Chapitre 3 (NOUVEAU)

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Je restai immobile quelques secondes sous la pluie.

La carte était toujours dans ma main.

Un simple rectangle noir.

Au centre, le symbole que l’homme m’avait montré : un cercle traversé par plusieurs

lignes.

Aucune indication.

Aucun nom.

Juste ce symbole.

Je levai les yeux vers la rue, mais l’homme avait disparu. La foule l’avait déjà

avalé, comme si sa présence n’avait été qu’une parenthèse dans la soirée.

— Génial… murmurai-je.

Je regardai la carte une dernière fois avant de la glisser dans ma poche.

Mon cœur battait encore un peu plus vite que d’habitude.

Il savait qui j’étais.

Il savait ce qui m’était arrivé.

Et surtout… il avait parlé comme si tout ça était parfaitement normal.

Comme si ce genre de chose arrivait régulièrement.

Je repris ma marche, mais mes pensées tournaient déjà dans tous les sens.

Si cet homme disait vrai… alors je n’étais pas le seul.

Cette idée avait quelque chose d’étrangement rassurant.

Et en même temps profondément inquiétant.

En arrivant chez moi, je retirai ma veste trempée et la laissai tomber sur une

chaise.

Mon appartement était silencieux.

La pluie tambourinait doucement contre les fenêtres.

Je sortis la carte de ma poche et la posai sur la table du salon.

Je l’observai longtemps.

— Bon… dis-je finalement.

Je n’avais absolument aucune idée de ce que ce symbole signifiait.

Mais une chose était certaine.

Cet homme savait des choses que moi j’ignorais.

Et pour quelqu’un qui venait de découvrir qu’il pouvait déplacer des objets sans

les toucher… c’était une perspective assez frustrante.

Je m’assis sur le canapé.

Mes yeux tombèrent sur la lampe du salon.

Je souris légèrement.

— Autant continuer les expériences.

Je tendis la main vers la lampe sans la toucher.

Je me concentrai.

La sensation familière revint presque immédiatement.

Cette espèce de pression étrange derrière le front.

Comme si mon cerveau cherchait à s’accorder avec quelque chose d’invisible.

La lumière vacilla.

Une fois.

Deux fois.

Puis l’ampoule clignota brièvement avant de se stabiliser.

Je laissai retomber ma main.

La fatigue arriva presque aussitôt.

— D’accord… donc ça marche toujours.

Je me levai et allai chercher une cuillère dans la cuisine.

Je la posai sur la table.

Je me concentrai.

La cuillère vibra.

Puis glissa lentement sur la surface du bois.

Je souris malgré moi.

Je devais probablement être la seule personne à Paris capable de s’amuser avec une

cuillère pendant dix minutes.

Mais honnêtement…

C’était fascinant.

Je refis l’expérience plusieurs fois.

Parfois l’objet bougeait immédiatement.

Parfois il fallait plusieurs secondes.

Et parfois… rien ne se passait.

Ce qui me frustrait énormément.

— Allez… murmurai-je.

La cuillère trembla de nouveau.

Elle pivota légèrement sur elle-même.

Je levai les bras comme si je venais de gagner un match.

— Oui !

Je m’arrêtai.

Un rire m’échappa.

Si quelqu’un me voyait maintenant, il penserait probablement que j’avais

complètement perdu la tête.

Un chercheur en physique qui célèbre une cuillère qui tourne.

Formidable.

Je m’adossai à la chaise.

Mais derrière l’amusement, une question revenait sans cesse.

L’homme sous la pluie.

Un ancien porteur… ?

Il avait parlé comme quelqu’un qui connaissait exactement ce phénomène.

Comme quelqu’un qui l’avait déjà vécu.

Je regardai la carte sur la table.

— Qui êtes-vous…

La pluie continua de tomber toute la nuit.

Le lendemain matin, je me réveillai avec la même pensée.

La carte.

Je la pris et la retournai entre mes doigts pendant que je buvais mon café.

Toujours rien.

Je décidai finalement de sortir.

Rester enfermé à regarder un symbole mystérieux n’allait pas beaucoup faire avancer

mes recherches.

Et surtout… j’avais envie de voir jusqu’où cette capacité pouvait aller.

Paris était encore humide de la pluie de la veille.

Les rues brillaient sous la lumière du matin.

Je marchai tranquillement, les mains dans les poches.

Une voiture passa à côté de moi.

Je me concentrai brièvement.

Les phares clignotèrent une fraction de seconde.

Je haussai un sourcil.

— Intéressant…

Un peu plus loin, un lampadaire.

Je ralentis.

Je me concentrai.

La lumière vacilla légèrement.

Je continuai ma marche, satisfait.

C’était devenu presque naturel.

Pas facile.

Mais naturel.

Comme apprendre à utiliser un muscle que je ne savais pas posséder.

En passant devant une vitrine, je remarquai un trousseau de clés posé sur un

comptoir à l’intérieur.

Je m’arrêtai.

Juste pour voir.

Je me concentrai.

Les clés tremblèrent très légèrement.

Je laissai tomber immédiatement.

Bon.

Peut-être éviter de tester des choses dans les magasins.

Je repris ma route en riant doucement.

Tout ça restait complètement absurde.

Hier encore, ma plus grande préoccupation était de terminer un article

scientifique.

Aujourd’hui…

Je faisais clignoter les lampadaires.

La vie était pleine de surprises.

Je marchais depuis une dizaine de minutes lorsque quelqu’un parla derrière moi.

— Vous progressez vite.

Je m’arrêtai net.

Je me retournai.

Le même homme se tenait là.

Pas de parapluie cette fois.

Juste ce regard calme.

— Vous me suivez ? demandai-je.

Il secoua légèrement la tête.

— Non.

Il observa brièvement le lampadaire au-dessus de nous.

La lumière vacilla au même moment.

Il esquissa un sourire.

— Disons que je reconnais les signes.

Je croisai les bras.

— Vous savez ce que c’est, alors ?

Il me regarda quelques secondes avant de répondre.

— Oui.

Sa réponse était simple.

Calme.

Comme si la question n’avait rien d’extraordinaire.

— Et vous aussi… ajouta-t-il.

Je fronçai les sourcils.

— Moi aussi quoi ?

— Vous commencez déjà à comprendre comment ça fonctionne.

Il marqua une pause.

— La plupart des nouveaux porteurs mettent beaucoup plus de temps.

Le mot resta suspendu dans l’air.

Porteurs.

Je répétai mentalement.

— Vous avez dit nouveaux.

Il hocha légèrement la tête.

— Oui.

Un silence s’installa entre nous.

Les passants continuaient de marcher autour de nous sans prêter attention.

Comme si cette conversation n’existait que dans une bulle invisible.

— Alors dites-moi, repris-je. Qu’est-ce que c’est ?

L’homme regarda le ciel quelques secondes.

Puis il répondit doucement.

— Une force.

— Ça je l’avais deviné.

Il eut un léger rire.

— Je suppose.

Il posa ensuite les yeux sur moi.

— Mais ce que vous devez comprendre, Lucas… c’est que cette force ne choisit pas au

hasard.

Je sentis mon estomac se serrer légèrement.

— Choisir ?

— Oui.

Il fit quelques pas vers moi.

— Et maintenant que vous avez été choisi…

Il s’interrompit.

Son regard devint plus sérieux.

Pour la première fois depuis le début de la conversation.

— D’autres vont bientôt s’intéresser à vous.

Je restai immobile.

— D’autres ?

Il hocha lentement la tête.

— Et croyez-moi…

Son regard glissa brièvement autour de nous.

Comme s’il vérifiait quelque chose.

Puis il termina sa phrase.

— Tous ne sont pas aussi bien intentionnés que moi.

Le vent passa dans la rue.

Et soudain…

J’eus l’impression étrange que le monde autour de moi venait de devenir beaucoup

plus grand.

Et beaucoup plus dangereux

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