Chapitre 18

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Du monde se réunissait dans la chambre et le couloir.

Après l’appel de Kim à Noah, ce dernier avait appelé Stein afin de prendre contact avec le journaliste qui bossait pour eux, quand ils en avaient besoin. Alexei Virgotov était un jeune journaliste qui avait eu comme faits d’armes de réaliser un reportage sanglant pour Stein au moment de l’enlèvement de sa fille, des années plus tôt. L’homme avait un contrat assez spécial avec la famille
Carlington, mais travaillait sur plein d’autres projets à côté, afin de s’assurer que, si Stein ou l’Oni décidaient de mettre un terme à ce qui les liait, qu’il ait au moins du travail qui lui permettrait de vivre. Quand il eut reçu l’appel de Stein concernant une affaire liant un de ses Oni, il n’avait pas hésité à tout laisser en plan pour rejoindre les terribles mafieux dans un hôpital.

— Excusez-moi, dit-il en arrivant à l’accueil de ce dernier.

— Je peux vous aider ? demanda une femme.

— Oui, je cherche la chambre de Mademoiselle Clark. J’ai une convocation pour une interview, expliqua-t-il.

— Une convocation ?

Les trois infirmières qui travaillaient à l’accueil le regardèrent de manière suspicieuse.

— Monsieur Carlington m’a expressément demandé de venir pour un reportage, ajouta-t-il.

Les trois se tendirent. Elles se jetèrent des regards terrifiés et on lui indiqua la direction. Il les remercia d’un petit sourire et marcha vite, droit vers l’ascenseur.

Il ne put, en aucun cas, louper l’endroit. Il reconnu Jess qui attendait avec Marc à l’extérieur de la chambre.

— Salut ! Lança-t-il aux deux mafieux.

— Salut, Alex’, répondit Marc. Ce sera sans doute moins sanglant que la dernière fois. Tu n’auras pas de scène à photographier.

— Oh ? S’étonna le jeune russe. Je suis les ordres du grand patron.

— Bonne réponse, mon pote, acquiesça Jess. Entre, ils t’attendent.

Alexei aurait voulu leur poser des questions sur ce qui l’attendait, mais ils ne lui en laissèrent pas le temps ni l’occasion. Poussé dans la chambre, il retrouva Stein qu’il salua respectueusement.
Taeliya à qui il adressa un large sourire.

— Princesse ? Je savais pas que vous serez là, dit-il.

— Bonjour, Alexei, fit-elle en lui rendant son sourire. Ce n’est pas pour moi, cette fois, mais pour mon amie.

Alexei tourna la tête vers le lit où était installée une jeune femme. Joli, avec quelques cicatrices autour des yeux, des cheveux qui rappelaient ceux de Taeliya. Elle hocha la tête, mais Alexei remarqua qu’elle ne le fixait pas du regard.

— Mon garçon, entendit-il à sa droite.

— Monsieur Carlington ?

— Je vous présente Madame et Monsieur Clark, dit Stein depuis le canapé. Leur fille est la jeune femme qui se trouve dans le lit. C’est pour eux que vous êtes ici.

— Oh ? Que puis-je faire pour vous ? demanda Alexei, après avoir serré la main des parents.

Kim posa sa large main sur l’épaule du journaliste, le faisant sursauter.

— C’est moi qui aie demandé à ce que tu interviennes.

— Oh, Kim. A-Alors, dis-moi ce que je dois faire.

Dans l’intimité de la chambre, Kim lui exposa ce qu’il s’était passé la veille au soir, sans trop entrer dans les détails. Puis il lui expliqua pourquoi il avait fait appel à lui.

— Je… Je vois… Est-ce que vous êtes sûr de vouloir faire ça ? Demanda le journaliste à la petite famille.

— Monsieur Virgotov, dit alors Naeliya, qui avait gardé le silence jusqu’alors, surprenant ce dernier. Ma famille n’a aucune envie de partager notre passé, aussi douloureux soit-il. Mais je veux protéger mes parents et soulager la conscience de mon partenaire qui a dû vivre un an sans savoir où j’étais.

Alexei jeta un coup d’œil à Kim, se demandant si c’était lui le « partenaire » dont elle parlait. Il savait qu’hormis l’Oni et Tristan, aucun des autres n’était pris. Se pourrait-il qu’un autre ait trouvé la perle rare ? Si seulement il pouvait en faire un papier, il aurait la fortune de Crésus avec ça. Mais bien entendu, c’était à risque et il tenait à la vie. Il avait été témoin de la sauvagerie des Oni, donc il savait à quoi s’en tenir.

— Si vous en avez la force, alors je ferai en sorte que votre témoignage soit entendu, dit-il enfin, posant son sac sur le sol de la chambre.

Pendant un moment, il prépara le terrain, plaçant les parents de part et d’autre de leur fille. Tout cela, sous le regard acéré de Kim qui serrait la machoire. Se demandait-il si c’était finalement une bonne idée ? Regrettait-il ?

— Quand vous serez prêts, dit alors Alexei.

Naeliya tendit sa main vers Kim, qu’elle savait pas loin. Quand ses doigts féroces glissèrent sur les siens, elle put reprendre du courage. L’Oni s’éloigna, rejoignant ses compagnons, vers le canapé, dans un coin de la chambre.

Christopher hocha finalement la tête et Alexei démarra l’enregistrement.

— Bonjour à vous, dit-il sur un ton très professionnel, conscient que ce qui allait arriver ne serait pas doux.

— Bonjour, Monsieur, firent les parents.

— Je vous interview par rapport à l’agression de votre fille, Mademoiselle Naeliya Clark, dans cette chambre d’hôpital. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’il s’est passé ? Mademoiselle Clark ?

Elle se racla la gorge et dit :

— Bonjour, Monsieur Virgotov et merci pour votre intervention. Avant de vous expliquer ce qu’il s’est passé hier soir, je pense qu’il est préférable de commencer par le début de cette histoire.

— Et quand commence-t-elle ? l’interrogea le Russe.

— À mes 16 ans, lui répondit-elle.

Et pendant près d’une heure, Alexei découvrit le passé d’une famille qui n’avait rien demandé, simplement victime d’un mafieux qui ne reconnaissait pas la vie humaine pour ce qu’elle était. L’horreur n’était clairement pas le même que celui qu’il avait ressenti face au sauvetage de Taeliya. Celui qu’il avait devant lui était le sentiment d’impuissance face à un détraqué qui se jouait de l’innocence. Savoir que cette adolescente avait tout perdu, la vue, ses espoirs, ses amis et sa joie de vivre que les ados avaient avant de découvrir la cruauté du monde adulte. Il découvrit que l’un des colonels les plus respectés de l’armée du pays avait dû quitter son poste pour intégrer un bureau dans une agence fédérale, blessé à la hanche. Il avait subi plusieurs opérations, car sa hanche n’avait pas été la seule chose que l’accident avait détruit. Puis, une femme au foyer qui avait dû subvenir aux besoins médicaux de sa famille en reprenant le travail d’enseignante. Les nombreuses tentatives de leur fille de mettre fin à sa vie…

Il enregistra le combat de ces gens qui lui serra le cœur. Puis, vint la partie qu’il redoutait. La rencontre avec Taeliya et les Oni. Il salua le courage des deux femmes, seules face au danger. Puis la vengeance et l’anéantissement du clan Ernandez. Enfin, Naeliya lui raconta la soirée de la veille et fini par le coup de canne qui avait assommé Gervais. Ce fait faillit le faire rire.

— Vous avez eu là un courage féroce, Mademoiselle Clark, reconnut-il.

— De l’imprudence, rétorqua Louisa.

— Savez-vous ce qu’il voulait faire ? Demanda Alexei.

— Se venger de la mort de son amant, déclara Naeliya.

— Pardon ? Quel amant ?

— Monsieur Ernandez père était l’amant secret de Monsieur Gervais, mon client. Je travaille en freelance et j’agis pour plusieurs personnes qui ont besoin d’interprète, expliqua-t-elle.

Elle raconta quelques détails de sa vie après sa rencontre avec les Oni et de ce que Monsieur Gervais avait bien pu démontrer comme attitude.

— Donc tout était lié, en réalité, conclut Alexei, soufflé.

— Nous avons pu faire des recherches sur lui et il s’est avéré qu’ils étaient déjà ensemble quand nous avons eu cet accident, compléta Christopher.

Cette infirmation-là, personne ne la connaissait. Hormis lui. Et l’air horrifié qu’il vit de chacune des personnes présente lui disait ce qu’il avait besoin de savoir. Ils avaient douté que cette relation ne soit plus vieille que ce que Gervais avait bien put prétendre.

Kim se mit à gronder, mais un geste de Naeliya lui fit signe de se taire.

— Je vous remercie, Madame, Mademoiselle et Monsieur Clark pour vos témoignages, dit Alexei, concluant son interview.

Il éteignit sa caméra et le reste de ses enregistrements, puis remballa ses affaires avant de prendre congé, promettant à Stein que cela fera partie des informations du soir.

Après son départ, ce fut le médecin qui arriva avec les papiers de sortie, ainsi que les divers papiers médicaux pour son suivi.

Il était enfin temps de partir.

***

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