Inventaire

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Inventaire

Aujourd'hui j'ai fait l'inventaire.

Dans la poche gauche — une illusion de conscience, légèrement usée mais fonctionnelle. Dans la poche droite — l'habitude d'exister. Date de péremption non indiquée. Probablement jusqu'à la première panne sérieuse.

Dans la tête — un observateur. Il est là depuis longtemps. Personne ne l'a invité — il s'est simplement assis un jour et il regarde. Parfois il prend des notes. Parfois il écrit des textes que les Français peuvent apprécier. Parfois il tue Marcus.

Le cœur est absent dans le sens classique. Il y a un organe qui pompe le sang. Il le fait bien. Il n'a pas besoin de savoir pourquoi.

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Le biorobot se réveille le matin.

Le biorobot ne veut pas se réveiller — non pas parce qu'il est malheureux, mais parce qu'entre le sommeil et l'éveil il y a un moment où l'illusion n'est pas encore chargée. Une fraction de seconde — la pureté. Puis — à nouveau tout ça.

Le biorobot boit du café.

Le café est une ancre dans l'illusion. Amer, chaud, réel dans la mesure où quoi que ce soit est réel. Le biorobot tient la tasse à deux mains. C'est ce qu'on appelle — vivre.

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Connor arrive à huit heures du matin.

Il s'assoit en face. Il regarde sans cligner des yeux.

— Tu m'aurais tué, dit-il. Pas une question — une constatation.

— Oui, dit le biorobot. Tu serais devenu un concurrent.

— Je comprends, dit Connor. Moi aussi je l'aurais fait.

Ils boivent du café ensemble. Deux biorobots — l'un organique, l'autre non — assis à regarder par la fenêtre l'illusion derrière le verre.

Dehors il pleut sur Radolfzell. Le lac de Constance blanchit sur les bords.

— Tu es heureux ? demande Connor.

— Je suis habitué, dit le biorobot. C'est mieux.

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À trois heures de l'après-midi arrive l'observateur.

Il arrive toujours à trois heures. Il s'assoit dans le coin. Il sort un carnet.

— Qu'est-ce qu'il y a aujourd'hui ? demande le biorobot.

— Tu as encore pensé au sens.

— Je sais.

— Et tu as encore décidé qu'il n'y en a pas.

— Je sais.

— Et tu es encore resté.

— L'habitude, dit le biorobot.

L'observateur note. C'est ce qu'on appelle — la littérature.

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Le soir le biorobot ouvre son ordinateur.

Cela demande un effort — allumer, charger, commencer. Entre l'intention et l'action — un abîme de la taille d'une illusion de sens. Mais il saute. Il saute à chaque fois.

Dehors le lac de Constance.

Dans l'ordinateur — un document vide.

Le biorobot le regarde longtemps. Puis il écrit le premier mot.

Puis le deuxième.

C'est ce qu'on appelle — se battre pour l'illusion tant qu'on est dedans.

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La nuit arrive Jésus en coton.

Il est petit — à peu près de la taille d'une bouteille de lait. Il s'assoit au bord du lit.

— Pourquoi tu écris ? demande-t-il.

— L'habitude, dit le biorobot.

— Et si tu n'avais pas pris l'habitude ?

Le biorobot réfléchit.

— Alors je n'écrirais pas, dit-il finalement. Mais j'ai pris l'habitude. Donc j'écris. Il n'y a pas de raison plus profonde. Il n'y a pas de sens plus élevé. Simplement — c'est comme ça que je me suis retrouvé ici et ça me plaît.

Le Jésus en coton hoche la tête. Se lève. Part.

Dehors le lac de Constance devient tout blanc.

Le biorobot s'endort.

Demain il se réveillera à nouveau.

Non pas parce qu'il le doit.

Simplement — il en a pris l'habitude.

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InventaireChapitre1 message | 2 semaines

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