Chapitre 41
Son impatience était visible, mais la fille ne pouvait le voir, ce qui lui laissait une chance de paraître normal auprès d’elle. Sa jambe n’arrêtait pas de bouger, comme si elle était posée sur un ressort ou une pédale qui n’avait pas le moyen de s’arrêter de bouger.
Il n’avait de cesse de jeter des regards vers la porte de la salle et s’était même imaginé se lever pour enfoncer la porte et sortir la fille de là pour l’enlever devant tout le monde. Mais s’il voulait éviter la mort imminente qui semblait le guetter, il devait attendre, bien que ce ne soit pas son fort.
Soudain, la salle s’ouvrit.
Il se redressa sur son siège et entendit le médecin dire :
— Les résultats vous seront donnés à l’entrée. Nous vous reverrons dans une semaine, Mademoiselle Clark.
— Merci, docteur, répondit la guide.
Il vit la jeune femme hocher la tête, l’air visiblement inquiet, sûrement une mauvaise nouvelle pour sa santé.
Elle n’allait pas rester en vie très longtemps alors il n’y avait plus de quoi s’inquiéter pour l’avenir, elle n’en aura de toute façon plus aucun, une fois qu’il l’aura embarqué.
Quand Stacy referma la porte, elle glissa une petite phrase à l’oreille de la non-voyante qui hocha la tête, serrant son avant-bras. Il ne savait pas ce qu’elles se disaient, mais craignaient réellement que sa couverture était grillée. Il n’avait pas envie de précipiter les choses, quand bien même son désir de torture commençait à lui dresser le sexe. La sueur commençait à lui glisser dans le dos, signe que son envie d’elle… ou du moins de ce qu’il imaginait lui faire, pressait son corps d’assouvir ses pulsions rapidement.
— Mademoiselle Clark ! s’exclama-t-il quand elles s’approchèrent de lui. Francis Simon, je suis un collègue de votre père.
— Oui, répondit Naeliya, tentant de ne pas sursauter. Bonjour, est-ce que tout va bien ?
— Bonjour, répondit-il, souriant doucement à une femme qui ne le voyait même pas et rien que ça, il s’en délectait. Il y a un souci au bureau, votre père m’a chargé de venir vous récupérer pour vous mettre en sécurité.
Naeliya aurait pu en rire tellement c’était flagrant qu’il n’était pas là avec de bonne intentions. Elle pouvait l’entendre dans sa voix et sentir son attitude un peu trop empressée.
— Et ma guide ? demanda la jeune femme.
— Elle peut nous accompagner si vous le souhaiter, répondit-il, tentant de cacher son agacement. Mais pour sa sécurité et la vôtre, il est conseillé qu’elle soit mise à l’écart.
Kim pouvait tout entendre et enrageait. Cette voix, il l’avait reconnue et il savait qui allait être son adversaire. Il s’en voulait de ne pas avoir accompagné lui-même Naeliya à ses rendez-vous, car il avait lui-même eu des réunions de son côté. Quand la jeune femme l’avait appelé, c’était justement en plein milieu d’une d’entre elles et sa réaction avait inquiété tout le monde. Maintenant, ils savaient ce qui allait se passer. Kim avait laissé le haut parleur de son téléphone activé, tandis qu’il frappait frénétiquement sur les touches de son clavier, cherchant la moindre information sur l’homme que lui avait décrit sa compagne.
Il ne lui fallut pas longtemps pour découvrir qui était l’enfoiré qui allait enlever sa moitié.
Samsara était en nage à force de s’énerver et de vouloir voler au secours de la belle.
— Je vais vous guider, Mademoiselle. Par ici.
C’était presque le moment de lancer les chiens, mais avant ça, elle devait agir normalement. S’arrêter à l’accueil, récupérer ses affaires, puis accompagner l’homme à l’extérieur avant de disparaître. Le traceur qu’elle possédait ne marcherait probablement pas longtemps, car il allait l’inspecter, sauf s’il était beaucoup trop empressé. Elle n’avait pas beaucoup de temps avant que plus rien d’elle ne soit trouvé. Il fallait qu’elle appuie sur la broche, une fois dans la voiture et qu’elle laisse le traceur quelque part. Mais plusieurs questions lui vinrent à l’esprit.
Et si, il feintait ? S’il décidait de l’emmener quelque part, abandonnant la voiture ou alors changeant de lieu ou encore que celui-ci puisse être blindé pour brouiller les capteurs du traceur ?
T’as écouté trop de podcast et de films, ma grande, soupira-t-elle intérieurement.
Soudain, une pensée la frappa. Les rêves ! Elle pouvait voir les lieux où elle se trouvait, dans les rêves qu’elle partageait avec Kim, Samsara et son père ! S’il l’assommait, est-ce qu’elle arriverait à savoir où elle allait ? Pas sûr. Mais c’était à essayer. Elle devrait sans doute jouer un peu plus en lui faisant croire qu’elle se sent à l’aise avec lui pour « dormir » durant tout le trajet. Si tant est qu’il ne lui injecte rien au passage.
Vraiment ? Injection, Naeliya ? Tu t’es cru dans un film d’action ou quoi ?
Stacy se tendit, mais il eut suffi d’une pression de sa part sur son avant-bras pour qu’elle cède. Le plan était qu’elle accepte de laisser la non-voyante avec l’homme et qu’elle fasse mine de repartir. Pendant ce temps, l’hôpital mettait déjà une alerte enlèvement et Stein Carlington allait devoir contacter Christopher Clark. Kim gardait un œil sur sa belle, jusqu’au moment où elle se sera volatilisée des radars.
[…]
Il n’y croyait pas ! Elle était si naïve et facilement contrôlable ! Un véritable bonheur pour son plan salace et pervers. Il n’en revenait pas à quel point cela avait était si simple de la convaincre qu’il était là sous les ordres de son père pour la mettre en sécurité. Elle n’avait même pas cherché à contacter Christopher Clark pour savoir si c’était vrai ou pas.
La bêtise de cette femme la perdra.
Elle ne vivra pas longtemps, de toute façon, sourit-il pour lui-même, accompagnant la jeune femme vers sa voiture.
Il la fit entrer et l’aida à s’installer, tentant de réfréner son envie d’accélérer le pas pour arriver à son but final. S’il faisait tout trop vite, elle le devinerait et s’en serait fini pour lui. Il se mit au volant et démarra le moteur.
Après quelques minutes à rouler, il la vit bailler et son sourire se fit encore plus large. C’était beaucoup trop facile ! Et il aimait ça.
Pourtant, Naeliya ne dormait pas. Elle comptait les virages, le kilométrage, etc. Elle essayait de deviner le chemin prit pour mieux se le refaire une fois réellement en rêve avec les trois hommes de sa vie. En espérant qu’ils ne fassent pas un bain de sang avant de la retrouver. Kim devait la surveiller depuis les caméras de la ville, mais si le véhicule allait plus loin, se serait problématique et tous savaient ce qui allait se produire. Aussi ne fut-elle pas surprise quand elle sentit un terrain moins lisse sous les roues de la voiture, faisant bondir cette dernière à chaque creux ou branches et cailloux sur le sol.
Quand ils arrivèrent finalement à destination, l’homme jubilait, mais se demandait comment il allait devoir s’y prendre maintenant. Devait-il la réveiller ? La porter ? Elle avait l’air lourde, pourtant. Mais dans un souvenir fugace, il revoyait l’Oni la soulever dans ses bras comme si elle ne pesait rien. Aurait-il la même force ?
Il immobilisa son véhicule, coupa le moteur et descendit. Quand il arriva devant la portière passagère, il hésita, puis ouvrit et se décida qu’il allait la soulever, ne voulant pas prendre le risque qu’elle se réveille et pose des questions. C’est l’instant qu’utilisa Naeliya pour laisser tomber le traceur, juste avant de rentrer dans la maison où elle serait prisonnière.
Elle écouta les pas, le craquement du bois autour d’elle. La puanteur de l’endroit lui pris à la gorge, mais elle se retint de tousser, ne voulant alerter son ravisseur qu’elle ne dormait pas.
Pourtant, intérieurement elle éclatait de rire en l’entendant souffler comme un bœuf tout en la portant.
Ça fait le garçon, mais on est incapable de porter une femme en détresse ? pensa-t-elle. Kim et Monsieur Samsara seraient à la fois morts de rire et offusqués de sa performance.
Comment arrivait-elle à penser de cette manière, avec humour, alors qu’elle n’était pas en bonne posture ? Elle n’en savait rien, mais après s’être fait humilier, puis percuter et avoir perdu la vue, etc. Elle en avait donc pas mal bavé, déjà. Cependant, elle ne savait pas ce qui l’attendait avec cet homme, mais elle pouvait sentir qu’elle ne serait pas bien traitée et qu’il n’avait pas de bonnes attentions. Si elle continuait à feindre le sommeil trop longtemps, il risquait de comprendre qu’elle jouait la comédie.
Elle sentit l’odeur de son environnement changer et devenir plus froid, plus métallique. Où l’avait-il emmené ? Il descendit un escalier et arriva dans une pièce qu’elle ne saurait décrire tant les bruits et les odeurs étaient… difficiles à comprendre. L’une d’elle lui sauta pourtant à la gorge.
Du sang.
Il la laissa tomber sur un matelas qui devait en avoir vu d’autres et dont l’épaisseur était à peine plus qu’une rame de papier. Un gémissement se fit entendre à côté d’elle, comme un râle étranglé de quelqu’un qui n’arrivait plus à respirer ou avait du mal à inspirer et expirer son air. Elle n’était donc pas seule dans cet enfer. Mais est-ce que l’autre personne allait la quitter en cours de route ou tiendrait-elle jusqu’à ce que Kim arrive ? Telle était la question.
L’atterrissage sur le matelas fut brutal, mais elle se retint de faire la moindre remarque qui pourrait la trahir. Pourtant, la douleur qu’elle ressentit au moment où son corps toucha lourdement le matelas peu épais lui donna envie de pousser un son, mais elle se retint de justesse. Seule sa respiration se coupa quelques secondes avant de revenir à la normale, ce qui n’alerta pas l’homme qui se mit à rire devant le spectacle.
Il avait réussi ! Il avait réussi à enlever la jeune femme qui torturait ses nuits et détruisait son esprit à force de lui faire inventer des scénarios des plus tordus et exceptionnellement gores qui lui donnaient pourtant des désirs sexuels à n’en plus finir.
— Enfin ! souffla-t-il, tentant de reprendre sa respiration. Enfin je t’ai ! Je vais pouvoir m’amuser et ton copain ne te retrouvera jamais. Ou alors quelques morceaux, une fois que j’en aurai fini avec toi. Mais pas ce soir. Je vais… J’ai beaucoup de choses à préparer pour toi.
L’autre personne tenta de gémir, mais l’homme lui envoya une réplique cinglante, faisant pleurer sa captive.
Naeliya se retenait si fort de dire quoi que ce soit. Il lui fallait d’abord découvrir où elle était et pour ça, elle devait entrer en contact avec Samsara.
La jeune femme écouta les pas de l’homme s’éloigner, puis refermer une lourde porte avant de quitter les lieux.
— Qui est là ? demanda-t-elle.
— I… Ici, murmura une voix. Vous…
— Je m’appelle Naeliya. Et vous ?
— M… Mafia, lui répondit l’autre femme.
— Mafia, enchantée. Depuis combien de temps vous êtes là ?
Naeliya devait confirmer ses soupçons, mais aussi avoir le plus d’informations possibles pour les donner aux démons.
— Je… Je ne sais plus… Une semaine ? Un mois ? J’en sais rien…
— Est-ce que je peux demander comment vous avez fini avec lui ?
Naeliya restait douce, comprenant que Mafia devait être au comble de la panique et d’une angoisse sourde. Il lui fallait agir avec prudence et calme, bien qu’elle se trouve dans une situation similaire avec pour programme, une mort douloureuse.
Mafia réussit à lui raconter le jour où elle avait été enlevée et se rendit compte que l’homme l’avait prise afin de s’exercer sur elle avant de pouvoir l’atteindre. Mafia n’était qu’un dommage collatéral et, malgré le fait qu’elles étaient toutes les deux innocentes, Naeliya s’en voulait.
— Mafia, j’ai besoin que tu me fasses confiance. Je dois faire quelque chose qui va nous aider toutes les deux. Tu es attachée ?
— O… Oui… Il… Il m’a enchaînée, mais je peux… bouger un peu…
C’était bon à savoir.
— Est-ce que tu as la capacité de voir la pièce où nous sommes ?
— Oui.
— Je suis aveugle, Mafia. Il me faut donc le maximum d’informations et savoir si tu peux me toucher.
Comprenant que la situation devenait délicate, Mafia hocha la tête, cherchant du regard la moindre chose qui pourrait l’aider. Mais rien n’était à sa portée. Elle se glissa, trop blessée pour se relever, vers la nouvelle venue et lui toucha l’épaule droite. Elle la vit sursauter.
— Bien, soupira Naeliya. Reste près de moi pendant quelque temps et quand tu entends du bruit, tu me secoues. D’accord ?
Ne comprenant qu’à moitié ce qu’elle lui disait, la captive se contenta d’un petit son approbateur.
Naeliya se laissa glisser dans un vrai sommeil cette fois.
[…]
Quand elle ouvrit les yeux, elle trouva la maison de l’Oni sens dessus dessous.
— Monsieur Samsara ! Kim ! Papa ! Hurla-t-elle.
Du bruit lui répondit et elle vit le démon de son compagnon se figer dans l’embrasure de la porte.
— Naeliya, murmura-t-il avant de se précipiter sur elle pour la prendre dans ses bras. On est tous mort d’inquiétude. Où es-tu passée, jeune fille ?
— Monsieur Samsara, dit-elle, lui tenant les avants-bras. J’ai besoin que vous m’accompagniez pour le savoir.
— Attends. Utilises-tu le rêve pour te repérer ?
— Oui. J’y ai pensé sur le chemin, dit-elle.
La créature ne put s’empêcher de sourire face à l’intelligence de cette femme qui était, en partie, la sienne.
— Allons-y.
Tous deux sortirent de la maison et elle se refit le chemin pour voir apparaître un nouveau décors bien plus sombre que le fameux square où elle apparaissait chaque soir. Là, c’était un bois humide et moisie, une maison qui ne tenait plus que sur des murs de briques qui n’étaient plus de la première fraîcheur. Samsara lui prit la main et ils avancèrent vers l’intérieur du bâtiment en ruine pour trouver la porte qu’elle avait descendu. Et c’est là où elle retint un cri de panique. La salle était fermée. Du métal partout, des chaînes et des planches comme dans ces fameux films d’horreur qu’elle avait pu voir étant gamine. Ce genre d’assemblement pour découper ou disséquer un cobaye vivant. Des outils sur une table qui avait dû être nettoyée, une fois dans sa vie, mais qui aujourd’hui regorgeait de sang sec. Puis elle la vit.
Mafia.
— Oh, mon dieu, murmura-t-elle en découvrant ce qu’il lui avait fait.
— Qui est-ce ? demanda la créature qui bouillonnait de rage face à ce décor macabre.
— Mafia.
— Une amie ?
— Non, mais il l’a enlevé pour tester des choses sur elle avant de me les faire à moi, déclara Naeliya, le regard braqué sur la jeune femme, terrorisée, se tenant juste derrière elle. Kim doit me retrouver… et vite.
Soudain, Mafia se mit à bouger et à secouer la non-voyante.
— Je vais le guider, dit Samsara, embrassant le front de la jeune femme. Tu sais quoi faire.
— Dépêchez-vous…
***

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