Des abords animés - Partie 6

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 Mathurin avait surgi au coin d'une rue, et au même moment le Sac à la Demande était venu se coller à sa hanche et l'avait affublée de la tenue qu'elle détestait. Pour une fois, elle ne s’en était pas plainte plus de quelques secondes, car elle n'avait jamais vu son assistant si fébrile. Une licorne s'était échappée de la ménagerie d'un riche magnat qui faisait des affaires avec les deux mondes. Andromeda devait la capturer sans lui faire de mal. Après ce qu'elle avait vécu ces derniers temps, elle s'était dit que cette mission serait relativement tranquille. Mais Mathurin lui avait conseillé d'être extrêmement prudente et surtout de faire vite, avant de disparaître dans un claquement de doigt.

 La jeune femme s'était donc rendue seule en forêt, là où la licorne avait été vue pour la dernière fois. Elle l'avait trouvée facilement dans une clairière. La bête fabuleuse correspondait en tout points à la représentation qu'en faisaient les livres de contes. Elle avait l'allure d'une jument élancée, à la robe blanche immaculée, qui irradiait presque d'une douce lueur. Sa crinière était soyeuse et ses sabots semblaient faits d'argent. Sur son front, une corne nacrée en spirale d'une vingtaine de centimètres. Émerveillée, Andromeda s'était approchée doucement. La licorne avait levé lentement la tête dans sa direction. La jeune femme avait alors posé la paume de sa main sur le chanfrein de la créature. Pendant quelques secondes elle avait profité de la douceur et de la tiédeur de son pelage.

 Puis elle avait senti la chaleur monter, et quand elle avait décelé une lueur orange dans les yeux de la licorne, elle avait plongé instinctivement, juste à temps pour éviter le torrent de flammes que la créature crachait sur elle. Andromeda avait roulé sur elle-même et avait contemplé à nouveau la créature. Celle-ci avait radicalement changé d'apparence. Son pelage était maintenant d'un gris de cendre, sa bouche s'était déformée alors que des crocs avaient poussé, sa corne s'était noircie et luisait d'une chaleur orange, comme des braises, et deux autres cornes incurvées étaient sorties sur les côtés de son crâne. Tout son corps s'était fait plus épais, comme si les muscles saillaient directement sous sa peau, ses sabots s'étaient fendus et enflammés, brûlant l'herbe sous eux, et son attitude docile avait fait place à une posture de prédateur. La jeune femme avait alors pris ses jambes à son cou à travers la forêt.

 Voila où elle en était à cause de ce fichu sac magique. Seule, prostrée entre les racines d'un arbre, pourchassée par une créature mythologique, et sans défense. Non, en réalité elle n'était pas sans défense. Elle avait ce sac qui était la cause de tous ses problèmes. Et qui allait ce jour-là lui sauver la vie. Ou du moins elle l'espérait. Car elle ne maîtrisait pas encore parfaitement les pouvoirs du Sac à la Demande. Mais elle allait devoir remettre ses problèmes de confiance en elle à plus tard.

« - Ok, dit-elle en frappant ses mains, il est temps de faire des étincelles ! »

Les pans de la besace s'écartèrent et une gerbe de braises multicolores lui sautèrent au visage.

« - Très drôle, s'agaça la jeune femme. Mais puisque tu comprends ce que je dis, tu vas faire ce que je t'ordonne pour une fois et tu vas me donner de quoi maîtriser cette licorne ! »

 Elle plongea sa main dans la sacoche et en sortit une sangle et un licol en cuir.

« - Je crois qu'on a légèrement dépassé ce stade, renchérit Andromeda d'une voix ironique. Il va me falloir quelque chose d'un peu plus efficace contre les grosses bêtes ! »

 Elle fouilla à nouveau son artefact et sentit cette fois le contact du bois. Intriguée, elle dut élargir les bords du sac pour réussir à en sortir une chaise et un fouet.

« - Non mais tu te fous de moi ?! hurla la jeune femme. Est-ce que c'est une sorte de jeu pour toi ? Tu crois peut-être que je veux lui faire donner la patte et lui mettre un ballon en équilibre sur le museau ? Je risque ma vie merde ! »

 De rage, elle lança la chaise qui alla se briser contre un tronc d'arbre. Au même moment, elle entendit de nouveaux grognements à quelques dizaines de mètres. La créature se rapprochait. Andromeda commençait vraiment à paniquer. Si seulement Mathurin ne l’avait pas plantée là toute seule. Si seulement elle avait plus de temps pour réfléchir, pour se préparer. Si seulement elle pouvait se défendre.

 À cette pensée, elle sentit que le Sac à la Demande s'était considérablement alourdi. Elle jeta un regard à l'intérieur et n'osa pas se saisir tout de suite de ce qu'elle vit. Elle se souvint de Mathurin qui l'avait exhortée à la prudence et à ramener la licorne sans lui faire de mal. Après tout, son rôle était de protéger le monde magique, pas de l'éradiquer. Elle empoigna néanmoins le manche de l'arme que le Sac venait de lui prodiguer. Il s'agissait d'une hache à double tranchant dont la lame faisait presque deux fois la taille de sa tête et dont l'épais manche d'acier faisait bien un mètre de long. La jeune femme laissa tomber la tête de la lourde hache avec un bruit mat dans l'humus à ses pieds. Elle évalua le poids de son arme.

« - Je ne peux quand même pas…, hésita-t-elle à voix basse. Et puis je peux à peine la soulever. »

 Une nouvelle fois, le Sac réagit à sa pensée et elle contempla un halo bleuté s'échapper de la poche de tissu pour venir entourer ses bras. Elle sentit ses muscles se tendre et le tissu de ses manches la serrer. Ses bras avaient presque doublé de volume et elle put soulever la hache sans effort.

« - J'espère que ça ne va pas rester comme ça, marmonna-t-elle tout en gonflant son biceps. Mais ça ne change rien. Mathurin a dit… »

 La licorne apparut soudain en face d'elle. Elle cracha des flammes et poussa un grognement de colère. Elle s'apprêtait à charger. Andromeda affermit sa prise sur le manche d'acier, souleva la lame au niveau de son visage et dit d'un air résolu :

« - Je vais me gêner tiens ! »

 En un éclair, la jeune femme et la bête s'élancèrent l'une vers l'autre en hurlant.

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