Chapitre 15

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Depuis combien de temps tournait-elle en rond ? Trop longtemps pour compter.

Elle se souvenait de la tristesse, de la douleur et surtout du soulagement que l’historie Ernandez n’était plus. Elle avait réussi à venger sa famille et son elle de 16 ans. Tout ça, grâce à une équipe terrifiante qui s’était amusée à détruire, tels des chiens enragés, Elle se rappelait des sons, le bruit des os brisés, de la chaire qui se déchire en même temps que les vêtements. Les cris de terreur, mais pas de douleur, car ils ne laissaient aucune chance à leurs victimes d’avoir la moindre sensation avant la mort. Elle était directe. Ils avaient été formés pour ne pas laisser la moindre seconde entre l’attaque et la fin.

Elle se revoyait dans le salon, parlant à ses parents, écoutant leur panique, puis la décision de partir du manoir et laisser derrière elle ceux qui l’avaient aidé et soutenu, en l’espace d’une semaine.

La voix de Taeliya lui murmurant à l’oreille qu’elle l’attendrait. Qu’elle lui laissait le temps de se remettre pour la contacter quand elle serait fin prête à revenir vers eux. Et Kim… Cet homme qui avait été son soutien, la personne qui avait su la faire rire. Samsara, ce démon étrange et terrifiant qu’elle avait appris à apprécier. Elle aimait ces deux personnes ! Converser avec eux, échanger des banalités ou étudier l’esprit et aller plus profondément dans des questions du monde.

Où étaient-ils ? Elle n’avait vu aucune âme qui vive, depuis un moment. Prise de panique, elle avait crié des noms à s’en briser la voix, courant dans tous les sens à la recherche de la moindre personne.

— Hé ! s’exclama-t-elle, assise, genoux contre sa poitrine. Hé ! Y a quelqu’un ?! Répondez ! Hé !

Mais qui allait lui répondre ? Personne.

Puis, une intense chaleur se mit à l’entourer, comme si on cherchait à la recouvrir d’une couverture.

— C’est quoi ça ?! s’exclama-t-elle, se relevant d’un coup, regardant partout, sans comprendre d’où cela pouvait bien provenir. Y a quelqu’un ?! Hé ! Répondez !

Mais hormis le vide et le silence, qui allait bien pouvoir lui répondre ? Personne, bien entendu.

Et alors qu’elle perdait de plus en plus espoir de se sortir de ce rêve étrange, la scène changea pour laisser place à quelque chose qu’elle reconnaissait. Le parc nocturne, le réverbère digne d’un film d’horreur avec sa lumière jaunâtre tirant sur l’orange. Elle savait où elle était et où il fallait courir. C’est alors que Naeliya détala pour courir, aussi vite qu’elle le pouvait, vers la forêt. Le QG des Oni et leurs démons. Vers Eux… Vers Lui.

Courir ne semblait pas la fatiguer, dans un rêve peu de choses peuvent arriver, n’est-ce pas ?

Après un moment de cette course effrénée, elle arriva enfin à l’entrée de la forêt où ils vivaient tous. Les lumières des maisons étaient toutes éteintes, sauf une. Son sourire se fit plus grand et elle se précipita vers celle-ci. Ils étaient là ! Quelqu’un était là ! Puis, une fois sur le perron, elle se figea. Et si… Et si la personne à l’intérieur n’était qu’une image parasite et non Kim ou Samsara ? Pourtant, elle voulait y croire. C’est alors qu’elle prit son courage pour toquer à la porte. Des coups légers, timides et tremblants, peu assurés.

Les bruits cessèrent dans la maison et quelqu’un s’approcha pour ouvrir. La porte s’ouvrit en grand, la laissant face à Kim, visiblement très fatigué, changé, presque mort. Mais quand leurs regards se croisèrent, la flamme de la vie se ralluma en lui.

— Naeliya… murmura-t-il. Tu… Tu es vivante…

— Kim…

Mais il ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit, il la prit dans ses bras, le corps tremblant. La jeune femme, ne comprenant pas trop ce qui lui arrivait, caressa son dos, sa nuque puis ses cheveux, cherchant à apaiser se géant sur le point de perdre pied.

— Qui est-ce ? demanda quelqu’un à l’intérieur.

Kim se redressa, étudiant Naeliya avec attention, semblant chercher quelque chose qu’elle ne comprenait pas et dit :

— Naeliya.

— Pardon ?! s’exclama le démon, faisant un boucan monstre dans le salon.

— C’est moi, Monsieur Samsara ! dit-elle, souriant comme une enfant.

— Nom de… Oh ! Petite fille ! Tu nous as fait une peur bleue ! Laisse-moi te regarder !

Samsara lui semblait sincèrement bouleversé par sa présence. Que c’était-il vraiment passé pour qu’ils réagissent ainsi ?

— Entre, jeune fille, l’invita le démon, lui faisant signe de sa main gantée pour qu’elle pénètre les lieux qu’elle connaissait bien, mais où elle n’avait pu remettre les pieds depuis un temps beaucoup trop long à son goût.

Mais quand elle s’installa sur le canapé, les deux démons prirent place de chaque côté d’elle. Kim lui tenant la main et Samsara entrelaçant leurs doigts osseux sous ce gant noir. Ils ne la lâchaient pas du regard. Comme s’ils étudiaient un revenant ou quelque chose du genre. Puis, n’y tenant plus, elle demanda :

— Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi vous me regardez comme ça ?

— Tu… Tu as disparu depuis un an, avoua alors Kim, des sanglots sombres dans la gorge.

Naeliya le regarda stupéfaite.

Elle avait disparu ? Non, ils étaient sur le retour du manoir et…

— Oh, mon dieu… souffla-t-elle, le regard agrandit par l’horreur. Où… Co-

— Doucement, petite, dit Samsara avec douceur, lui caressant le dos, cherchant à l’aider à assimiler l’annonce.

— J’ai… J’ai disparu ? Mais…

— De quoi te souviens-tu en dernier ? l’interrogea Kim avec une douceur qui la fit pleurer.

Elle leur raconta tout ce dont son cerveau pouvait se rappeler, et c’est là que Samsara dit :

— Tu es actuellement dans le coma, dans une chambre de l’hôpital internationnal. Ton père a appelé le numéro que la Princesse avait écrit sur un bout de papier. C’est à cet instant que nous avions appris ton état. Jeune fille, Kim est actuellement avec toi, dans cette chambre d’hôpital.

Naeliya tourna son visage baigné de larmes vers l’Oni. Il hocha la tête, confirmant les dires de son démon. Que lui était-il vraiment arrivé ce jour-là ? Était-ce le contrecoup de tout ce qu’il s’était passé avant leur retour ? Sûrement. Mais un coma d’un an ? Était-ce même possible ?

— Je… Co… Pourquoi, en un an, je n’ai pas pu revenir ici ? demanda-t-elle, affolée.

— Nous ne le savons pas nous-même, souffla Kim. Naeliya, nous n’avons pas cessé de te chercher… J’ai-

La jeune femme le regarda et posa une main sur sa bouche, pour le faire taire. Il la regarda secouer doucement la tête, faisant voler quelques mèches de cheveux.

— Donnez-moi des nouvelles, les implora la jeune femme, un léger sourire étirant sa bouche. Comment vont les autres ? Et Taeliya, a-t-elle accouché ? Est-ce que ça s’est bien passé ? Comment va le bébé ? Et Elios ? Comment va le petit Prince ?

Samsara se mit à pouffer, retrouvant là, la curiosité ingénue de la jeune femme avec qui il aimait converser.

Les deux créatures lui racontèrent tout, donnant des détails ou en évitant d’autres, afin de lui donner un récit le plus complet possible, sans la faire culpabiliser de quelque chose qu’elle ne maîtrisait pas.

Ils parlèrent ainsi jusqu’à ce qu’elle se sente faible. Était-ce là le signe qu’elle allait se réveiller ? L’Oni et le démon le ressentirent également et ils s’empressèrent de la ramener dans la chambre principale qu’elle n’avait jamais vu jusqu’alors. Elle n’y fit pas plus attention non plus quand ils vinrent s’allonger de part et d’autre d’elle, comme des parents ayant leur enfant pour dormir. Couverture remontée jusqu’au menton, ils lui parlèrent afin de l’encourager à revenir parmi les vivants.

Quand elle ferma les yeux, laissant son esprit vagabonder ailleurs, espérant qu’elle se réveillerait, la dernière image qu’elle eut fut celle de ces deux personnes qui s’étaient attachés à elle et pour qui elle comptait et inversement.

— On se retrouve de l’autre côté, dit-elle avant que tout disparaisse.

[…]

Kim ouvrit les yeux et releva le visage vers la jeune femme, mais hormis la trace de ses larmes, elle dormait toujours. Le désespoir lui coupa le souffle, serrant le poing sur son cœur pour le compresser et lui faire perdre pied.

— Oncle Kim, entendit-il derrière lui.

Elios avait ouvert la porte de la chambre, fuyant ses parents et ignorants les ordres des adultes, il s’était faufilé jusqu’à la chambre pour trouver l’Oni au comble du désespoir.

— Elios ? Qu’est-ce que tu fais là ? s’enquit Kim alors que le petit se plaçait à côté de son fauteuil, se mettant sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir la jeune femme endormie.

Kim, malgré la tempête d’émotions qui le rongeait, ne put que sourire face à ce gosse adorable. Il passa ses larges mains sous les aisselles de l’enfant et le souleva. Il l’installa sur ses cuisses et le garçon put enfin voir la non-voyante.

— Elle dort encore ? l’interrogea de cette façon qu’avaient les enfants, face à une curiosité qui les dérangeait ou qu’ils n’arrivaient pas à comprendre.

— Oui. Mademoiselle Clark a beaucoup souffert, expliqua l’homme qui repris la main de la belle. Son esprit et son corps avaient besoin de repos.

C’est alors qu’Elios se pencha en avant et posa sa petite menotte sur les doigts froids de la jeune femme.

— Naeliya, murmura-t-il, comme s’il tentait de la réveiller sans la brusquer. Naeliya, il faut que tu arrêtes de dormir. Tu fais dodo depuis trop longtemps. Tonton Kim est inquiet et maman aussi.

Kim sourit tristement.

— Naeliya, murmura-t-il, comme pour accompagner la demande innocente du petit.

— Tonton ! s’exclama l’enfant, se tournant vers lui, les yeux agrandis de surprise et d’excitation. Tonton, regarde ! Elle bouge !

Kim se concentra sur les doigts de la jeune femme qui semblaient rechercher une mobilité qui les avait fui depuis trop longtemps. Il put les voir essayer d’agripper quelque chose avec un désespoir faible, puis avec un peu plus de vigueur. Il remonta son regard sur son visage et la vit froncer les sourcils. Elle lutait. Contre qui ? Contre quoi ? Tout ce qu’il pouvait dire était que leurs prières avaient fonctionner et Samsara tournait en rond dans son esprit, hurlant des encouragements qu’elle ne pouvait entendre. Pourtant, il semblait qu’ils arrivaient à lui parvenir.

— C’est ça ! l’encouragea Elios.

— Petit Prince, dit alors Kim, le reposant par terre. Va les chercher.

— D’accord !

Il ne le vit pas détaler comme un petit lièvre, mais entendit ses pas clopiner jusqu’à la porte puis s’écrier dans le couloir :

— Elle se réveille !!

Il ne fallut pas longtemps avant qu’une vague humaine ne pénètre la chambre pour assister au retour de la non-voyante, après un an de coma.

— Chérie ! S’exclama Louisa, ayant fait le tour du lit pour prendre l’autre main de sa fille. Maman et papa sont là. Reviens, ma chérie.

— Naely, souffla son père. Naely, on est là, on t’aime.

Mais ce fut quand Kim posa un baiser sur ses doigts froid qu’elle ouvrit enfin les yeux.

— Naely ! s’écrièrent les deux parents, se penchant pour la prendre dans les bras, mais elle tourna le visage.

— Naely ? Fit son père, étonné de sa réaction.

— Elle est un peu désorientée, dit doucement Taeliya.

Pourtant, le nom que la jeune femme murmura ne fut aucun de ceux auxquels ils auraient pu s’attendre. Ils la virent prendre la main de Kim, refermer ses doigts sur sa main chaude et large, puis souffler :

— Oni… Kim…

***

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