Chapitre 40
— Je vais lui en faire baver, gronda le dernier membre du clan Ernandez, dans sa chambre d’hôtel sociale où il résidait depuis un moment.
L’homme qui suivait la famille Clark, et leur entourage, devenait de plus en plus instable. Il avait vu la jeune femme se déplacer entre les maisons, uniquement accompagnée de sa canne qui balayait le sol, main en avant. Il l’avait vu rire comme si tous ses malheurs avaient disparu. Il l’avait observé jouer avec les enfants de la fille Carlington.
Depuis que la famille avait élu domicile dans ce cercle ultra protégé, son désir de s’en prendre aux Clark avait pris une tournure bien plus sombre et obsessionnelle. Il rêvait de mettre la main sur la fille et de lui faire subir tous les fantasmes morbides qui lui passaient par la tête. Des choses que même les films seraient incapables de filmer sans se rendre malade.
Mais chercher à la meilleure façon de pénétrer les lieux était ce qui lui prenait le plus la tête. Naeliya Clark n’avait pas d’agenda défini. Elle bougeait en fonction de son bon vouloir et il lui était impossible à lui de pouvoir trouver le moment exact où elle serait seule, car elle ne l’était jamais. Les Oni protégeaient les leurs comme des dragons sur leur trésor.
Ses nuits devenaient des rêves où il n’arrivait plus à rien contrôler. Tantôt avec une folle envie d’éviscération, d’autres où il lui faisait subir les pires horreur et se réveillait toujours dans un état d’excitation incroyable. Comment réussir à se calmer, alors que depuis plus d’un an, il cherchait à venger son clan qui était la cause des malheurs de cette fille et sa famille ? En réalité, il ne cherchait pas à vouloir lui faire du mal pour ça. Non. Il voulait s’en prendre à la fille pour atteindre le groupe d’Oni, sans savoir dans quoi il s’embarquait.
Un matin, après une nuit particulièrement agitée à rêver de Naeliya, le corps déchiqueté, saignant abondamment et l’entendre râler après son compagnon ou demander de l’aide, il se réveilla, le corps en sueur et une sublime érection qui tendait le tissu de son caleçon humide.
Il se laissa retomber contre ses coussins, la respiration rapide et courte. Il posa son avant-bras sur ses yeux, tentant de reprendre ses esprits.
Il n’en pouvait plus. Ça le hantait et s’il n’agissait pas rapidement, cette obsession allait le tuer de l’intérieur.
Mais agir avec des dragons autour n’était pas la chose la plus simple à faire. Pourtant, si ça continuait, il allait devoir vivre avec une sorte de fantasme indéfiniment. Et bien qu’il aimât se toucher frénétiquement sur les pires rêves qu’il avait à ce propos, ce besoin d’extérioriser, simplement l’imaginer ne suffisait plus. Ça allait bien au-delà du désir de vengeance. Cette fille l’obsédait, bien qu’elle n’ait rien de particulier, mais l’envie de l’arracher à son compagnon, lui faire du mal et le voir dépérir lui procurait une sensation des plus jouissives.
— Je vais pas m’en sortit, soupira-t-il, soufflant comme s’il avait couru un marathon. Faut que j’agisse vite, sinon ça va me pourrir…
Mais la question était « comment ? ». Oui, comment allait-il s’y prendre et quand agir ? Il devait se dépêcher, car il avait la sensation que s’il tardait trop, il n’aurait plus jamais d’occasion pour passer à l’action. Toutefois, il n’avait pas assez d’éléments non plus sur cette fille, sa famille, bien qu’il connaisse le père, hormis l’accident causé par le fils de son clan, il n’avait que peu d’informations sur eux. Pire, il connaissait les Oni, mais ne les avait jamais vraiment affrontés ni ne savait qui ils étaient réellement. Il connaissait le nom de certains, comme Carl ou Orlan, peut-être même Kim, mais de là à savoir réellement qui c’était…
Mais le temps lui était compté, de là à ce qu’ils se rendent compte que la fille était suivit, il aurait déjà tiré un trait sur son désir le plus violent.
Il se décida à quitter son lit pour aller se doucher et réfléchir à un moyen de s’en prendre à elle sans se faire chopper sur le fait.
Et ce moment arriva à peine deux jours plus tard.
[…]
Naeliya avait rendez-vous à l’hôpital pour un check-up de début d’année. Il lui était obligatoire de s’y présenter pour effectuer tout une batterie de tests afin de s’assurer qu’elle était à 100 % en bonne santé et que ses yeux ne la faisaient pas souffrir. Il lui arrivait d’avoir de petites douleurs, comme des piqûres vives lui donnant parfois la migraine. Depuis Noël, elle n’en avait plus trop ressenti, mais les examens étaient obligatoires alors autant s’y plier. De plus, Kim avait insisté pour l’accompagner, mais elle savait très bien comment ça allait se terminer et c’est pour cela qu’elle avait fait appel à une guide volontaire pour l’emmener.
Ce n’était pas la même femme que la dernière fois, mais elle lui paraissait tout aussi douce et joviale que la première.
Stacy Milan, de son nom. En tout cas, c’est ainsi qu’elle s’était présentée à elle en arrivant le matin même au point de rendez-vous donné par Louisa.
Elles attendaient dans la salle d’attente des IRM quand un homme s’approcha de Stacy pour lui murmurer quelque chose à l’oreille. Surprise, elle se retourna vers lui, l’observant de ses grands yeux, mais l’homme n’avait pas l’air d’être un méchant comme on pouvait en voir de nos jours. De plus, il portait le badge professionnel d’un agent fédéral. Devait-elle quand même lui faire confiance ? Stacy ne bougea pas, faisant un signe négatif de la tête à l’homme qui alla prendre place en face d’elles, ne les lâchant pas du regard.
Quand Naeliya fut appelée, Stacy en profita pour l’accompagner et dit d’une voix blanche et paniquée :
— Il y a quelqu’un qui veut s’en prendre à cette demoiselle qui se trouve dans la salle d’attente.
Médecin, infirmières et Naeliya, tous tournèrent leurs visages vers elle. Mais alors que personne ne sut comment agir, la non-voyante fut la première à dire :
— Stacy, vous avez la possibilité d’enregistrer sur votre téléphone ?
— Euh… Ou-Oui, Mademoiselle.
Stacy fouilla dans son sac et en retira son portable qu’elle trifouilla pour activer l’enregistreur. C’est alors que Naeliya lui attrapa le poignet et l’approcha d’elle.
— Dîtes précisément ce qu’il s’est passé et qui me suis, ordonna-t-elle de cette voix autoritaire et froide qu’elle avait apprit à perfectionner auprès de son compagnon Oni.
— Un homme d’environ 1m75, cheveux cachés sous une casquette, un manteau long marron, énuméra la femme, proche du téléphone.
Elle exposa les faits et Naeliya l’écouta attentivement. Dans la pièce, le corps médical ne savait quoi faire. Était-ce une blague pour ne pas passer l’IRM ou cette fille était-elle vraiment pourchassée ? Devaient-ils agir ? Si oui, comment ? Quelle était la procédure dans ce genre de condition ?
Puis, la patiente déclara :
— Vous allez continuer à enregistrer et appeler un Oni. Mon compagnon est Kim.
Le silence fut pesant.
Les personnes présentent se demandèrent si elle n’avait pas un souci psychologique, mais quand elle força sa guide à composer le numéro et qu’une voix glaciale décrocha, ils surent qu’elle disait la vérité et la panique se fit sentir.
— Ouais ?
— Kim, c’est moi, répondit la non-voyante.
Le ton changea rapidement et se fit plus doux.
— Oh, mon ange. Je ne reconnaissais pas le numéro. Tout va bien ?
— Kim, je n’ai pas beaucoup de temps.
Soudain, le froid revint et certains se mirent même à claquer des dents.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
— Oni, écoute attentivement ce que je vais dire. Je vais être kidnappée dans les prochaines minutes voire heures.
Le silence fut pesant et inquiétant.
— J’écoute, gronda le démon à l’autre bout du fil.
— D’après ma guide, il serait un collègue de mon père. Sa description correspond à un certain Francis Gallandro. Il est arrivé presque en même temps que papa dans le service. Je crois qu’il a une fixette sur moi, mais sans preuves, je ne saurai dire pourquoi.
Tandis que Naeliya parlait, de l’autre côté, l’homme s’agitait sur sa chaise. Est-ce qu’un examen prenait autant de temps, habituellement ? Avaient-ils découvert qu’il n’était pas là pour protéger la fille, mais bien l’inverse ? Il tenta de se rassurer en disant qu’elle ne pouvait pas être aussi intelligente que ça.
Pourtant, un plan se mit en place de l’autre côté de la porte et le corps médical fut pris à partie.
Ils allaient devoir jouer et s’ils n’étaient pas assez convainquant, alors Kim s’assurerait de leur faire payer. Ils allaient devoir se coordonner et l’Oni sentait déjà l’angoisse poindre dans sa poitrine. Samsara tournait en rond, grognant, insultant et devenant de plus en plus amer, rendant malade l’humain qui n’en menait vraiment pas large.
Naeliya savait comment procéder avec eux, quand une colère les prenait. Mais cette fois, elle était la cible d’un homme qu’elle ne connaissait pas et ne pouvait savoir à quoi il ressemblait. S’il cherchait à s’en prendre à elle pour atteindre sa famille ou bien son compagnon, c’est bien qu’il était loin de s’imaginer ce qui allait lui tomber dessus.
La non-voyante arracha la broche qu’elle avait sur son vêtement et la planqua dans ses vêtements. Elle devait être certaine qu’il ne la trouve pas et que Kim ait le temps de la trouver, quand elle se ferait enlever. Stacy paniquait autant que le corps médical qui espérait encore que ce soit une blague.
— Tu as intérêt à venir me chercher, dit-elle alors que l’enregistrement tournait encore, laissant un froid glacial envahir la salle.
— Je te lâcherai pas, gronda l’Oni.
***

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