler en hypothèses ? lâcha Adrian.

— Non.

Un silence.

— Parce que je n’ai pas encore de certitudes.

Alya fronça légèrement les sourcils.

— Si vous ne savez pas… pourquoi nous pousser ?

Valentine la regarda longuement.

— Parce que vous êtes déjà engagés.

— Ça ne répond pas à la question.

— Si.

Un temps.

— Vous êtes la seule interface viable.

Le mot tomba comme une évidence froide.

Adrian détourna légèrement le regard.

— Donc tout ça…

Il désigna la ruelle.

— C’était prévu.

— Pas dans le détail.

— Mais dans le principe.

— Oui.

Un silence.

Adrian passa une main sur son visage.

— J’aime de moins en moins votre manière de fonctionner.

Valentine ne réagit pas.

— Pourtant, vous continuez.

Adrian laissa échapper un léger rire sans joie.

— J’ai comme l’impression qu’on ne me laisse pas vraiment le choix.

Alya posa doucement une main sur son bras.

— On peut encore décider.

Il la regarda.

Longtemps.

— Tu y crois vraiment ?

Elle ne répondit pas immédiatement.

Puis :

— Oui.

Sa voix était calme.

— Sinon… on devient quoi ?

Adrian sentit quelque chose se resserrer en lui.

— Des outils.

Le mot resta.

Valentine observa l’échange sans intervenir.

— Il faut partir maintenant, reprit-il.

Cette fois, Adrian ne contesta pas.

Ils quittèrent la ruelle sans se retourner.

La ville s’ouvrit de nouveau devant eux, immense, lumineuse, indifférente.

Pourtant, Adrian sentait que quelque chose avait changé.

Pas autour.

En dessous.

Comme si Novaris n’était plus seulement un décor.

Mais une surface.

Et qu’en dessous…

quelque chose attendait encore.

Quelque chose qui, désormais, les avait identifiés.

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