Chapitre 31
Naeliya dormait profondément quand il revint de la douche, habillé d’un simple bas de jogging, une serviette sur les cheveux qu’il appliquait nonchalamment pour les sécher. Il regarda son portable, posé sur la commode. Un message de Christopher.
« Bien arrivés. On se voit plus tard. »
Kim ne put empêcher un léger sourire étirer la commissure de ses lèvres. Depuis quand, se retrouver dans ses rêves avec son démon, lui procurait-il autant de plaisir ? Il tourna la tête vers la jeune femme endormie dans son lit. La raison était là. Chauffant les draps, dormant profondément, attendant sûrement qu’il ne la rejoigne.
Il attrapa un pull à capuche et l’enfila avant d’éteindre les lumières et d’actionner son système de sécurité, puis se glissa dans les draps. D’instinct, Naeliya se tourna et s’accrocha à lui, posant sa tête sur sa poitrine et un bras lui entoura la taille.
Il rabattit les draps sur eux et la serra dans ses bras, avant de glisser dans son rêve pour se voir être accueilli par Naeliya, en grande discussion avec Samsara.
— Bonsoir, mon ange, dit-il.
— Tu en as mis du temps, lui fit remarquer le démon.
— Je devais m’assurer que la maison était sécurisée, se justifia Kim, prenant place sur le canapé, où se trouvait sa belle qui lui souriait avec une chaleur qui le fit frissonner.
— Mes parents sont rentrés ?
— Oui. Ton père m’a envoyé un message pour me dire qu’il allait nous rejoindre.
Des coups furent portés à la porte d’entrée.
Naeliya se leva et alla ouvrir.
— Oh, bonsoir, papa !
— Bonsoir, mon petit coeur, sourit Christopher, encore chamboulé par le fait que sa fille puisse le voir.
Elle s’effaça, après l’avoir pris dans ses bras.
— Bonsoir, Colonel Clark ! s’exclama Samsara.
L’homme se figea pendant un court instant, avant de prendre la main gantée et osseuse de la créature pour la saluer.
— Il va me falloir un petit moment pour m’y habituer, s’excusa-t-il.
— Je ne vais pas m’en offusquer, le rassura Samsara, tournant son bras en une invitation à les rejoindre dans le salon.
— Kim.
— Christopher.
Ils s’installèrent autour de la table basse sans rien dire pendant un moment.
— Comment tu as trouvé le dîner, papa ?
— En dehors des inquiétudes de ta mère, la soirée était parfaite. Kim, je suis vraiment content que tu aies pu lui répondre sans faire angoisser ma femme plus que ça.
— Louisa est une femme forte. Elle est juste très inquiéte. Je comprends qu’elle ne soit pas très enjoué à savoir que votre fille me soit liée. Je saurais être patient.
Christopher poussa un long soupir.
— Samsara, tu n’avais pas quelque chose à dire à Naeliya ? lança Kim.
— Si tu parles de sa tenue, je l’ai déjà complimenté en arrivant, répondit Naeliya.
La créature avança sa main gantée vers la cuisse de la jeune femme, dans un geste tendre et possessif.
— Et toc ! s’exclama la créature, surprenant les deux hommes, tandis que Naeliya éclatait de rire.
— C’est toi qui lui a appris ça ? demanda son père.
— Oui, en arrivant. Et la gestuelle avec, répondit fièrement la non-voyante.
Samsara et elle refirent le geste, les faisant rire comme des enfants.
— Je sais plus qui est l’enfant et qui ne l’est pas, soupira Christopher, souriant tout de même face à la scène étrange qui se déroulait devant lui.
— Mieux vaut ne pas chercher une réponse, Christopher.
— Tu as raison, mon garçon, souffla le père.
Jusqu’au réveil, le quatuor riait, discutant de tout et de rien. Le père et le compagnon regardant la jeune femme être pourchassée par le démon, hurlant à tout-va, jusqu’à ce qu’il ne la rattrape et la soulève telle une enfant.
Christopher avait encore du mal avec cette réalité, mais il apprenait, petit à petit, à y faire face. Il aurait aimé que sa femme puisse assister à ce genre de bonheur, mais il savait déjà comment ça se finirait. Aussi garderait-il le secret.
[…]
Les semaines passèrent, et Noël arriva sans que personne ne l’ait réellement vu venir. Depuis le début de la semaine, Taeliya avait réquisitionnée les femmes Clark, Laly et autant de monde que possible pour décorer manoir et maisons, ainsi que le restaurant pour que tout soit parfait. Elios et les autres petits garçons du clan mirent la main à la pâte.
Les Oni étaient partis en mission et ne savaient pas s’ils seraient là pour fêter avec les autres.
Taeliya était habituée, Jess aussi. Elios passerait sans doute son deuxième Noël sans son père, mais il savait que cette année, tout changeait pour sa famille. Une nouvelle personne venait d’y entrer, et avec elle, ses propres parents. Naeliya était une étrangère à ce monde et au système qui régissait la vie du clan. Même si Noah avait repris les rênes du clan, Stein continuait de le gérer avec son gendre. Il gardait une certaine poigne de fer sur ses hommes et tout ce qu’il avait créé depuis son adolescence.
Le manoir fut le plus long à décorer, tant il était grand et remplit d’une multitude de pièces. Ce qui leur pris beaucoup de temps, mais répartit en groupe, ils savaient tous quoi faire. Dans la maison de Kim, Naeliya avait eut carte blanche pour y mettre les décorations de Noël qu’elle souhaitait. Il lui fallut faire plusieurs rêves afin de déterminer ce qu’elle souhaitait et dessiner ce dont elle avait besoin pour que son père et Kim puissent les lui acheter. Bien entendu, Samsara eut son mot à dire.
Louisa était venue l’aider à suspendre la petite étoile en haut du sapin, ajuster les décorations où sa fille le désirait. Mais Kim ne le verrait sans doute pas. Cette pensée avait attristé la jeune femme. Louisa savait que se réjouir de l’absence des Oni était une mauvaise chose, mais elle ne pouvait se défaire de la joie qu’elle éprouvait sans les savoir dans les parages. Les seuls moments où elle le regrettait était quand elle voyait la tristesse sur les traits de son enfant. Mais elle se disait que c’était pour le meilleur.
Deux jours avant la grande fête, Alya s’était proposée à fermer sa boutique pour s’occuper exclusivement de celles et ceux qui auraient bien envie d’un moment relaxant. Immédiatement, Taeliya avait embarqué ses amies avec elle, offrant ainsi à Louisa et sa fille, une matinée détente à se faire chouchouter.
Bien-sûr, Naeliya appréciait ce genre d’instant et d’attention, tout comme elle aimait le partager avec sa mère.
Elles en profitèrent même pour aller au centre commercial, sous bonne garde, pour faire quelques emplettes et acheter une tenue de fête. Les Clark étant invités à passer Noël au manoir, malgré les réticences de Louisa. Personne n’arrivait à dire non à Taeliya.
Cette journée, Naeliya l’avait vécu avec beaucoup d’appréhension, mais aussi énormément de joie. Se retrouver entre elles. Amies et familles. Profiter d’une journée qui la faisait paraître normale, lui faisant clairement oublier son handicap et lui donnant la sensation que rien ne s’était jamais passé.
— Et si on allait se poser pour boire un café ? Proposa Alya, alors qu’elles sortaient d’un magasin, sans rien avoir acheté, mais avec tout de même déjà bien dépensé dans d’autres boutiques.
— Pourquoi pas, fit Naeliya.
— Oui, j’ai bien besoin d’une pause, soupira Laly, soutenue par Louisa. Je ne suis plus toute jeune.
— Ne dîtes pas ça, Laly, s’amusa la mère, la guidant vers l’extérieur de la boutique.
— Je connais un café qui serait parfait, dit Taeliya.
Le groupe reprit sa marche pendant un moment jusqu’à tomber sur l’enseigne.
— Entrons, dit Sonia, guidant la troupe.
Tous les regards se tournèrent vers elles, les observant de manière très étrange.
Asseyez-vous, Laly, dit Louisa en tirant une chaise. Une des mafieuses qui les accompagnait, aida Naeliya à prendre place à côté de son amie.
— Qu’est-ce que vous voulez boire ? demanda Sonia. Ma chérie, tu veux un thé ?
— Oui, s’il te plaît, répondit Taeliya, regardant à peine la carte.
Elle devait la connaître par cœur.
— Qu’est-ce que vous voulez ? les interrogea Alya qui savait déjà ce qu’elle allait prendre.
— Qu’est-ce que vous nous conseillez ? fit Laly, lisant la carte des boissons. Naeliya, chérie, est-ce que tu as envie de quelque chose en particulier ?
— Est-ce qu’ils ont des ice tea ?
— Attends que je regarde ça… Oui, ils en ont.
Laly lui lista les différents goûts de breuvage et Naeliya arrêta son choix sur le citron.
Chacune nota sa commande, puis l’une des femmes se dirigea vers le comptoir.
Quelques instants plus tard, elle revint avec deux serveurs, bras surchargés de plateaux remplis des boissons et quelques douceurs qu’ils placèrent sur la table. Taeliya plaça le verre devant son amie et lui indiqua où il se trouvait. Elles se remirent à papoter à propos de la fête, buvant et grignotant de façon très détendue, jusqu’à ce qu’une voix ne fige Naeliya, le verre suspendu en l’air, proche de ses lèvres. Tout en elle devint froid, voire glacial, comme si son sang et la chaleur l’avait définitivement quittée. Taeliya s’en inquiéta et jeta un coup d’œil à la mère de la non-voyante, mais ce qu’elle vit en elle fut une colère froide.
— Nael’ ? Hé ! Qu’est-ce que tu fais ici ?!
Naeliya se força à poser son verre et de le lâcher, sinon elle risquait de le briser tant elle le serrait entre ses doigts.
— Damien, murmura-t-elle.
~~~
Entourée de sa bande habituelle, Naeliya se disait qu’elle avait toute la vie devant elle.
Dans la cour du lycée, elle s’amusait avec ses amies, piaillant comme des oiseaux, assises sur l’herbe de stade d’où elles observaient les garçons jouer au foot, torses nus pour certains ou les t-shirts moulant leurs corps d’adolescents. Damien Durant était son amoureux de toujours. Elle le connaissait depuis les classes antérieures, mais n’avait jamais osé sauter le pas pour se déclarer à lui. Ils étaient certes des amis très proches, dont les familles appréciaient la présence de l’un et de l’autre. Ils partaient souvent ensemble en vacances ou venaient les dimanche pour un dîner ensemble.
Grand, les cheveux châtains et courts, il avait les yeux d’un vert assez spécifique et une musculature bien dessinée pour un gosse de 16 ans. Elle ne pouvait que fantasmer le jour où elle lui dirait ses sentiments et qu’ils termineraient par se marier. Ah, l’esprit d’un enfant peut inventer tout un monde juste avec de l’espoir et beaucoup d’imagination.
Ses copines l’avaient encouragé plus d’une fois pour la pousser à lui avouer ses sentiments, mais le courage lui avait toujours manqué. Même si elle continuait à s’imaginer sa vie parfaite, telle l’adolescente qu’elle était, pleine de rêves.
— Hé, Nael’, regarde ! Ton chéri vient de marquer un but ! s’exclama une de ses amies, Linda, pointant le groupe qui criait de joie, se tapant dans les mains, tout en courant sur le terrain pour remonter vers leur côté, jetant des regards aux filles qui les encourageaient.
Naeliya se mit à rougir, repoussant, sans grande conviction, son amie, lui disant qu’il n’était pas son chéri et ses amies éclatèrent de rire en disant « pas encore » comme si l’évidence qu’ils finissent en couple n’était que la juste finalité. Naeliya l’espérait aussi, mais n’osait pas le dire et c’était encore plus compliqué quand elle avait découvert, un an auparavant que Damien sortait avec Jessica, la fille d’un riche homme d’affaires, de la classe au-dessus de la leur. Leur relation n’avait pas durée plus de six mois, ce qui avait ravi la jeune fille.
— Ils vont gagner le match, tu vas voir ! lança une autre fille de leur groupe qui se dorait la pilule au soleil tout en admirant les garçons qui se défonçaient au sport, soit par pur plaisir, soit pour impressionner les donzelles au bord du terrain.
— Oh ! Regarde, Nael’ ! la secoua une autre fille. Damien vient par là !
L’angoisse monta aussi rapidement que sa panique. Son cœur se mit à battre à tout rompre, comme s’il se trouvait en plein marathon sous un cagnard infernal. Elle le vit s’approcher, passant une main dans ses cheveux pour les plaquer en arrière. Quand il fut à leur hauteur, il s’accroupit et dit :
— Nael’, y a une fête ce soir, chez moi. Tu viens ?
— Euh… Ou-Oui, répondit-elle. Avec plaisir.
— Chouette ! s’exclama-t-il, visiblement très heureux de sa réponse, comme s’il avait craint le contraire. Ça commence à 19h45. Fais-toi belle !
Puis il repartit comme il était venu, faisant rouler les muscles en formations de son corps d’ado sportif. Elle hyperventilait.
— Damien ! L’appela Linda.
— Quoi ?!
— Est-ce qu’elle peut ramener quelqu’un avec elle ?!
— Vous pouvez toutes venir ! répondit-il avant de rejoindre les autres pour relancer la partie.
— T’as entendu ? Tu seras pas toute seule, on sera avec toi, dit Linda, pour essayer de faire redescendre son amie qui s’imaginait sans doute déjà une demande en mariage au beau milieu de la soirée.
Naeliya cherchait son air, tandis que son esprit et son cœur se disputaient entre un rêve probablement irréalisable et le fait qu’une possibilité venait de se créer. Il fallait qu’elle trouve une robe qui serait parfaite pour la soirée ! Elle n’était pas une grande fan de la mode, mais avait tout de même un certain goût pour être apprêtée sans paraître trop excentrique.
— Je crois qu’on vient de la perdre, ironisa une des filles de leur groupe, faisant glousser les autres.
Naeliya ne pouvait pas encore savoir que, cette soirée allait être le début d’une lente trahison à laquelle elle ne se serait jamais attendue à subir.
***

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