Chapitre 23

14 minutes de lecture

Christopher n’en revenait pas.

Sa fille se tenait debout, devant lui, sans trembler et avec un large sourire, fière.

— Tu… Tu peux marcher toute seule ? bredouilla-t-il, les yeux embués de larmes.

— Depuis un long moment. Je voulais t’en faire la surprise, lui dit-elle. Tu m’accordes cette dance, papa ?

— Volontiers.

Il lui prit la main et glissa l’autre dans son dos. Taeliya lança la mélodie et on put les voir évoluer sur cette piste improvisée, dans le silence le plus total, uniquement rythmé par la musique jouée par l’aînée Carlington.

Kim les regarda danser avec cette envie d’être à la place du père. Samsara fredonnait la mélodie, bougeant la tête. Louisa pleurait. Stein lui proposa sa serviette pour qu’elle puisse se tamponner les joues. Le spectacle était beau à voir.

Quand la musique prit fin, Christopher serra très fort sa fille contre lui, murmurant des remerciements et à quel point il était fier d’elle, tout en embrassant son front. Le fauteuil disparu, remplacé par une chaise confortable du restaurant. Les applaudissements les accompagnèrent jusqu’à la table.

Il souffla ses bougies et on découpa des parts du gâteau qu’il alla, de lui-même, proposer aux clients encore présents, ainsi qu’aux cuisiniers et au chef. Même le staff de service reçu une part tant le dessert était énorme. On lui souhaita un très bon anniversaire et il remercia chacun d’entre eux.

Puis, une fois de retour à la table, il prit son verre pour le lever.

— Je souhaite vous remercier tous, ce soir, dit-il. À Stein Carlington pour nous avoir permis de fêter mes pauvres 53 ans dans un endroit aussi fabuleux. Merci à vous pour cela.

— Ne me remerciez pas, je ne suis qu’un simple propriétaire, ce soir ! S’exclama le mafieux, assis, son verre levé.

— Tout de même, vous nous accueillez dans un complexe extraordinaire et je vous en remercie, reprit l’homme. À ma fille et la votre pour avoir organisé cette surprise. Ma femme pour son soutien indéfectible depuis autant d’années, malgré les intempéries que nous avons subit. Ma fille, Naeliya qui, bien que tu ne puisses plus nous voir, tu gardes cette flamme vivace en toi et tu nous offres le bonheur d’être tes parents. À ma famille pour être restée malgré tout et à vous pour être entrée dans nos vies. Aux Oni pour avoir sauvé mon enfant et de l’avoir protégé. Mademoiselle Carlington. À vous. Pour être l’amie de ma fille et de l’avoir accepté peu importe les bagages qu’elle porte.

— C’est un plaisir pour moi, dit-elle.

— Plaisir partagé, répondit Naeliya.

Christopher leva son verre. Tous l’imitèrent et burent une gorgée.

La soirée se termina avec douceur et sans encombre, soulageant la tension qui n’avait pas quitté la fille Clark.

Alors que les cafés furent servis, elle s’éclipsa vers un membre du personnel et lui demanda de la guider vers la grande terrasse, afin d’y prendre l’air. Ce dernier voulu refuser, car il savait qu’un certain Oni ne serait pas content, mais le client était roi, alors il l’aida à traverser la salle, puis à sortir. L’air du soir fut plus frais, mais vivifiant. Naeliya ferma les yeux, écoutant le clapotis régulier d’un bassin d’eau non loin d’elle. Les vaguelettes allaient et venaient au gré du vent doux qui lui caressait le visage.

Mais alors qu’elle pensait pouvoir passer un moment tranquille à souffler son stress, quelqu’un la poussa.

— Ah ! Hurla-t-elle, apeurée avant de terminer dans l’eau du bassin.

Les cris alertèrent les clients à l’intérieur.

— Quelqu’un se noie ! S’exclamait-on.

Kim, qui n’avait pas vu sa belle quitter les lieux, se redressa d’un coup.

— Où est Naeliya ? Gronda-t-il.

— Elle… Elle m’a demandé de la guider vers la grande terrasse, avoua le serveur.

La panique prit les convives qui se précipitèrent vers le dehors.

Une femme était là, devant le bassin où gigotait quelque chose, s’amusant du spectacle.

— C’est un complexe hôtelier de luxe, ici ! S’exclama la femme. Pas un refuge pour handicapés .

Hors de lui, Kim comprit.

Il sauta dans l’eau pour en ressortir Naeliya, trempée, dont la robe moulait son corps d’un peu trop près.

— Naeliya, l’appela-t-il. Hé, réponds-moi.

— Je… toussa-t-elle. Je vais bien.

L’instant qu’il passa à la détailler, quelque chose de sombre, qui jusque là sommeillait en lui, se réveilla.

— Kim ! S’écria Taeliya, une large serviette dans les mains. Ramène-la ! Elle va tomber malade !

Mais il n’arrivait pas à bouger. La colère noire le submergeait et voir le corps de cette femme contre lui, presque aussi visible que si elle était nue, le mit dans un état plus que déplorable.

— Kim, ordonna Noah d’une voix froide.

Il comprenait ce que ressentait son ami à cet instant.

Kim souleva la non-voyante contre lui, récupéra sa canne et sortie. Il la confia à Louisa et
Taeliya, puis marcha droit vers la femme. Il l’attrapa férocement par la gorge. Il la souleva de terre, ses jambes battant l’air. Elle cherchait à lui faire lâcher sa prise, mais la colère de l’Oni était si forte qu’il aurait pu la tuer sur place. Samsara l’encourageait à la tuer. Il la voulait morte. C’est alors qu’un petit couinement se fit entendre.

Naeliya le regardait. Il fit un pas et sauta à l’eau, embarquant la femme avec lui qu’il plongea dans le bassin. Cette technique de torture, il la connaissait bien pour être une spécialité de Tarik. Pourtant, il n’eut aucun scrupule à l’utiliser sur cette femme. Carl et Martin le rejoignirent pour le retenir d’en faire trop. Charles récupéra la cliente qui était à deux doigts de perdre connaissance.

— Quelqu’un la connaît ? Demanda l’Oni. Elle est dans quelle chambre ?

— C’est la Kystikos, gronda Stein.

— Christikos, papa, le rappela sa fille.

— Peu importe, la coupa férocement son père. Cette femme a intenté à la vie d’une autre cliente et fait preuve de discrimination vis-à-vis de son handicap. Je veux que la police soit embarquée. Tristan, va me chercher la sécurité.

Noah jeta un coup d’œil au plus jeune de ses Oni et lui fit un signe de tête. Ce dernier disparu avant de revenir avec une escouade. À demi consciente, la cliente bien connue de la famille
Carlington et du complexe, fut embarquée.

La crainte de Naeliya s’était réalisée. Mais pas de la façon dont elle l’aurait prédite.

— Tu vas bien, ma chérie ? S’enquit Louisa, horrifiée par ce qu’il venait de se passer.

— Ça… Ça va, maman. Plus de peur que de mal, répondit la jeune femme. Mais Kim…

— Je… crois qu’il vaut mieux le laisser tranquille un moment, dit son père.

— Kim, appela la jeune femme.

Noah savait très bien ce qui allait se passer. Ils ne réussiraient pas à le faire bouger, alors peut-être qu’elle réussirait.

— Laissez-la essayer, dit-il alors.

Il lui prit la main et la guida vers le bassin qu’elle venait de quitter. Elle glissa un pied dans l’eau, puis un autre. Carl lui tendit la main, faisant des petites vagues pour lui indiquer où il se tenait, sans pour autant lâcher Kim.

— Place la devant lui, ordonna Noah.

Les deux Oni toujours dans l’eau la firent passer devant Kim qui n’avait pas bronché, ruminant sa rage de n’avoir pu tuer cette ingrate.

Elle s’en était déjà pris à la princesse des démons, voilà qu’elle recommençait en attaquant physiquement quelqu’un ? Même si ça n’avait pas été Naeliya, ils auraient tout de même puni cette femme immonde pour cette action inhumaine.

— Kim, murmura une voix, perçant le brouillard de sa furueur. Kim…

Son regard se braqua soudainement sur elle. Carl et Martin le lâchèrent aussitôt, préférant ne pas se trouver trop prêt au cas où il prenne cela pour une nouvelle attaque. Mais c’est avec une tendresse incroyable que l’Oni prit le visage de la jeune femme entre ses mains.

— Tu vas bien ? Demanda-t-il d’une voix presque dédoublée.

Si Louisa et Christopher eurent peur pour leur fille, les autres comprirent que le démon était présent, en plus de l’hôte humain. Elle était à eux. Voilà ce que cela voulait dire. Naeliya était à Kim et à sa créature interne. Cela marquait son appartenance à cette jeune femme encore inconnue pour eux. Ce qui signifiait que si l’un d’entre eux ou une personne externe, cherchait à s’en prendre à elle, Kim et son démon les réduiraient en pièce.

— Tu vas avoir froid, murmura-t-elle, caressant la joue de l’Oni qui était fascinée par cette femme.

Il la souleva contre lui et cette fois-ci, quitta définitivement le bassin, suivit de ses deux amis.

— Kim, l’appela Noah. Montez-vous réchauffer. La soirée se termine ici.

L’Oni hocha la tête et embarqua sa compagne.

— Louisa, Christopher, souffla Stein, se passant une main dans ses cheveux. Je suis sincèrement désolé pour ce qui vient de se passer.

— Vous n’y êtes pour rien.

— Au contraire. Cela fait plusieurs années que cette cliente nous pose des problèmes… Elle s’en était déjà prise à ma fille, mais jamais je n’aurai pensé qu’elle irait jusque-là.

— Boss, dit Noah. Nous devrions rentrer. Laissons la nuit à tout le monde. Kim doit rester au calme.

— Où l’a-t-il emmené ? demanda Christopher aux deux mafieux.

— Probablement dans la chambre de votre fille, répondit Noah. Mais je vous déconseille de vous y rendre.

— Pourquoi cela ? Les interrogea Louisa qui avait surtout peur que l’Oni fasse du mal à sa fille dans un accès de colère. Va-t-il lui faire du mal ?

— Non, intervint Taeliya. Ne vous en faites pas, Louisa. Les Oni ne peuvent pas blesser leurs compagnons.

— Je te demande pardon ?! s’exclama la femme, les yeux agrandi de surprise.

— Chérie, appela Noah. Les enfants sont fatigués. Tu as fais assez pour aujourd’hui.

— Tu as raison. Louisa, Christopher. Votre fille ne risque rien, je peux vous l’assurer. Si l’Oni ne m’a pas blessé depuis que nous nous connaissons, si Jess n’est pas non plus amoché, c’est que les Oni sont incapables de faire du mal à leurs partenaires. Vous pouvez aller vous coucher tranquillement.

— Mademoiselle Naeliya nous a aidé à comprendre quelque chose de très précieux, répliqua Tristan. Nous lui en sommes très reconnaissant pour ça. Vous la retrouverez intacte au réveil, je peux vous l’assurer.

Pourquoi autant de secrets autour de ce groupe ? Louisa voulait exiger des réponses, savoir que rien ne serait fait à son enfant, mais les regards que leur adressèrent Taeliya et Jess, qui se voulaient rassurant, ne firent qu’augmenter sa panique.

— Vous pouvez toujours essayer d’aller voir, suggéra Alya. Mais je vous le déconseille très fortement. Je tiens à ce que votre fille ne se retrouve pas au réveil avec vos deux noms dans la rubrique mortuaire du journal.

— En voilà des paroles rassurantes, ma douce, sourit Stein.

— Je préfère être franche. Souviens-toi que j’ai failli en faire les frais, après la naissance d’Elios.

— Et je m’en veux encore, souffla Noah.

— Tu n’y es pour rien, Oni, fit la coiffeuse. J’aurai dû écouter quand on m’a déconseillé d’entrer dans la chambre.

— Je peux vous accompagner, dit Carl. Si ça peut vous aider, mais si je ressors blessé, vous saurez que même nous ne pouvons pas nous approcher des compagnons de nos frères.

Christopher, qui avait passé plus de temps que sa femme, en leur compagnie, avait compris plusieurs choses à leurs sujets. Des choses sombres qu’il préférait taire, pour ne pas affoler sa pauvre épouse sur le point de courir pour tenter d’extirper Naeliya dans danger potentiel, sans savoir que ledit danger serait elle-même.

Carl mena la marche, son groupe derrière lui, ainsi que son chef et sa maîtresse. Les parents de Naeliya lui collaient aux baskets, ne lui laissant pas l’espace pour se tourner sans en frapper un. Ils arrivèrent devant la porte de la chambre de la jeune femme et Louisa se précipita dessus, tapant comme une damnée, appelant son enfant avec désespoir. Seul un grondement colérique lui répondit. Elle s’aperçut que le groupe d’Oni et même Taeliya avaient reculé d’un pas. Son mari voulu l’écarter, mais elle recommença.

— Naeliya ! Naely ! Ma chérie ! Tout va bien ? Sors ! Nous sommes là pour t’aider ! Est-ce qu’il te fait du mal ?! Naely ?! Réponds, ma chérie !

Le grondement qui lui répondit à cet instant fut la chose la plus terrifiante qu’elle ait pu entendre de toute son existence.

— Qu… Qu’est-ce que c’est ? Bredouilla-t-elle.

— Ça ? C’est Kim, répondit Carl qui semblait n’avoir jamais entendu son ami gronder ainsi.

— On vous a dit, reprit Jess. Il ne faut pas déranger un Oni quand il est avec sa moitié.

— Pardon ? s’insurgea Louisa. Sa moitié ? Ma fille est la moitié d’un Oni ?!

Puis des pas se firent entendre. Les grondements étaient devenus terriblement bas et graves. La porte s’ouvrit soudainement sur Kim, torse nu, arborant ses tatouages et ses blessures, le regard si sombre que Louisa cru s’y faire engloutir. Kim était furieux et avança une main pour saisir Louisa à la gorge. Carl fut sur le point d’attraper la femme pour l’écarter du chemin de son ami, mais une paire de bras entoura le torse nu de l’Oni coréen, le stoppant dans son geste.

— Ça suffit, souffla Naeliya. Tout va bien. Je suis là.

— Naely, l’appela sa mère, voyant là une opportunité pour la faire sortir. Viens avec nous, ma chérie. Tu seras en sécurité.

— Papa.

— Je suis là.

— Tu veux bien emmener maman dans votre chambre ? Il ne se passera rien, ce soir. Kim a besoin de calme et je suis fatiguée.

— Mais… Naely, tenta de nouveau sa mère.

— Maman. Je vais bien.

Elle passa devant Kim qui, d’instinct, passa un bras autour de son corps pour la plaquer contre lui, grondant férocement.

— Tu étais aussi sauvage que lui, se rappela Taeliya.

— Voire pire, confirma Noah. Mais lui… Je l’ai jamais vu comme ça.

— Naeliya est sa compagne, dit sa femme.

— Maman, il y a des choses que tu ne pourras pas comprendre sur leur fonctionnement, reprit Naeliya. Kim n’est pas dangereux, pour moi en tout cas. Je ne risque rien, au contraire de vous tous.

— Et c’est pour ça qu’on se casse, dit Carl. Bonne nuit tout le monde. Rendez-le plus docile, Mademoiselle Clark.

Naeliya émit un petit rire.

— Bonne nuit à tous. Bonne nuit papa.

— Bonne nuit, ma chérie, répondit Christopher.

Mais quand il voulu s’approcher pour lui embrasser le front, Kim se mit à gronder et faillit le chopper à la gorge.

— Kim ! s’exclama Naeliya, l’arrêtant de justesse. C’est mon père !

L’Oni posa son front contre l’épaule de sa belle, tremblant de colère contre son petit corps.

— Nous y allons, déclara l’ancien militaire. Repose toi bien, ma chérie.

— Vous deux aussi.

Alors que Christopher tirait sa femme vers leur chambre, Louisa regarda son enfant se tourner et pousser l’Oni rageux vers l’intérieur de la pièce, puis la porte se referma sur eux.

— Il va lui faire du mal ! s’écria Louisa qui faillit lui échapper.

— Il ne lui fera rien, entendirent-ils. Vous en avez ma parole.

— Je vous crois, Oni, dit le père. Mais ma femme…

— Juste un conseil, lança Jess dans un demi sourire. Évitez d’entrer dans la chambre pendant la nuit.

— T’appelle ça un conseil, le tigre ? Demanda Tristan.

— Oh, mon dragoney, s’amusa Jess en se moquant de son compagnon.

— Dragoney ? Tu sors ça d’où toi ?

— Un mélange de dragon et de poney, répondit Jess. Tu grondes comme un dragon et t’es monté comme un poney. Du coup, dragoney !

Carl, Orlan et Dorlan crachèrent de rire. Même Taeliya ne put s’empêcher d’exploser d’un fou rire.

— Jess, souffla Tarik, qui cachait très mal son envie de rire à sa conneire. On avait pas spécialement de savoir comment tu kiffais tes galipettes avec notre frère, mais maintenant je vais pas pouvoir me retirer l’image de ma tête…

— De rien, Tarik, sourit Jess, visiblement très content de sa bêtise.

— Putain… soupira Tristan. Je m’occupe de lui. Viens là, toi.

Il souleva Jess qui riait comme un enfant, faisant un petit signe de la main au groupe pour leur souhaiter une bonne soirée, sachant très bien ce qui allait lui arriver par la suite.

Et pendant que tout ce beau monde riait, dans la chambre de Naeliya, Kim était assis sur le matelas, la jeune femme sur ses cuisses, plaquant la tête de l’Oni contre sa poitrine, lui caressant les cheveux pour l’apaiser.

— Kim, Monsieur Samsara, murmura-t-elle. Vous avez failli blesser mes parents.

— Excuse-nous, gronda la voix dédoublée de Kim.

Ils restèrent silencieux un moment avant que l’Oni ne pousse un long soupir douloureux. Inquiète, Naeliya s’écarta, frôlant le visage de l’homme d’une pointe de sein dressée. La sensation les électrisa tous les deux. Aucun des deux ne bougea pendant ce qui leur paru une éternité, avant qu’elle ne lui fasse basculer la tête en arrière.

— Naeliya, murmura-t-il de cette voix grave et grondante.

Elle ne lui laissa pourtant pas le temps de dire plus de choses. La jeune femme pencha la tête et captura la bouche de l’Oni qui se figea. Était-ce intentionné ou accidentel ? Confondait-elle reconnaissance et autre chose ?

Mais la question qui le mit encore plus en colère fut la suivante. Avait-elle déjà eu quelqu’un avant lui ? Cette pensée le fit exploser littéralement de rage. Si elle avait connu quelqu’un, où était ce chien ? L’avait-il abandonné à cause de son infirmité ? L’avait-il trompé ? L’avait-il…

— Kim, souffla la jeune femme contre la bouche dure de l’Oni, dont tout le corps s’était contracté. Kim, est-ce que je me suis trompée ?

— De quoi est-ce que tu parles ? gronda sombrement Kim.

— Je… J’ai l’impression que tu as tenté quelque chose, mais que maintenant, tu ne le veux plus…

Comprenant que son accès de colère venait de perturber l’esprit et le cœur de la femme qu’il tenait contre lui et qu’elle se méprenait sur ses intentions, Kim fit volte face et la plaqua contre le matelas, la dominant de toute sa taille.

— Attends, ma belle, dit-il de cette voix basse et profonde que Naeliya sentit secouer tout son être. Je suis fou d’envie de te faire l’amour depuis des semaines. Mais une pensée m’est venue et elle ne me plaît pas du tout…

Naeliya sentit son corps se réchauffer d’un coup et devenir plus faible, comme si l’Oni lui avait sapé ses forces avec sa déclaration.

— Qu… Quelle pensée ? Osa-t-elle demander tandis qu’elle se retrouvait prisonnière de son emprise.

— Sois franche avec moi, Naeliya. As-tu déjà eu un petit-ami ?

Surprise par la question, elle faillit en rire, puis comprit soudain où il voulait en venir.

— Non.

— Non ? Jamais ? Demanda-t-il surpris par sa réponse.

— J’ai… J’ai eu un crush, quand j’étais jeune, mais…

Kim lui laissa le temps d’expliquer qu’avec son accident, plus personne n’avait voulu lui adresser la moindre parole, ni l’approcher sans la prendre en pitié. Sa liberté, elle ne l’avait obtenu qu’au moment où ils s’étaient rencontrés, un peu plus d’un an plus tôt. Son cœur battait à tout rompre. Venait-elle de lui annoncer qu’elle était aussi fraîche que la rosée du matin ? Il posa son front contre le ventre de la jeune femme.

— Merde… Naeliya…

— Quoi ? Je te dégoûte ?

— Je t’interdis de dire ça, gronda Kim. J’ai failli te prendre comme si tu étais expérimentée. Je suis un sauvage…

— Apprends-moi.

Kim se redressa et dévisagea la non-voyante. Avait-il bien entendu ? Suggérait-elle vraiment qu’ils passent le cap d’une relation qu’ils n’avaient pas clairement définie ?

— Kim, souffla la jeune femme. Apprends-moi.

***

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Samarra Okayo ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0