Chapitre 32
Le soir de la fête, Naeliya était dans tous ses états.
Elle avait passé tellement de temps dans la salle de bain, afin de parfaire sa coiffure et son maquillage qu’elle voulait naturel. Puis au moins trente bonnes minutes à regarder les trois tenues qu’elle avait sélectionnées avec sa mère, et avec l’approbation de ses amies. Quand elle se regarda une énième fois dans le miroir de sa chambre, faisant tourner les volants de sa belle robe aux bretelles fines roses qu’elle trouvait absolument adorable pour une soirée qui pourrait être décisive pour elle, un lent sourire étira sa bouche.
— Tu es sublime, ma chérie, dit sa mère qui la regardait depuis le lit de sa fille.
— J’espère vraiment qu’il dira la même chose, soupira la jeune fille, rêvant encore du moment où Damien lui proposerait d’être sa petite-amie.
Sa mère souriait, complice de cet instant mère fille où elles se confiaient l’une à l’autre sur de petits secrets comme celui de l’amourette de Naeliya envers ce garçon.
Le groupe d’amie de l’ado arriva, environ vingt minutes plus tard, pour embarquer leur amie avec elles.
— Bonne soirée, les filles ! lança la mère depuis le portail, regardant sa fille et ses copines traverser la rue pour descendre quelques maisons plus loin d’où elle pouvait voir déjà les lumières que la famille du garçon avaient installé.
— Merci, Madame Clark ! s’exclamèrent les filles.
— Merci, maman !
— Amusez-vous bien !
Les filles quittèrent son champ de vision, mais elle pouvait encore les entendre rire, glousser comme des dindes.
La petite bande passa la grille et immédiatement fut accueillie par une ambiance électrique. Musique à fond, lumières stroboscopiques, buffet dans le salon. Les meubles avaient été écartés pour l’occasion, offrant ainsi une place pour danser. Dans le jardin, certains avaient décidé de mouiller le t-shirt, tandis que d’autres bavardaient autour d’un verre de punch sans alcool. Naeliya avait l’impression de vivre la vie des films pour ados qu’elle aimait regarder.
— Ah ! Vous êtes venues ! s’exclama une voix qu’elle ne pouvait que reconnaître.
— Salut, Damien, dit-elle timidement. Merci pour l’invitation !
— Pas de quoi, ma belle ! dit-il en lui faisant un clin d’oeil. Tu es ravissante ! Vous êtes toutes jolies !
— Merci, Damien ! s’exclamèrent les filles, papillonnant des cils, comme pour tenter de capter l’attention du jeune mâle qui se mit à sourire de façon charmeuse.
Durant la première heure de la soirée, Naeliya restait avec son groupe, s’amusant comme une folle. Riant, sautillant sur place à la moindre musique, bougeant son corps en rythme.
Pour elle, cette soirée était magique. Puis, vint le moment des slows. Danse que tout jeunes apprécie, car c’était le meilleur moyen de se rapprocher d’une fille et de l’avoir contre soit, ou de se déclarer à la personne de son cœur.
Naeliya attendit de voir Damien, pour aller lui proposer d’en danser un. Elle le chercha du regard avant de l’apercevoir avec Linda, sa meilleure amie. Elle se figea, mais se dit que, peut-être, elle voulait faire comprendre au garçon que la fille timide au bord de la piste était amoureuse de lui et attendait qu’il se déclare. Mais au moment où elle y pensait, elle les vit s’embrasser.
La trahison fut immense pour elle. Si forte qu’elle en eut le souffle coupé et une envie de vomir lui retourna l’estomac. Elle devait partir, quitter la maison et cette fête, mais ça ne faisait pas assez longtemps qu’elle était là. Elle jeta un coup d’œil à son groupe de copines et la terre sembla s’ouvrir sous elle.
Elles savaient. Toutes, sans aucune exception. Leurs sourires, leurs regards disaient bien plus que leurs actions. Elles l’avaient traîné ici dans le seul et unique but de la piéger.
Cette réalité lui brisa le cœur. Avaient-elles, seulement été une fois amies ? Ne l’avaient-elles jamais considéré comme telle ? Les larmes coulèrent d’elles-mêmes sur ses joues, ruinant son maquillage. Elle avait été le dindon de la farce et maintenant, que devait-elle faire ? Fuir ? Faire un scandale ? Sourire et faire comme si rien ne s’était passé ? Elle ne savait plus, sauf une chose. Elle n’avait plus rien.
Et quand son accident arriva, avec ses parents dans la voiture, aucun d’eux ne vint la voir. Elle fut retirée de l’école, sans donner aucune explication. Personne ne demanderait après elle, de toute façon, alors pourquoi justifier ?
Depuis ce jour, Naeliya avait fait une croix sur ces gens qu’elle avait, un jour cru être ses amies et la personne avec qui elle aurait pu faire sa vie.
— Nael’ ? Wow ! Ça fait un bail qu’on t’a plus revu ! s’exclama la voix qu’elle s’était appliquée à oublier, mais qui visiblement avait trouvé le moyen de revenir dans sa vie.
— Naeliya ? fit Taeliya à côté d’elle, posant sa main sur la sienne. Est-ce que ça va ?
Damien se tourna et affronta le regard de son ancienne voisine.
— Oh, bonjour, Madame Clark. Vous allez bien ?
— Tu demandes parce que tu t’intéresses vraiment ou parce que tu fais semblant ? demanda Louisa qui savait très bien ce qu’il avait fait à sa fille, des années plus tôt.
— Je…
Une femme lui barra le chemin quand il voulut s’approcher de la table. Habillée en noir, le regard froid et les traits du visage tirés, elle le dominait presque. Sentent la menace, il recula d’un pas, jusqu’à ce qu’une autre voix se fasse entendre.
— Chéri ! Tu as commandé ? On doit rentrer avant que ton père ne rentre du travail ! Oh ?
Louisa ? Que… C’est fou de te trouver là !
Mais la mère ne lui répondit pas, affrontant son ancienne amie d’un regard froid, voire tranchant.
— On dérange, visiblement, se reprit-elle, attrapant le bras de son fils pour rejoindre le comptoir et commander.
Quand ils repassèrent près de la table, Damien lança un regard à son ancienne amie, qui ne réagit pas, ce qui l’intriguait et l’agaçait en même temps.
Bien sûr, il ne remarqua pas la canne qui pendait dans un étui à côté de la jeune femme. Il se dit qu’il aurait de quoi discuter avec le groupe auquel elle avait, autrefois, appartenu.
Quand le duo eut quitté le café, Naeliya n’avait pas retrouvé son calme.
— Chérie…
— Tu veux rentrer ? demanda Taeliya qui savait qu’elle n’avait qu’une envie. Se retrouver seule, dans un lieu où elle pourrait se laisser aller à ses émotions en toute sécurité.
— Oui. Tu peux me ramener ?
— Bien sûr ! Layla, est-ce que tu peux ramener Louisa et Laly chez elles ? S’il te plaît.
— Oui, Princesse.
— Merci.
— Tu ne rentres pas avec nous ? demanda Louisa à sa fille.
— Non. J’ai… besoin de me rendre quelque part.
Il ne fallait pas avoir le QI d’Einstein pour savoir qu’elle irait chez Kim pour y trouver du réconfort, malgré l’absence de l’Oni. Elle aurait voulu discuter pour la faire rentrer chez eux, mais Louisa savait que sa fille avait changé. Elle n’était plus la petite fille, blessée par son amour de toujours. C’était une adulte, blessée, mais qui avait trouvé le seul endroit qui lui correspondait et pouvait lui rendre son sourire, ainsi que son désire de vivre.
Louisa n’ajouta rien de plus. Elle devait accepter le fait qu’elle ne pouvait plus être le pilier du monde de sa fille, comme elle l’avait été jusqu’à maintenant. Oui, malgré tout, Louisa désirait conserver sa relation avec Naeliya, mais elle avait grandi et s’était enfin endurcie. Il fallait qu’elle la laisse voler de ses propres ailes.
— Ok. Appelle-moi, si ça ne va pas. Avec papa on viendra te chercher immédiatement, d’accord ?
— Oui. Merci, maman.
Le groupe se sépara et Naeliya grimpa dans la voiture qui allait la ramener au QG des Oni.
[…]
Sonia aida la non-voyante à descendre.
Après avoir déposé Taeliya devant sa maison, la mafieuse s’était portée volontaire pour assister la jeune femme afin qu’elle puisse rentrer en toute tranquillité.
— Tu as les clés ?
Naeliya plongea sa main dans sa poche de manteau et en sortie le trousseau que lui avait confié Kim, avant son départ. Elle les effleura afin de trouver la bonne qu’elle inséra dans la serrure. Sonia la regarda faire, ne lui prenant le coude que si nécessaire.
La porte ouverte, elle la vit toucher le mur à la recherche de quelque chose. Sonia savait que Kim était l’informaticien de cette bande terrifiante. Il devait avoir installé un boitier d’alarme ou quelque chose du genre et la non-voyante était en train de le chercher. Sonia s’avança pour l’aider, mais s’arrêta d’un coup.
Là, elle la vit toucher la petite trappe en plastique et trafiquer les touches. Une voix robotisée s’éleva :
« Bonjour, Naeliya. Quel est le mot du jour ? »
— Souvenir, répondit simplement la jeune femme.
« Je transmets le mot du jour. Bon retour. »
— Depuis quand Kim a installé ce truc chez lui ? l’interrogea la mafieuse, curieuse, mais surtout intrigué par son implication pour permettre à la jeune femme d’être vraiment assistée et en sécurité chez lui.
— Avant de partir, répondit Naeliya. Fais comme chez toi.
— Wow… C’est impressionnant ce que peut faire un homme amoureux, siffla la femme en retirant manteau et écharpe pour les poser sur le dossier d’un fauteuil.
— Il a fait tout un système qu’il a installé avec papa, pour que je sois pas totalement sans surveillance, quand je viens, expliqua la jeune femme qui se dirigeait vers la cuisine. Tu veux un thé ?
— Un café, s’il te plaît, ma belle. Merci. Tu veux que je t’aide ?
— Je veux bien que tu prennes une tasse et que tu choisisses la capsule que tu veux.
Sonia la suivit et fouilla l’endroit à la recherche du placard à vaisselle. Naeliya le lui indiqua et elle put attraper une tasse. Sur le comptoir trônait une machine dernier cri, conçu de façon qui serait facile à utiliser, même pour la non-voyante. Sonia regarda dans le panier où se trouvaient différentes couleurs de capsules, trouva celle qu’elle voulait boire, l’inséra et laissa Naeliya se charger du reste.
Le fait que Kim s’impliquait autant lui rappelait comment Noah avait changé sa vie, depuis que Taeliya les avait rejoints. Elle ne put que sourire à cette comparaison.
— Et voilà, ton café, Sonia.
— Merci, ma grande.
Elles s’installèrent sur les chaises de bar, buvant tranquillement leurs breuvages chauds, jusqu’à ce que la mafieuse demande :
— Dis-moi. C’était qui ce gars, au café ? Tu le connaissais ?
— C’était mon crush d’enfance.
— Était ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Si tu veux en parler, bien entendu.
Pour la première fois, Naeliya parla de sa bande de copines avec qui elle avait fait les quatre cents coups. Damien, son ami d’enfance dont elle avait été secrètement amoureuse jusqu’à cette soirée maudite. Elle lui raconta la trahison de Linda, sa meilleure amie de l’époque et comment elle avait découvert qu’en réalité, toute sa clic était dans le coup. Puis leur disparition quand elle eut son accident et le après.
Sonia comprit que cette adolescente n’avait pas encore fait le deuil de sa douleur et qu’on lui avait ajouté un trauma encore plus grand qui engloutissait toutes ses douleurs pour en former une plus grande encore, sans lui laisser un seul moment de répit.
— Je vois. Quel enfoiré, ce mec ! gronda Sonia. T’en fais pas. Il n’aura pas l’occasion d’amener son cul par ici.
Naeliya rit.
Un véritable rire qu’elle n’avait plus connu depuis son adolescence. Sonia la dévisagea, souriante.
— Et dire que Kim n’est pas là pour t’entendre rire, dit-elle.
— C’est la première fois que j’en parle à quelqu’un, en dehors de ma mère, avoua la non-voyante.
— Et depuis ton réveil à l’hôpital, après l’accident, tu ne les as plus revus.
— Non. Les infirmières m’ont dit qu’ils n’étaient même pas venu.
Sonia contracta sa mâchoire.
Après les remontrances de Taeliya, suite à la blessure et les accusations qu’elle avait faites sur la jeune femme, Sonia avait beaucoup culpabilisée et Joe lui avait permis de réaliser qu’elle avait été la pire des personnes. À l’image même des monstres qu’on dépeignait des mafieux du clan
Carlington. Elle avait beaucoup réfléchit à la situation et pendant l’année où la jeune femme avait disparu, Sonia avait été témoin de la dégradation mentale et physique de Kim qui l’avait terrifiée.
Depuis, elle essayait de se lier à elle et aujourd’hui, elle n’avait plus cette sensation d’importune venant profiter d’une situation comme Diana Collins, il y a quelques années. C’était à cause de cette expérience qu’elle était devenue méfiante. Elle avait puni Naeliya pour quelque chose qu’elle n’avait jamais fait et Sonia était même sûr qu’elle serait incapable de faire ça.
Pendant une petite heure, les deux femmes papotèrent et Naeliya put alléger son coeur. La charge lourde sur ses épaules avaient même réussi à disparaître.
— Si jamais il réapparaît, dit Sonia, enfilant son écharpe, debout dans l’entrée. Je me charge de lui.
— Ah ah, merci, Sonia, sourit la jeune femme.
Quand la mafieuse eut quitté les lieux, Naeliya verrouilla la porte et alla jusqu’au panneau de contrôle. Elle tapa sur une touche et la voix de Kim sortit.
— Naeliya ?
Un lent sourire étira la bouche de la jeune femme.
— Salut.
— Tu restes dormir à la maison ?
— Oui. J’ai besoin d’être tranquille, ce soir.
— Tout va bien ?
— Pas vraiment…
Malgré le fait qu’elle s’était sentie un peu plus soulagée après sa discussion avec Sonia, reprit l’histoire. Kim l’écouta, mais elle pouvait aisément deviner qu’il n’était pas content. Pourtant, il ne fit aucun commentaire.
[…]
Durant la soirée, Kim assista sa belle, via le système de contrôle qu’il avait installé dans toute la maison. Quand il fut l’heure pour elle d’aller au lit, il l’aida à bloquer la maison et à mettre l’alarme. Naeliya monta dans la chambre, prit des sous-vêtements que sa mère avait mit dans la commode.
— Kim ? appela la jeune femme.
— Hm ?
— Où est ton placard ?
— Pourquoi ? Tu as besoin de quelque chose ?
— Je voudrais t’emprunter un t-shirt ou un pull, rougit-elle.
Kim souffla un petit rire.
Il la guida, elle choisit ce qui lui plut et alla se changer. Quand elle alla enfin se coucher, Kim laissa la caméra de la chambre allumée.
— Bonne nuit, mon ange.
— Bonne nuit… chéri, dit-elle se planquant soudainement dans les draps, le visage rouge.
De l’autre côté de l’écran, l’Oni était figé. Surpris par le petit nom qu’elle venait de lui donner qui excita tout son corps, faisant partir son cœur dans une course folle.
Il fallait absolument qu’il rentre.
***

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