Des abords animés - Partie 5
C'est ainsi que tout avait commencé. À partir de ce jour, le quotidien de la jeune femme avait été complètement chamboulé. Elle avait découvert qu’il existait un monde caché qui vivait parallèlement au notre, invisible pour la plupart des gens, mais dont certains habitants faisaient parfois des incursions plus ou moins pacifiques dans le monde normal. Sa responsabilité était d’éviter que les choses dégénèrent dans ce genre de cas. En tant qu’assistant, Mathurin lui expliquait ce qu’elle avait à faire et l’aidait autant que possible.
Pour le premier jour, il lui avait simplement fait chasser une fée qui traînait dans le voisinage. C’était apparemment quelque chose de commun, mais celle-ci s’était faite remarquer plusieurs fois en abîmant des objets et en attaquant des animaux de compagnie, et il fallait l’arrêter. Andromeda avait passé trois heures à crapahuter avec sa robe rouge dans des ruelles sales et des terrains vagues en priant pour qu’aucune de ses connaissances ne la voie comme ça. Finalement elle avait trouvé la fée et avait tiré plusieurs objets de son sac pour tenter de l’attraper : une tapette à mouche, un jeu de fléchettes, un yo-yo, une barbe-à-papa qui lui colla aux doigts, un grand verre et une feuille de papier, un lance-pierres, et enfin un filet à papillon.
Quand elle l’avait enfin attrapée, elle l’avait saisie délicatement par les ailes et l’avait observée de plus près. La fée était exactement comme elle l’avait imaginée : une petite bonne femme aux ailes translucides, avec des cheveux courts ébouriffés, une robe faite de feuilles d’arbre, et qui poussait des petits cris aigus en battant frénétiquement de ses poings minuscules. Elle avait alors demandé à Mathurin ce qu’elle devait faire pour la renvoyer dans le monde magique. Pour toute réponse, ce dernier avait agrippé la petite créature de sa grosse main grise et l’avait dévorée vivante. Devant l’air choqué de Andromeda il avait simplement déclaré en haussant les épaules :
« - Ne vous en faites pas, ces saletés pullulent dans l’autre monde. »
La jeune femme ayant accompli sa mission, le Sac à la Demande avait enfin consenti à relâcher son étreinte et à faire disparaître l’affreuse robe étoilée. Andromeda avait alors magiquement récupéré le jean et le pull qu'elle avait enfilés ce matin-là. Le Sac avait rétréci pour ne plus mesurer que deux ou trois centimètres et était venu s'accrocher à un bracelet que la jeune femme avait toujours au poignet.
Depuis lors, Andromeda s'était un peu servie du Sac à la Demande à son avantage, mais elle avait surtout était contrainte de traiter de nombreux problèmes magiques, et qui lui semblaient toujours tomber aux pires moments. Un autre problème était que le Sac n'en faisait qu'à sa tête et lui fournissait toujours des solutions improbables et souvent peu efficaces. Elle devait être extrêmement précise dans ses demandes pour obtenir quelque chose d'utile. Mais cela demandait de l'expérience et de l'entraînement, et Mathurin ne cessait de lui répéter qu'elle ne prenait pas tout cela avec suffisamment de sérieux.
Malgré tout, depuis qu'elle avait commencé elle avait nettoyé les cauchemars d'une petite fille, contrecarré un sort d'hiver éternel qui menaçait sa ville, tondu tout un troupeau de moutons nébuleux pour éviter une infestation de puces psychiques, évité une guerre entre deux clans de kobolds, et s'était fait un peu d'argent en animant des goûters d'anniversaire.
Jusqu'à aujourd'hui, lorsqu'une nouvelle mission lui était tombée dessus.

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