Chapitre 21

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— On est presque arrivé, Colonel Clark, dit l’un des deux mafieux. Vous allez pouvoir retrouver votre famille.

— Enfin, je vais pouvoir retirer ce bandeau, soupira l’homme, sur la banquette arrière.

— Vous devez le garder encore un moment, on vous le retirera une fois qu’on vous aura déposé, expliqua le dénommé Laurent.

— Ah… Moi qui pensais pouvoir le retirer maintenant, soupira Christopher.

Les deux hommes devant sourirent.

— Vous serez libre dans moins de cinq minutes, Colonel.

— Merci bien, Messieurs, souffla l’homme.

À peine quelques instants plus tard, le véhicule s’arrêta enfin et on le fit sortir. Mais au lieu de lui retirer le bandeau immédiatement, il fut guidé vers un grand hall où il pouvait entendre des voix de toutes sortes de timbres, lui indiquant clairement qu’ils n’étaient pas au manoir, car il aurait reconnu les voix de Stein, Taeliya et des autres.

Quand on lui retira enfin le bandeau, sa femme et sa fille était là. Louisa, rayonnante et Naeliya, toujours dans son fauteuil, souriante.

— Bienvenue, mon chéri ! s’exclama Louisa, lui sautant dans les bras.

— Joyeux anniversaire, papa ! ajouta la non-voyante, poussée en avant par Kim.

— Oh, mais… Qu’est-ce que c’est que tout ça ?! Bredouilla Christopher, surpris et encore un peu perdu.

— Nous vous souhaitons la bienvenue à l’hôtel Carlington Playa, Monsieur Clark, entendit-il.

Le personnel s’inclina devant la petite famille, souhaitant avec sourire et une joie visible, l’arrivée du colonel.

— Mais que-

— Colonel Clark ! s’exclama alors la voix du propriétaire des lieux.

— Monsieur Carlington ? Qu’est-ce que tout ceci ?

— Ne me regardez pas comme ça, cher ami, répondit Stein, levant les mains, indiquant qu’il était complètement ignorant de la situation. Ma fille et votre famille ont décidé de vous faire cette surprise. Je n’ai fait qu’en profiter pour amener ma suite avec moi.

Christopher eut beaucoup de mal à s’en remettre. Son regard passa de sa femme à sa fille puis à Taeliya, qui souriait comme une enfant.

— Mais…

— Papa, l’interrompit sa fille, avant qu’il ne cherche même à protester. Depuis combien de temps, maman et toi, n’avez-vous pas pris de vacances ?

Voyant qu’il y réfléchissait elle lui dit.

— Depuis l’accident.

— Aussi longtemps ? Souffla-t-il, horrifié de réaliser qu’ils s’étaient tous les trois tués à la tâche pour essayer de rester unis et de ne pas sombrer. Mais entre l’accident et les anniversaires ratés de leur fille, ainsi que les nombreuses fêtes qu’ils avaient du repousser, par faute d’argent, Christopher réalisa qu’ils n’avaient, effectivement, plus rien fait depuis ce fameux jour. Se privant littéralement de vivre pour subvenir à leurs besoins et d’épargner à Naeliya la déprimante réalité qu’ils plongeaient dans un gouffre sans fond…

Kim observa le trio, captant leurs regards et les émotions qui les traversaient en cet instant. Il serra les poings, réalisant à son tour tout ce que cette famille avait dû faire à cause de cet enfoiré
d’Ernandez.

J’ai bien fait de buter ce fils de chien, grogna Kim.

Tu m’aurais laissé faire, je lui aurai même fait regretter la mort elle-même, répondit Samsara.

Démon et Oni étaient très touchés par la jeune femme et sa famille et ils se jurèrent de toujours les protéger. Si Noah avait Taeliya, leurs deux fils et Stein à protéger, en plus d’Alya et Kayle, Kim avait les Clark. Tristan avait Jess, la famille de son compagnon et ses propres grands-parents. Chacun avait une raison de se battre. Bien que les autres Oni n’aient pas encore trouvé leurs partenaires, il avait bon espoir que cela arrive dans les années à venir.

Elios s’approcha du fauteuil et toucha la manche de la non-voyante, mais elle lui fit non de la tête.

— Tu lui montreras ce soir ? Demanda le garçon.

— Oui, sourit-elle. Tu crois pas que la surprise sera plus forte au dîner ?

Elios réfléchit, puis se mit soudain à frapper dans ses mains.

— Viens, dit Louisa, prenant le bras de son époux. Taeliya nous a préparé des chambres avec une vue magnifique sur la mer. Depuis combien d’années n’avons-nous pas vu la plage ou l’océan ?

Christopher baisa le front de sa femme, puis se pencha pour déposer ses lèvres sur celui de sa fille qui sourit.

— Tu montes avec nous, ma chérie ? Demanda l’homme.

— Non, répondit sa fille. J’ai quelques petites choses à faire avec Taeliya et Alya. Profitez de votre chambre !

Naeliya s’amusait de cette situation, car elle pouvait aisément imaginer les visages rouges de ses parents qui lui faisaient des gestes pour qu’elle se taise.

— Ils sont partis, indiqua Kim à la jeune femme.

— On devrait y aller, suggéra Taeliya, posant une main sur l’épaule de son amie. Chef Boris veut savoir ce qui ferait plaisir au Colonel pour son repas d’anniversaire.

— Allons-y.

Kim bloqua les roues et l’aida à s’extirper du fauteuil. Il lui tendit sa canne qu’elle laissa se déplier dans un clac sonore. On pouvait sentir les regards curieux se tourner vers elle et l’observer prendre le bras d’un des Oni, suivre Taeliya, la fille du mafieux le plus terrifiant. Un groupe se détacha de l’assemblée qui s’était réunie pour accueillir Christopher Clark, pour se rendre dans les cuisines.

Naeliya ne se sentait pas à l’aise. Sa canne tapait dans le moindre obstacle et elle cherchait à ne frapper personne, mais pouvait compter sur Kim. Sa présence rassurante, la façon dont il la guidait et prévenait du moindre objet placé sur son chemin, l’aida à se rendre dans la grande salle du restaurant, vidé de ses clients, car on se préparait au rush du soir.

— Chef Boris ! S’exclama quelqu’un, depuis l’arrière du comptoir. Chef Boris !

— Quoi ? Quoi ?! Nom de Dieu ! Inutile de hurler comme si vous avez vu un fantôme ! Gronda la voix d’un homme, provenant d’une pièce non loin des cuisines.

— Chef Boris, Mademoiselle Carlington est là.

— Il fallait le dire plus tôt ! Mademoiselle !

— Bonjour, Chef Boris. Je suis désolée pour ce midi, je n’ai pas pu goûter à votre menu, s’excusa la jeune femme venant embrasser le vieil homme robuste qui lui souriait avec une chaleur paternelle que même Naeliya pouvait ressentir.

Noah, qui se trouvait avec le groupe, voulu récupérer sa femme, mais se retenait de prouver sa possessivité envers sa femme.

— Inutile de vous excuser, ma douce ! Lui répondit l’homme. Est-ce que le petit va mieux ?

— Taeliya ? Questionna la non-voyante.

— Thomas était grincheux ce matin et il a été un peu malade vers midi, lui expliqua la maman. C’est sa première fois au bord de mer.

— Hm… fit Naeliya. Sans doute que l’air marin doit le déranger, vu que c’est une odeur et une atmosphère qui lui est encore inconnu.

— Tu as sans doute raison, dit la jeune mère. Chef Boris, je vous ai expliqué que nous organisions une surprise pour un Colonel.

— En effet, j’ai déjà planché sur le menu, dit Boris. Vous voulez le voir ?

— La fille du Colonel est ici, elle pourra juger par elle-même si cela convient, sourit Taeliya en faisant signe à Kim d’aider Naeliya à avancer.

Le silence se fit dans la cuisine. Ce genre de silence qui rendait la personne handicapée, très mal à l’aise. Boris étudia Naeliya, puis, lui proposa son bras afin de la guider vers une table où il fit apporter ses carnets. Taeliya et Naeliya s’installèrent sur des chaises, Kim et les autres Oni derrière elles, debout ou assis à la table derrière. Leurs attentions braquées sur la non-voyante, bien que Kim scrutait le staff et l’attitude de Boris.

— Comment vous appelez-vous, ma douce ? Demanda le vieux cuistot avec douceur.

— Naeliya Clark, Chef, répondit cette dernière.

— Avez-vous une idée de ce qu’aimerait manger votre père pour son anniversaire ?

Naeliya se mit à réfléchir, mais elle savait que ça ne servait à rien de demander. Elle voulait faire quelque chose de totalement à l’opposé d’un anniversaire classique.

— Chef Boris, commença-t-elle. Avant que nous nous penchions sur la recherche du menu, je dois vous dire quelque chose.

— Allez-y, je vous écoute, l’encouragea-t-il sans pression.

— Il y a un peu plus d’un an, je suis tombée dans le coma, raconta la jeune femme. Ma vue, je l’ai perdu quand j’avais 16 ans, mais les deux sont liés. Aujourd’hui, on m’a vu en fauteuil roulant, parce qu’après un an de coma, j’ai perdu mes facultés motrices, etc. Aujourd’hui, hormis mes yeux, j’ai tout retrouvé à 100 %.

— Mes félicitations ! S’exclama Boris, un sincère sourire sur le visage et de la joie pure dans sa voix.

— Merci, dit-elle, lui rendant son sourire. Mais mon père ne le sait pas. Papa est… aussi une victime de ce qui m’est arrivé, autant que ma maman. Depuis notre accident, ils n’ont jamais pris de vacances. Donc…

— Donc, vous voulez avouer à votre papa, comme surprise pour son anniversaire, que vous êtes guéri, termina le cuisinier, comprenant le plan.

Naeliya hocha la tête.

— Voilà une très belle surprise ! Je suis sûr que votre père sera très content.

— Merci, Chef. Donc je souhaiterais vous demander ce que vous pourriez, en sachant notre histoire, ce que vous pourriez proposer pour une totale découverte et passer un anniversaire comme si c’était la plus belle fête de votre vie.

Boris se mit à réfléchir.

Taeliya suggéra quelques choses, Boris et Naeliya écoutèrent. Puis chacun donna son idée et ils finirent par donner, en grosse partie, carte blanche pour les étonner.

Après une bonne heure à étudier et choisir ce qu’ils allaient pouvoir mettre dans le menu du soir, le groupe quitta les lieux, après avoir chaleureusement remercié le chef. Taeliya et une partie des Oni prirent la direction de leur étage, tandis que Kim réinstalla la jeune femme dans son fauteuil et la ramena à sa chambre.

Quand ils y entrèrent, après s’être séparé des autres, Kim s’arrêta en plein milieu, fermant la porte avec douceur. Naeliya se leva, déplia sa canne pour chercher où se trouvait le lit afin de s’y installer.

— À quoi tu penses ? Lui demanda-t-elle, sentant qu’il avait envie de dire quelque chose.

— J’aime pas ne pas t’avoir près de ma chambre, grommela le coréen.

Il l’entendit pouffer.

Elle tapota la place à sa gauche, sur le lit et attendit qu’il vienne s’y installer. Quand elle sentit le matelas ployer sous le poids du Oni, elle se pencha pour venir poser sa tête sur ses cuisses.

— Mes parents sont là et tu n’es pas si loin que ça, dit-elle, les yeux fermés, souriant en appréciant cet instant de calme où ils n’étaient que tous les deux.

Kim posa une main sur les cheveux de la jeune femme et se mit à les caresser, mais il ne s’attendait pas à ce que son esprit se mette à lui proposer des scènes qu’il préférerait ne jamais voir. Son corps se durcit. Il le sentait réagir aux images qu’il imaginait et s’inquiéta qu’elle ne sente contre elle le poignard de chair qui ne faisait que grandir. Pourtant, quand il baissa les yeux sur elle, il remarqua qu’elle s’était endormie. Il se leva et l’allongea dans le lit, la recouvrant du drap, approcha un des sièges de la chambre et s’y installa, bras croisés contre sa large poitrine. Il la regarda un instant, puis, ferma les yeux à son tour pour retrouver la jeune femme, discutant dans le grand hall de l’hôtel, avec Samsara.

— Te voilà ! lança le démon à l’Oni.

— Elle s’est endormie si vite, souffla Kim, passant un bras autour de la taille de Naeliya qui lui adressa le plus beau des sourires.

— La route a été épuisante, répondit-elle. Merci à Carl et toi pour m’avoir tenu éveillée.

Kim sourit, se sentant soudainement bien plus à son aise. C’était comme s’il était chez lui. Dans une maison où il s’y sentait bien, avec les personnes qu’il voulait à ses côtés.

— Monsieur Samsara me parlait de l’endroit, lui dit alors la jeune femme. Monsieur Carlington a un empire très impressionnant.

— C’est l’hôtel préféré de la Princesse, lui avoua-t-il. Elle a fait sa demande en mariage à notre chef, ici.

— Sérieux ?! Wow ! Comme c’est romantique et courageux de sa part ! S’exclama la jeune femme, surprise.

— Jeune fille, l’appela le démon, soudain curieux. Aimerais-tu que l’on te demande en mariage, un jour ?

Kim lui adressa un regard noir, mais la question l’intriguait. Qu’allait-elle répondre ?

— Hm… Je n’y ai jamais vraiment réfléchi, laissa-t-elle tomber, après un petit temps de réflexion.

— Tu n’as jamais voulu te marier ? demanda l’Oni.

— Si, mais même enfant, c’était pas mon rêve. Je voulais voyager, découvrir le monde, parler plusieurs langues et pouvoir en apprendre plus sur notre planète.

Kim ne savait pas s’il devait se sentir soulagé ou déçu de sa réponse.

— Viens, jeune fille, nous allons te faire visiter les lieux.

Elle prit la main gantée de la créature et se laissa guider à travers les pièces qu’elle avait traversées depuis son arrivée, jusqu’à arriver à la chambre. Une pièce spacieuse, qui ressentait le luxe sans être extravagant non plus. L’endroit n’était pas aussi grand que les suites de l’hôtel, mais assez grand pour qu’elle puisse s’y déplacer sans trop de difficulté. Naeliya s’approcha de la fenêtre qui donnait sur un balcon et put voir l’étendu du panorama qui se dressait devant elle. Samsara et Kim la rejoinrent. Préférant la laisser admirer l’endroit comme une enfant, les deux démons se tirent en retrait, contre le mur, bras croisés, l’étudiant et appréciant chacune de ses expressions.

— Tu aimes ? Demanda Kim.

Naeliya se tourna vers lui et sourit avec tellement de joie qu’elle en fut éblouissante.

— Beaucoup ! Je comprends pourquoi c’est celui-là que Taeliya préfère ! Répondit-elle.

Soudain, Samsara se renfrogna.

— Quelqu’un toque à la porte, gronda-t-il.

— Oh ? Déjà ? fit-elle, déçue de ne pouvoir profiter de cet endroit encore un peu, surtout en leur compagnie.

— Il me semble que le dîner approche, continua le démon.

— Je dois encore me doucher et me changer, soupira Naeliya.

— Je viendrais te chercher, dit Kim.

Elle baisa les joues du démon qui lui souhaita une bonne soirée, avant qu’elle ne se réveille, Kim déjà debout devant la porte.

— Ta mère est là, l’informa-t-il.

Kim ouvrit pour laisser passer Louisa, puis disparu vers son étage, laissant les deux femmes se préparer pour la soirée d’anniversaire.

***

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