Chapitre 33
Le 24 décembre fut mouvementé.
Depuis la rencontre avec son passé, Naeliya n’avait pas quitté la maison de l’Oni coréen.
Refusant de sortir de ce cocon protecteur dans lequel elle se savait inatteignable, elle passait ses dîners chez Taeliya ou au restaurant, avec Jess et leur amie. Elios étant à l’école, elle ne le voyait que le soir quand il venait toquer à la porte et crier son nom pour la faire sortir. Quand elle était à l’intérieur, seule, le système de sécurité assisté l’aidait à se déplacer et à s’affairer sans se blesser ni casser la décoration du propriétaire. Quand elle entre dans les draps, elle discutait avec lui, se rassurant qu’il avait toujours un œil sur elle.
Mais voilà, le 24, elle avait dû prendre la route avec Jess et Taeliya, Elios et son frère ainsi que ses parents et les grands-parents de Tristan. Sonia et Alya les accompagnèrent, tous prenant la direction du centre commercial, afin d’y trouver les cadeaux de dernière minute et la tenue parfaite pour la soirée organisée au manoir des Carlington.
La jeune femme savait qu’elle ne verrait pas Kim avant plusieurs jours encore, ce qui l’attristait, mais elle trouvait du réconfort en la présence des deux autres partenaires d’Oni. Sa mère avait fini par accepter sa relation avec le coréen et prenait de ses nouvelles, sans chercher à la dissuader de rester avec. Ses rêves étaient calmes. Elle trouvait Samsara qui veillait sur elle.
— Naeliya, ma chérie, l’appela Laly alors qu’elles sortaient d’une enseigne connue. Qu’est-ce qu’il te manque ?
— Hm… J’ai les chaussures, la robe, le gilet… énuméra-t-elle, réfléchissant à sa liste.
— Tu as les bijoux qui vont avec ? demanda Alya.
— Ah ! Voilà ! C’est ça qui me manque ! s’exclama la jeune femme, souriant à la coiffeuse qui pouffa. Et vous, qu’est-ce qu’il vous faut ?
Elles regardèrent les listes qu’elles s’étaient faites et cochèrent ce qu’elles avaient déjà en leur possession.
— Et si on allait à la Bijouterie du Plan ? proposa Taeliya. Ce n’est pas trop cher et on pourra facilement trouver ce qu’il faut pour compléter ta tenue. On pourra aller chercher nos chaussures après.
— Je suis partante ! lança Laly, toute guillerette.
Naeliya espérait sincèrement pouvoir passer une bonne journée. Ne pas croiser une autre personne de son passé qui viendrait lui pourrir le moral ou ruiner son moment. Et, par chance, elle obtint ce qu’elle avait désiré.
En milieu de journée, tout le monde rentra au manoir, afin d’y préparer le repas de fête, terminer de poser les cadeaux au pied du sapin et d’interdire aux petits, l’accès à la salle de détente où trônait un immense sapin richement décoré. Il scintillait de mille feux. La lumière des flammes dans la grande cheminée se reflétait dans chacune des décorations qui pendaient sur les branches.
Les Clark avaient investie l’ancienne chambre de Kim. Étant assez grande et disposant de tout le nécessaire pour se doucher, dormir et ranger ses affaires, ils furent invités à tout y déposer. Ils avaient encore beaucoup de pain sur la planche, aussi mirent-ils la main à la pâte et aidèrent à finaliser les dernières préparations ou ajoutant leur grain dans des recettes déjà en train de mijoter sur le feu.
Cette soirée serait iconique et ils le savaient d’avance. Pourtant, l’absence des Oni n’échapperait à personne et c’était sans doute ce qui rendait l’instant un peu moins joyeux.
[…]
— He, ça va pas ? Demanda Orlan à Carl. Pourquoi il fait sa tête de dragon ?
— Naeliya a rencontré son ancien chéri de lycée, raconta l’Oni, jetant un regard à son ami qui passait en revu tout ce qu’il avait collecté sur ce fameux Damien dont lui avait parlé la non-voyante.
— Oh ? Je croyais qu’elle n’était jamais sortie avec un gars ?! S’étonna Martin.
— Elle est pas sortie avec, gronda Kim. Il s’est tapé sa meilleure amie devant elle.
Les Oni lui jetèrent un regard choqué.
— Doucement, mon ami, fit Tarik. Tu peux nous la refaire ?
— Cet enfoiré l’a invité à une fête et a galoche la meilleure amie de Naeliya, reprit Kim, poings serrés et mâchoire crispée.
Noah s’approcha de son second, posant une main sur son épaule, cherchant à l’apaiser.
— Qu’est-ce que tu comptes faire avec toutes ces informations ?
— Me préparer, au cas où il tente un retour auprès d’elle, gronda sourdement le coréen.
Avant même que quelqu’un ne rajoute quoi que ce soit, il reçu une notification de message vocal. Il l’ouvrit.
« Salut. Je sais que je vais pas te voir avant au moins le début de l’année, mais… je te souhaite, et aux autres aussi, de bonnes fêtes. Revenez sains et saufs. Bisous… »
Kim ne put s’empêcher de sourire.
— Avoir une compagne te va si bien, se moqua gentiment Charles.
— Attends que ce soit ton tour, mon frère, répliqua Carl.
— Oh, rien ne presse. Je ne pense pas pouvoir en trouver une un jour.
— Ne désespère pas, mon ami, renvoya Tarik.
— Naeliya a dit qu’on était tous lié à quelqu’un, dit Kim. Elles ou ils se trouvent tout proches. Vous verrez.
[…]
— Colonel ? Wow ! Si je m’attendais à vous voir en uniforme ce soir, siffla Stein, estomaqué par l’allure qu’avait l’ancien militaire dans sa tenue d’apparat de haut gradé.
— Merci, Monsieur Carlington, sourit ce dernier, tenant sa femme par la taille.
— Louisa, ma chère, voilà une tenue éblouissante, la complimenta le mafieux.
— Vous êtes extrêmement charmeur et élégant, Stein s’amusa la femme qui avait complètement mis de côté ses priori.
— Vous allez me faire rougir, dit-il.
— Alya, vous êtes resplendissante dans cette robe ! Fit la femme en admirant la compagne du mafieux.
— Merci, Louisa. Le choix était effectivement le bon, merci pour votre aide, répondit la coiffeuse avec un grand sourire complice.
— Je vois que tout le monde est presque là, remarqua le maître des lieux. Où est votre fille ?
— Avec la vôtre, Stein, répondit Christopher. Elle l’aide avec sa tenue.
— Voilà une belle amitié, sourit l’homme dangereux, avec ce ton doux quand cela concernait ses enfants.
— Papa ! l’appela justement son fils, trottinant jusqu’à lui, avec Stanislas et Elios.
— Kayle ! Je t’ai dit quoi ? Gronda Alya, arrêtant le sprinter avant qu’il ne se prenne le pied dans un bout de tapis et ne tombe.
— Et voilà l’intrépide, soupira le père, amusant ses convives. Tu veux bien aller voir où en est ta sœur ?
Le garçon se dirigea vers les escaliers, mais une voix l’arrêta.
— Pas besoin, nous sommes là !
Les têtes se tournèrent pour découvrir les deux amies, se tenant comme dans une épreuve difficile, descendant les marches avec précaution. Si l’une avait un look plutôt sage, dans une robe à manches trois quarts, avec une ouverture dans le dos, qui laissait très clairement voir sa peau, l’autre avait opté pour une jupe évasée et une chemise enfermée dans un bustier. Toutes les deux étaient ravissantes, de manières différentes, mais captivaient l’attention de tous.
Christopher lâcha sa femme pour s’approcher des marches et tendit sa main à Taeliya qui y prit appuie.
— Merci, Colonel Clark, sourit-elle en touchant enfin le sol du grand hall.
— Ma fille ! s’exclama Stein.
Taeliya laissa son amie aux soins de ses parents pour prendre la main de son père et s’approcher de lui.
— T’es belle ! dit Kayle à sa sœur qui lui caressa la tête.
— Merci. Tu es très beau aussi, répondit cette dernière.
— Maman est trop belle ! fit Elios.
— Et tu es le plus beau garçon du monde, dit sa mère, se penchant pour lui embrasser la tête.
Une mafieuse tenait Thomas, qui avait été, lui aussi, habillé pour l’évènement. Elle vint le rendre à sa mère qui le berça contre elle.
— Nous devrions faire une photo ! proposa Jess.
— Excellente idée, mon garçon. Alexei, voulez-vous ?
— Bien sûr !
Le journaliste, convié à chaque Noël, depuis le sauvetage de Taeliya, des années plus tôt, mit en place son matériel et commença à donner ses directives pour placer tout le monde autour du fauteuil dans lequel s’était installé le grand patron.
— Tout le monde est prêt ? Lança-t-il, derrière son appareil.
— Alexei, l’appela Taeliya. Venez nous rejoindre.
Il enclencha le retardateur et se précipita pour trouver une place sur le côté de cette immense famille et le flash s’actionna pile à temps. Il retourna voir l’écran et adressa au clan et à leurs invités, un sourire satisfait. Le jeune homme approcha son appareil de Stein qui hocha la tête, visiblement content.
La soirée put enfin commencer.
[…]
Le dîner était vivant. Rempli de cris d’enfants, de rires et de voix fortes ou graves pour demander à passer les plats et prenant des nouvelles du monde. Une certaine absence se faisait sentir, bien entendu, mais on chercha à la combler pour éloigner la tristesse de ceux qui se retrouvaient seuls. Elios voulait que son papa soit là, mais il avait bien conscience, malgré son tout jeune âge, qu’il ne pouvait pas être tout le temps là. Son travail était important, même s’il ne savait pas vraiment en quoi cela consistait.
Thomas, inconscient du vide que laissait Noah dans leur famille, babillait joyeusement, dégustant une purée de légumes, préparée par Laly, cette grand-mère gâteau qui n’avait pas pu résister à l’envie de cuisiner pour le petit garçon.
Les Clark, n’ayant pas l’habitude de ce genre de rassemblement, eux qui préféraient passer les fêtes entre eux, dans un calme presque inquiétant, étaient emportés par l’euphorie de la fête. Même Naeliya se prit à apprécier l’ambiance basse-cour qui régnait.
Les plats s’enchaînèrent autant que les verres de vin et les jus de fruits, jusqu’à ce qu’on apporte une bûche si grande qu’elle pouvait rivaliser avec un tronc d’arbre.
Un des hommes du clan s’éclipsa, allant enfiler son déguisement de Père Noël, pour émerveiller les enfants, et revint dans une mise en scène digne de mauvais films comique.
— Ho, ho, ho ! s’exclama-t-il, arrivant dans la cuisine, son faux gros ventre, sa barbe synthétique et son chapeau rouge qui lui grattait fort la tête, les adultes durent se retenir de rire pour ne pas gâcher l’instant magique des trois garçons.
— Maman ! cria Elios. Il existe ! C’est le Père Noël !
Son regard brillant d’émerveillement, il secoua le bras de sa mère, piétinant sur place. Stanislas, le plus vieux des trois, y croyait encore et rejoignit le garçon dans sa joie de découvrir qu’on ne lui avait pas menti. Pour Kayle, qui avait le tempérament de son père, regardait la scène, ne semblant y croire. Et quand bien même le déguisement était raté, les adultes ne pouvaient qu’apprécier la joie du trio de garçons qui criaient à tout-va.
— Je crois que notre cher Père Noël a des cadeaux pour vous, dit Stein.
— C’est vrai, Père Noël ?! s’écrièrent les trois garçons, adressant au mafieux sous son déguisement, un regard empli de reconnaissance et d’excitation.
— Eh bien, oui, les enfants ! répondit le mafieux, se frottant le ventre. Mais avant de vous les donner, est-ce que vous avez du lait et des biscuits ? J’ai fait un si long voyage pour distribuer les cadeaux aux enfants qui sont sages.
Les trois petits se tournèrent vers la cuisine et foncèrent pour y trouver un verre, du lait et des cookies qui avaient été disposés sur une table. Stanislas prit le plateau, assisté par ses deux amis qui l’aidèrent à le tenir, comme s’il pesait une tonne. Ils revinrent et firent le tour de la table pour le poser devant le faux Père Noël qui les remercia et englouti verre de lait et biscuits d’une traite.
— Ah ! Me voilà bien plein !
— On peut avoir nos cadeaux, Père Noël ?!
— Bien-sûr ! Suivez-moi.
— Il me semble que nous devrions l’accompagner, dit Alya, sur le ton du jeu.
C’est alors que la salle à manger se vida pour remplir celle où se trouvait le grand sapin avec les cadeaux à son pied.
Quand la porte s’ouvrit, Stanislas, Elios et Kayle s’émerveillèrent. Ils coururent vers l’amas de paquets bien emballés et cherchèrent leurs noms.
— Voilà mon cadeau ! S’écria Kayle en trouvant un énorme paquet.
— Le mien est là ! Fit Elios.
— J’ai le mien aussi ! S’exclama Stanislas.
— Qu’est-ce qu’on dit au Père Noël ? Intervint Taeliya.
— Merci, Papa Noël !
Ils délaissèrent leurs présents pour venir prendre le faux père Noël dans les bras. Il leur caressa la tête et dit :
— Il est temps pour moi de partir continuer ma tournée ! Bonne soirée et Joyeux Noël !
— Au revoir, Père Noël, fit Louisa de cette voix qu’elle utilisait pour les enfants.
— Au revoir, papa Noël ! L’imitèrent-ils.
Le mafieux quitta les lieux pour retourner se changer et revenir, ni vu ni connu.
— Chéri, tu veux bien nous dire ce qu’il y a dans ton cadeau ? demanda Alya à son fils qui lorgnait son énorme paquet avec curiosité.
Kayle regarda Stein, attendant qu’il lui donne son accord. D’un geste de la tête, le chef du clan l’autorisa à dépouiller le paquet de sa protection pour découvrir un vélo.
— Wow ! cria-t-il. Maman ! Papa ! Le Père Noël m’a apporté un vélo !
Alya avait dû batailler avec Stein pour ce cadeau. En mère protectrice et inquiète de la sécurité de son enfant, elle ne s’était pas sentit à l’aise quand Kayle avait mis « vélo » dans sa liste. Mais Stein avait fait installer de petites roues pour aider à la stabilité de l’engin, qu’il contait bien retirer une fois son fils habitué à rouler.
— Il est trop beau ! s’exclamèrent les deux petits qui s’en approchèrent pour faire tinter la sonnette et admirer le cadeau sous toutes ses coutures.
— Maman ! Appela Stanislas.
— Hm ?
— Y a un cadeau à ton nom. Et pour papa aussi.
— Oh ? On a été gâté ? s’étonna faussement Sonia, sachant exactement ce qu’il y avait dans les paquets.
— Les garçons, fit Laly. Et si vous faisiez la distribution des cadeaux ?
Investis d’une mission, les trois petits se mirent à investiguer, cherchant le nom sur le paquet et allant le donner à la personne concerner, offrant un sourire rapide avant de retourner à la recherche.
C’est lorsqu’ils tendirent un cadeau à Louisa que du bruit retentit dans le hall. Un silence se fit dans la salle. Les mafieux portèrent une main à leurs ceintures, où se trouver leurs armes. Qui avait bien put pénétrer les lieux sans déclencher les alarmes ?
— Ho, ho, ho ! S’exclama une voix.
— Papa ! Cria Elios.
Les Oni pénétrèrent la salle, sacs et bouquets de fleurs en mains.
— Salut, champion, sourit le géant.
L’enfant lâcha son cadeau qui tomba sur le sol et fonça, larmes aux yeux, droit vers lui. Noah l’attrapa au vol et le souleva contre lui. Son fils cacha son visage contre son cou et pleura de joie.
— Maman ! Le Père Noël a déposé papa ! Dit-il, entre deux sanglots, faisant rire l’assemblée.
— T’as vu le Père Noël ? S’enquit le démon, souriant à son enfant.
— Oui ! Il était là tout à l’heure !
— Et je l’ai manqué ? Mince !
— Chéri, murmura Taeliya.
Noah l’attira contre lui pour embrasser son front, puis celui de Thomas.
Tristan se dirigea vers ses grands-parents et Jess. Kim resta sur le seuil, ne sachant s’il avait le droit de s’approcher des Clark sans que Louisa ne le rembarre, mais il fut pris de court quand elle lui fit un signe de les rejoindre.
— Kim, dit-elle, un vrai sourire sur le visage.
Elle le prit dans ses bras, lui faisant plier son grand corps en avant.
— Bon retour, dit-elle.
— Merci, sourit-il.
Christopher et lui se serrèrent la main. Seule Naeliya n’avait pas bougé. N’osant réellement croire qu’il était là.
— Salut, mon ange, dit-il en se postant devant la non-voyante, lui caressant la joue.
— T’es là ? Vraiment là ? murmura-t-elle.
— Ça m’a fait le même effet, la première fois ! s’exclama son amie, de l’autre côté de la pièce, entourée de son mari, ses fils et son père.
— Je suis vraiment là, confirma doucement le coréen.
Naeliya tendit sa main vers le visage de l’Oni, cherchant à le toucher pour s’assurer que ce n’était définitivement pas un rêve. C’est quand elle reconnue la cicatrice au coin de la bouche du coréen qu’elle réalisa que ce n’était pas une hallucination. Il était bien là.
Kim lui prit le menton entre ses doigts et vint déposer le plus doux des baisers sur cette bouche qui n’avait de cesse de le faire fantasmer, depuis qu’il l’avait goûtée.
Naeliya se laissa aller contre lui, entourant ses épaules de ses bras tremblant, se suspendant à lui.
Son Noël serait le plus beau, parce que cette année, elle avait un compagnon, qui avait dû précipiter sa mission pour revenir en urgence, ses parents, dont la mère acceptait enfin leur relation. Des amis et une sorte de communauté précieuse qui assistait avec joie, à cet évènement.
Joyeux Noël.
***

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