Chapitre 2 (NOUVEAU)
Le lendemain matin, la première chose que je fis en ouvrant les yeux fut de
vérifier si tout ce qui s’était passé la veille était réel.
Je restai quelques secondes allongé dans mon lit, à regarder le plafond de mon
appartement du Marais. Mon cerveau oscillait entre deux hypothèses très simples.
Première hypothèse : je m’étais pris la foudre et mon cerveau avait décidé de
partir en vacances.
Deuxième hypothèse : j’avais réellement développé une capacité totalement inconnue.
Je me redressai lentement.
— Bon… Lucas, dis-je en me frottant les yeux, on va vérifier ça calmement.
Je me levai et me dirigeai vers la cuisine. Sur la table traînait une cuillère
métallique. Je posai ma main au-dessus sans la toucher.
Je me concentrai.
La cuillère vibra.
Je restai immobile.
Puis elle glissa de deux centimètres sur la table.
Je soufflai doucement.
— D’accord… donc ce n’était pas un rêve.
Je pris immédiatement mon carnet et notai l’observation. C’était devenu un réflexe.
Depuis l’accident, mon esprit fonctionnait comme un laboratoire ambulant.
Chaque sensation.
Chaque réaction.
Chaque détail.
Tout devait être enregistré.
Je répétai l’expérience plusieurs fois.
Les résultats restaient les mêmes.
Les objets métalliques répondaient le mieux.
La concentration jouait un rôle essentiel.
Et surtout, l’effort me fatiguait rapidement.
Vers neuf heures, je décidai de sortir prendre un café. Non seulement parce que
j’en avais besoin, mais aussi parce que je voulais voir si cette… capacité
fonctionnait ailleurs que dans mon appartement.
Paris était déjà en pleine agitation.
Les rues étaient humides à cause de la pluie de la veille. Les voitures circulaient
lentement entre les feux rouges, et les terrasses commençaient à se remplir.
Je marchai tranquillement vers un petit café où j’avais l’habitude d’aller
travailler.
Sur le chemin, je fis une première expérience involontaire.
Un scooter passa à côté de moi.
Au moment exact où je me concentrai sur le bruit du moteur, le phare clignota
brièvement.
Je fronçai les sourcils.
Simple coïncidence ?
Peut-être.
Mais la sensation que j’avais ressentie à ce moment-là ressemblait étrangement à
celle des expériences avec la lampe la veille.
Je notai mentalement l’observation.
Je commandai un café et m’installai à une petite table près de la fenêtre.
La rue offrait un terrain d’observation parfait.
Les gens passaient.
Les voitures s’arrêtaient.
Les lampadaires bordaient le trottoir.
Je décidai de tenter quelque chose de discret.
Un petit test.
Sur la table, une pièce de monnaie traînait près de ma tasse.
Je posai ma main à côté et me concentrai.
La pièce tourna légèrement.
Je levai immédiatement la main.
Personne n’avait remarqué.
Je pris une gorgée de café pour masquer mon sourire.
— Intéressant… murmurai-je.
Le phénomène fonctionnait aussi à l’extérieur.
Je passai une heure à observer et tester de petites choses.
Rien de spectaculaire.
Juste de minuscules interactions.
Une clé qui pivote.
Un stylo qui glisse.
Une lampe qui clignote.
Mais pour un scientifique, ces petites preuves suffisaient à déclencher mille
questions.
En quittant le café, je me sentais à la fois excité et profondément perplexe.
Ce pouvoir — si c’en était un — semblait fonctionner comme une sorte d’interface.
Entre moi.
Et l’énergie autour de moi.
Je marchai lentement le long de la rue.
Et c’est là qu’un événement inattendu se produisit.
Un feu tricolore passa au vert.
Au moment précis où je regardai le signal lumineux, la lumière vacilla brièvement.
Une sensation parcourut mon corps.
Comme un frisson électrique.
Je m’arrêtai.
Je n’avais rien fait consciemment.
Et pourtant…
Je repris ma marche, pensif.
La journée continua normalement. Enfin… aussi normalement que possible quand on
peut déplacer des objets sans les toucher.
Je passai l’après-midi chez moi à écrire mes observations.
Hypothèses.
Variables possibles.
Limites.
Je fonctionnais exactement comme dans n’importe quel projet de recherche.
La seule différence, c’est que le sujet d’étude était… moi.
Vers la fin de la journée, je décidai de sortir prendre l’air.
La pluie était revenue.
Les lampadaires illuminaient les pavés mouillés.
Paris avait cette atmosphère étrange des soirées pluvieuses où la ville semble plus
calme, presque suspendue.
Je marchais tranquillement lorsque je sentis une présence derrière moi.
Pas une menace.
Juste quelqu’un qui me suivait depuis quelques secondes.
Je m’arrêtai.
— Vous savez, dit une voix calme derrière moi, la plupart des gens mettent
plusieurs semaines avant de comprendre ce qui leur arrive.
Je me retournai.
Un homme d’une quarantaine d’années se tenait sous un parapluie noir.
Costume sombre.
Regard calme.
Il me fixait avec une assurance troublante.
— Pardon ? répondis-je.
Il esquissa un léger sourire.
— Lucas Moreau. Chercheur en physique appliquée. Frappé par la foudre il y a trois
jours. Depuis, vous déplacez des objets et perturbez les circuits électriques
autour de vous.
Je restai figé.
Mon cœur accéléra immédiatement.
— Qui êtes-vous ?
L’homme referma doucement son parapluie.
— Disons… quelqu’un qui s’intéresse aux phénomènes comme vous.
Il marqua une courte pause.
Puis ajouta calmement :
— Et quelqu’un qui sait exactement ce que vous êtes en train de découvrir.
Le silence s’installa quelques secondes entre nous.
La pluie tombait doucement.
Les lampadaires grésillaient au-dessus de la rue.
Je sentais déjà une question brûler dans mon esprit.
Mais l’homme parla avant moi.
— Ce que vous manipulez, Lucas… ce n’est pas simplement de l’électricité.
Il me regarda droit dans les yeux.
— Et vous êtes loin d’être le premier à entrer en contact avec cette force.
Il sortit une carte de sa poche et me la tendit.
Je la pris.
Un simple symbole noir y était imprimé.
Un cercle traversé par plusieurs lignes.
Aucun nom.
Aucune adresse.
Je relevai les yeux.
L’homme avait déjà commencé à s’éloigner.
Avant de disparaître dans la rue, il se retourna une dernière fois.
— Si vous voulez comprendre ce qui vous arrive vraiment… nous devons parler.
Puis il disparut dans la foule.
Je restai seul sous la pluie.
La carte dans ma main.
Et pour la première fois depuis l’accident…
Je compris que ce qui m’arrivait dépassait largement mes expériences dans un
appartement parisien.

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