Chapitre 37

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Au réveil, Naeliya avait le corps endolori. Des courbatures qu’elle avait prédit, mais dont elle ne s’était clairement pas attendu à ressentir dans de tels endroits de son corps. Un bras la retenait par la taille, la main largement ouverte sur son ventre. Elle pouvait sentir le souffle calme et posé de son compagnon contre sa nuque, éveillant en elle un désir soudain. Elle pouvait sentir la moiteur se former dans son intimité. Si elle ne se retenait pas, que penserait Kim ?

Elle tenta de gesticuler pour se dégager de son emprise, mais à peine réussit-elle à se redresser, qu’il la plaqua contre lui/

— Où vas-tu comme ça ? marmonna l’Oni d’une voix grave, encore à moitié endormi.

— Je t’ai réveillé ?

D’instinct, Kim glissa sa large main vers l’intimité de sa belle et sourit.

— Oh, je vois…

— Kim, feula celle-ci tandis qu’il s’insinuait de nouveau en elle, tentant de voir si elle était toujours prête à le recevoir.

Quand il ficha son sexe en elle, Naeliya su qu’elle ne mettrait pas le nez dehors avant un moment. Kim était insatiable. C’était un ogre, quoi que les gens pouvaient en dire, les Oni étaient de véritables ogres affamés de tout. Nourriture, violence et sexe.

— Kim ! s’exclama-t-elle quand sa main lui empoigna le sein.

[…]

Ils passèrent les trois premiers jours de la nouvelle année à s’aimer, se découvrir et partager cette fougue dans chaque recoin de la maison.

Si Christopher ne les avait pas appelés, Kim aurait pu lui faire l’amour la semaine entière, voire bien plus. Mais après trois jours, il fallait revenir à la réalité.

C’est donc le quatrième jour de la nouvelle année qu’ils se retrouvèrent tous chez les Clark, à déjeuner comme s’ils étaient une famille tout à fait normale, avec deux parents, leur fille et son époux, discutant du beau temps.

Au beau milieu du repas, on toqua à la porte. Le père se leva pour aller voir et trouva un coursier qui ne devait pas avoir plus de 19 ans, lui tendre une enveloppe.

— Bonjour, le salua Christopher, intrigué par sa venue à une telle heure de la journée, bien loin du passage habituel des postiers et de leurs camarades.

— Bonjour, Monsieur, répondit le garçon. J’ai une lettre recommandée pour… Madame Naeliya Clark.

— Oui, c’est bien ici.

— Ah ! Parfait ! Tenez, signez ici, s’il vous plaît. Voilà.

Il déchira un morceau de papier de l’enveloppe et le rangea dans une pochette, puis tendit l’enveloppe à Christopher avant de lui dire au revoir et de tourner les talons. Le père resta un moment dans l’entrée, la porte ouverte, complètement perplexe. Il inspecta la lettre jusqu’à voir ce qu’il ne s’attendait pas à recevoir.

Il referma derrière lui, l’air sombre.

— Tout va bien ? s’enquit sa femme.

Il hocha négativement la tête.

— Elle a reçu une lettre, dit-il.

— Papa ? Quelle lettre ? demanda la jeune femme, soudainement raide.

— Ton lycée. La réunion des anciens élèves, annonça-t-il.

La fille devint blême et la mère folle de rage. Kim posa sa main large et chaude sur la cuisse de sa compagne, mais il pouvait voir la panique dans les traits de son visage.

— Christopher, donnez-la-moi, demanda l’Oni, tendant son autre main pour réceptionner l’objet de tout ce chaos.

Le père la lui confia et il l’ouvrit afin de voir ce qu’il se dirait.

Il sortit une feuille et un coupon à retourner. L’odeur était infâme. Ce genre de parfum cher à outrance d’une personne qui cherchait à montrer qu’elle avait de l’argent après avoir réussi dans une carrière prestigieuse… Ou qu’elle s’est dégotée un mari richissime pour se la péter en société.

— Qu’est-ce que ça dit, Kim ? Demanda Louisa, figée sur son siège, prête à sauter sur la lettre, comme si c’était elle l’ennemi qui allait blesser son enfant.

— Bonjour à toutes et à tous, lut-il. Je suis très heureuse d’être en charge de la réunion des anciens élèves de notre lycée. Pour ceux qui s’en souviennent, je m’appelle Linda. Je vous propose de se retrouver le 6 janvier à partir de 20h au restaurant de l’Étoile, proche de l’hôtel Carlington afin de nous y rencontrer pour parler du bon vieux temps. Vous trouverez dans l’enveloppe, un bon à me retourner pour me préciser si vous venez seuls(e) ou accompagnés(e), dans les plus brefs délais. J’ai hâte de tous vous revoir !

Quand Kim se tut, Naeliya avait envie de fuir la pièce.

Linda… Celle qui fut, autrefois, sa meilleure amie. La personne en qui elle avait eu le plus confiance…

Soudain, une détermination acide la fit se redresser.

— Je vais y aller, déclara-t-elle.

— Quoi ?! s’écrièrent ses parents.

— Sûrement pas ! répliqua sa mère.

— Pour que tu reviennes encore blesser ? Je refuse ! ajouta son père.

Kim leva la main pour les faire taire et se tourna versa compagne.

— Mon ange.

— Je veux fermer cette page de ma vie, dit-elle, alors, prenant la main de son petit-ami. Kim, je veux pouvoir me défaire de tout ça et avancer. Avec toi. Avec ma famille, mes nouveaux amis… Je veux pouvoir recommencer une vie sans avoir à me battre continuellement avec la peur et les ressentiments. Je vais lui en vouloir toute ma vie, et pas qu’à elle, mais je veux pouvoir laisser tout ça derrière moi. Tu m’accompagneras ?

Kim compris qu’elle plaçait tous ses espoirs dans cette rencontre et en sa présence pour l’épauler. Elle lui faisait assez confiance pour lui donner les clés qui leur permettraient, à tous les deux, d’évoluer plus librement. L’Oni lui caressa la joue.

— Tu es sûre de toi ?

— Oui, dit-elle, se cramponnant à cette main féroce, mais qui agissait avec douceur sur elle.

Le géant pris un moment pour la sonder et pris sa décision.

— Louisa, pouvez-vous remplir le bon et dire qu’elle sera accompagnée, s’il vous plaît ?

— Kim…

— Je m’en occuperai, dit-il avec un peu plus de douceur. Votre fille veut tirer un trait sur les douleurs de son enfance et je me dois de l’y aider. Je ne la lâcherai pas, rassurez-vous.

Lui faire confiance ? Bien sûr qu’ils avaient une confiance totale et aveugle en cet homme terrifiant qu’ils apprenaient encore à connaître. Mais Naeliya savait que Kim était celui qui serait son guide dans les jours heureux comme dans la tourmante. Louisa prit le bon et alla chercher un stylo, puis se mit à remplir les lignes vides.

— Je posterai ça tout à l’heure, dit-elle.

Le reste du repas se passa dans une ambiance un peu plus sombre et froide. Mais Naeliya était déterminée à vouloir y aller pour enfin pouvoir mettre un terme aux blessures de son adolescence.

[…]

Le jour J arriva beaucoup trop vite.

L’appréhension ne l’avait pas quitté depuis l’instant où la lettre fut envoyée. Elle s’était entraînée à marcher sans sursauter au moindre frôlement de personne, à ne pas flipper quand on lui attrape le bras pour tenter de la guider, bien que le geste soit brusque, l’intention était appréciée.

Ce qui la terrifiait était surtout de se retrouver avec Linda et Damien et de retourner à ce fameux soir où tout a basculé.

Taeliya et sa bande avaient été appelés en renfort pour l’épauler dans sa préparation. Sonia avait tenue à jouer la méchante de l’histoire pour aider Naeliya à faire face aux pires critiques qu’elle pourrait rencontrer. Avoir leur soutien lui avait donné du baume au coeur. Elle adorait ses nouvelles amies et la façon dont chacune lui transmettait sa force.

— Tu es prête ? s’enquit Louisa tandis qu’elle ajustait la petite broche que lui avait confié Carl pour la protection de la jeune femme.

Un gadget qui avait déjà fait ses preuves et que Kim avait fait des pieds et des mains pour l’avoir.

— Tu te rappelles de ce que Carl a dit ? Si tu te sens en danger et que Kim n’est pas avec toi, tu appuies dessus.

— Oui, maman, souffla-t-elle.

La non-voyante était déjà assez stressée comme ça, mais sa mère venait d’en rajouter une couche dont elle se serait bien passée.

Le crissement des pneus d’une voiture qui s’arrête devant leur maison, les avertit que son cavalier était là et qu’il était temps pour elle d’affronter le monde, une nouvelle fois.

Elles descendirent quand les voix de Kim et Christopher leur parvinrent.

— Bonsoir, dit Louisa.

— Bonsoir, Mesdames, dit-il, s’approchant pour venir prendre la main de sa compagne, la guidant sur les dernières marches.

— C’est déjà l’heure ? fit la petite voix de Naeliya.

À cet instant, l’Oni pouvait voir la jeune lycéenne qui n’était plus certaine de quoi que ce soit, trop dans le mal pour réussir à vraiment assimiler ce qu’elle venait de voir et ce qu’elle s’apprêtait à faire. Il lui prit le menton et lui fit relever le visage vers le sien. Quand leurs bouches se rencontrèrent, elle s’agrippa à lui comme s’il était la bouée qui lui permettrait de traverser cette tempête.

— Je ne te lâche pas, mon ange.

Mais il pouvait bien voir l’incertitude dans ses traits et les quelques larmes qui menaçaient de couler, briller dans ses yeux. Puis il se pencha à son oreille et murmura afin qu’elle seule puisse l’entendre.

— Je ne suis jamais loin, Jeune fille.

Un doux sourire cassa ce masque de blessure.

Oui, ils étaient là, tous les deux. Ils avaient promi. Taeliya et les autres l’attendaient. Son Oni et son démon l’accompagneraient et ils repartiraient ensemble.

Naeliya prit une grande inspiration avant de se redresser et souhaita une bonne soirée à ses parents, leur embrassant les joues avant de quitter les lieux.

Peu importe ce qu’il se passerait ce soir, elle repartirait avec Kim et elle pourra laisser aller ses émotions.

***

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