Chapitre 27

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— C’était trop bien ! s’exclama une voix d’enfant.

— Je ne pensais pas l’endroit aussi grand, fit une autre, plus féminine.

Christopher se retrouvait à la piscine intérieure de l’hôtel de la plage. Il reconnaissait les lieux, mais le complexe était complètement vide, en dehors des voix et du bruit de l’eau qu’il entendait.

— Papa ! Jette-moi !

— Elios, soupira une femme.

Elios ? Pourquoi ce nom lui disait quelque chose ? N’était-ce pas le nom du fils aîné de Taeliya Carlington ? Pourquoi les entendaient-ils dans son rêve ?

Intrigué, Christopher s’avança pour découvrir une scène qui le figea sur place, d’horreur.

Là, se tenait sa fille, Taeliya, Jess et Elios en présence des Oni et de monstres.

— Colonel ? Entendit-il.

Quelqu’un l’avait entendu.

— Papa ? Fit la voix de sa fille qu’il vit se tourner vers lui, le fixant d’un regard qu’il n’avait plus revu depuis les 16 ans de cette dernière. Qu’est-ce que tu fais là ?

— Je… Nae… Naely ? Tu…

— C’est qui, lui ? grogna une voix terrifiante.

— Barbaros, gronda une autre voix cauchemardesque. Il est le père de Mademoielle Naeliya.

— Ah, merde. Désolé, M’sieur le père de Mademoiselle Naeliya ! lança l’immonde créature.

— Veuillez excuser ce rustre, fit le monstre en costume traditionnel coréen.

— Naeliya, pourquoi ton père est-il ici ? l’interrogea Taeliya, aussi surprise que la non-voyante.

— Je…

— Approchez, Colonel, l’invita Noah. Il me semble que nous avons des choses à nous dire.

L’homme était totalement dans l’incompréhension. Il se savait au lit, en train de dormir. Alors comment pouvait-il rêver de cette scène ? Et surtout, pourquoi y avait-il ce genre de monstres ? Tout était bien trop détaillé pour qu’il ne pense à une hallucination.

Mais ce qui le choqua le plus, ce fut de voir sa fille, nager avec grâce, vers lui, comme si elle le voyait, un sourire radieux sur le visage. Elle l’atteignit et il comprit à cet instant, alors qu’elle plongeait son regard dans le sien, qu’elle le voyait. Elle le voyait réellement et les larmes se mirent à couler sur ses joues. Il n’arrivait plus à les retenir.

— Chérie, murmura-t-il, prenant le visage de sa fille en coupe entre ses mains. Tu me vois ?

— Oui, papa, répondit-elle encore plus éblouissante que jamais. Je te vois parfaitement. C’est bon de te voir, papa.

Christopher éclata littéralement en larmes. Il la prit dans ses bras et pleura contre elle, cette enfant qu’il avait perdue et qu’il savait qu’il n’aurait plus jamais la joie de voir grandir, s’émerveillant du monde qui les entourait.

— Co- Comment est-ce que c’est possible ? L’interrogea-t-il, alors qu’elle lui essuyait les yeux.

— Viens. Nous avons plein de choses à nous dire et je dois te présenter quelqu’un, dit-elle en le tirant à sa suite.

Kim les attendait, non loin, flanqué de la créature en tenue coréenne. Quand elle arriva à leur hauteur, ils l’attrapèrent pour l’attirer à eux, comme pour la protéger. Puis, tous deux tendirent une autre main à Christopher qui ne savait pas s’il devait les prendre ou non. C’est le sourire tendre de sa fille qui le fit réagir. Il les accepta et se laissa tirer en avant jusqu’au bassin où ils avaient joué, plus tôt dans l’après-midi.

— Venez, Colonel Clark, l’invita Taeliya.

— Que…

— Je sais que tu as beaucoup de questions, papa, intervint Naeliya. Nous aussi, on en a. Mais viens t’installer d’abord.

— Jeune femme, l’appela le monstre coréen, avec une douceur qui fit frissonner Christopher.

— J’ai un doute, répondit-elle simplement. Mais je pense que je sais pourquoi il est là.

— Fillette ! Gronda un autre monstre.

Christopher voulu se mettre devant sa fille pour la protéger, mais elle l’en empêcha.

— Par ici, Colonel, dit le chef en lui indiquant le bord de la piscine.

Ils y prirent place, mais quand l’homme voulu avoir sa fille près de lui pour se rassurer, elle resta debout, au milieu du cercle. Le silence se fit pesant. Ils semblèrent tous attendre une réponse qu’elle seule serait capable de leur fournir.

— Fillette ! grogna un monstre atroce.

— Monsieur Barbaros, le coupa-t-elle. Vous connaissez tous mon histoire.

Du coin de l’œil, Christopher vit Kim contracter les muscles de son cou et la créature à son côté serrer les poings.

— Naeliya, où veux-tu en venir ? demanda Taeliya.

— Rappelez-vous que durant l’accident, mes parents étaient là, continua la jeune femme. Papa était au volant et j’étais assise derrière lui. L’impact est venu de notre côté. Maman a été blessée, mais c’était léger comparé à papa. Vous avez vu les marques sur son corps.

Un silence lui répondit. Même les démons baissèrent la tête.

— Papa, tu as vu la mort en même temps que moi, pas vrai ?

Le silence fut électrique.

— Que…

— Réponds simplement à ma question. Est-ce que, oui ou non, tu l’as vu ? insista sa fille.

— Oui, répondit-il, ne comprenant toujours pas où elle voulait en venir.

C’est à cet instant que Taeliya poussa un cri, les mains devant sa bouche et yeux grand ouvert.

— Tu veux dire que…

Naeliya hocha la tête.

— Si je suis liée à Kim et Monsieur Samsara, papa est aussi lié à eux. Et par conséquent, à vous tous.

L’annonce tomba comme aussi forte qu’une enclume qu’on aurait lâchée depuis le haut d’une montagne et le fracas fit l’effet d’une bombe nucléaire. Christopher semblait encore plus perdu qu’au début, mais quand il vit leurs expressions choquées, il sut que quelque chose d’important, voire de grave venait d’être annoncé.

— Chérie, l’appela-t-il.

— Naeliya, recule, ordonna Noah qui se redressa.

Elle s’exécuta et alla s’installer entre Samsara et Kim.

Il était l’heure pour Noah, en tant que chef des Oni, de montrer son statut de dominant, mais surtout d’expliquer à l’intrus, malgré toute la sympathie qu’il avait pour lui, ce qu’il se passait ici.

— Christopher, dit-il de cette voix féroce qui terrifiait n’importe qui. Vous devez savoir que vous vous trouvez dans un rêve. Un de ceux que le commun des mortels ne pourrait jamais espérer voir.

— Que… De quoi vous parlez ? Vous êtes pourtant si réels, pour moi, bafouilla l’homme.

— Je sais que vous êtes paumé, mais écoutez attentivement ce que je vais vous dire. Et sachez que si vous osez en parler, votre vie ne vous appartiendra plus. Peu importe le plan physique ou autre, compris ? Lui dit Noah.

Christopher hocha la tête.

— Pour commencer, se lança l’Oni. Votre fille peut vous voir, ici.

Christopher tourna son regard vers sa fille. Elle lui offrit le plus beau sourire qu’un père puisse voir de son enfant. Celui qui indique qu’un miracle a bien eu lieu.

— Bébé, murmura l’homme.

— Plus tard, papa, dit-elle avec douceur. Le chef a besoin de te dire tout ça et tu dois l’entendre. C’est important pour nous et pour moi.

Elle insista sur « pour moi » et il savait qu’elle ne faisait jamais de caprice comme ces enfants gâtés. Il concentra alors toute son attention sur le chef qui lui faisait face.

Noah lui raconta alors la vie de Taeliya, la rencontre avec les Oni. Puis il enchaîna sur le métier qu’ils faisaient et pourquoi on les appelait ainsi.

— Vous savez que notre métier est à risque, dit Noah. Vous êtes un ancien militaire, vous avez côtoyé la mort plus d’une fois en protégeant votre pays.

Christopher hocha la tête. Il ne pouvait le nier, c’était le lot de tout soldat envoyé au combat. Beaucoup n’en revenaient pas. Il avait eu plus de chance que certains.

— Nous avons développé une sorte de partie sombre de nous qui a prit la forme de créatures qui ressemble à ce que nous sommes, reprit Noah. Voici Kaelis, mon démon. Ma femme et mon fils peuvent le voir, comme ils peuvent tous les voir. Votre fille peut voir celui de Kim. Et comme
Taeliya, elle a la capacité de voir et d’interagir avec les autres démons. Jess ne peut voir que celui de Tristan.

— Pourquoi ? Demanda alors l’ancien militaire.

— Naeliya ?

Elle se leva et dit :

— Il n’y a que ceux qui ont vu la mort de près qui peuvent voir les démons, papa. Jess ne l’a jamais vu de près. Et je ne le lui souhaite pas.

— Merci, fit le mafieux, en lui adressant un sourire.

Elle lui répondit par un signe de tête.

— Dans l’accident, nous avons été tous les deux proches de la mort, dit-elle. Nous l’avons vu et nous sommes revenus. Pas maman. Et avant que tu demandes, je ne sais pas pourquoi je peux voir les démons, ni pourquoi je suis liée à eux. J’ai découvert que cet état nous permet de les voir.

La créature installée à côté de Kim se leva et s’inclina respectueusement devant Christopher.

— Voici Monsieur Samsara, le présenta-t-elle.

— Je suis enchanté, fit la créature.

— Je… Euh… de même, Monsieur, bredouilla Christopher.

Dans quoi je suis tombé, moi ? se demanda-t-il. Ils ont mis de la drogue dans mon assiette ?

— Je peux vous assurer que ce que vous voyez actuellement est aussi exceptionnel pour vous que pour nous, dit Kim.

— Monsieur Clark, intervint Taeliya. Ce soir-là, lorsque nous vous avons dit que Kim ne risquait pas de blesser votre fille.

— Je m’en souviens. Je commence à comprendre un peu pourquoi vous m’avez dit ça. Votre père ne peut-il pas les voir ?

— Papa a… renoncé à cette part de lui, il y a longtemps, répondit Taeliya. C’est le tout premier Oni.

Christopher voulait en savoir plus, mais il se refusait à blesser la jeune femme pour assouvir son désir égoïste de curiosité. Alors, il préféra s’abstenir.

— Monsieur Clark, dit la créature de Kim. Nous sommes liés à nos humains de façon très sombre. Mais une fois que la personne qui leur convient entre dans leur vie, nous faisons de notre mieux pour la protéger. Votre fille est la compagne d’un Oni et il est de notre devoir de la garder en sécurité. Nos sentiments envers cette jeune femme nous rend puissant, mais aussi faible face à elle. Cependant, nous avons une hiérarchie.

— Papa, je ne dirige pas ce groupe, expliqua Naeliya. Taeliya en est la maîtresse et l’Oni en chef est celui qui dirige le groupe. Jess ne peut les voir que si l’une d’entre nous est là. Il peut voir le démon de Tristan seul. Je ne veux pas et ne cherchais jamais à vouloir prendre la place de Taeliya. Je n’en ai clairement pas la prétention.

— Je sais, ma chérie, la rassura son père, comprenant où elle voulait en venir.

Dans ce sombre univers où elle avait mis un pied, elle s’était immédiatement rangée dans un mode prédéfini. Taeliya était la princesse et elle, elle était sa seconde en plus d’être la compagne d’un Oni. Jess était leur gardien et partenaire de vie du plus jeune d’entre eux. Elios avait vu la mort depuis le ventre de sa mère. Enfant roi, il pouvait interagir comme il l’entendait. Christopher comprenait que quelqu’un avait déjà tenté de prendre la place de la fille Carlington et que ces hommes s’en étaient occupés. Blesser leur maîtresse c’était déclencher une guerre ouverte avec le monde. Ne se rappelait-il pas des Kingsley ? Kim avait vengé leur famille, car il voulait protéger Naeliya. Maintenant, il comprenait leur attitude à tous.

— Est-ce que j’arriverai à ne pas me trahir devant ma femme ? dit-il tout haut, plus pour lui-même.

— Papa. Lui en parler nous mettrait tous en danger.

— Je sais… Je ferai de mon mieux pour ne rien lui dire. Elle ne pourra jamais profiter de sa fille qui voit à nouveau.

La tristesse de ses mots brisa le cœur de Naeliya.

— Colonel ! s’exclama Kim en se levant. La Princesse lui a décrit le match, mais est-ce que cela vous dit de le rejouer ?

L’homme dévisagea l’Oni, puis sa fille qui semblait excitée à l’idée de pouvoir voir son père partager un moment avec ceux qui faisaient maintenant partie de sa vie. Il se leva et s’approcha de Kim.

— Avec plaisir.

Les équipes se reformèrent, pendant que les démons accueillirent Naeliya Jess, Elios et Taeliya auprès d’eux.

— Prêts ?! fit Kaelis.

Noah hocha la tête. La créature lança le jeu et Naeliya put assister à un match dantesque dans lequel se trouvait son père qui se défendait comme un beau diable.

— Qu’en penses-tu, fillette ?

— Je suis émue, avoua-t-elle. Le voir ainsi c’est comme le revoir quand j’étais enfant. Féroce, puissant et agile.

— Malgré l’accident, il reste le même, lui assura son amie.

— Vas-y, papa ! cria Naeliya, encourageant ce dernier qui donna des coups durs dans le ballon.

Ce rêve, père et fille s’en souviendrait longtemps. Et quand Christopher se réveilla le lendemain matin, un lent sourire étira sa bouche. Il n’avait qu’une hâte.

Y retourner.

***

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