Chapitre 42
Naeliya se réveilla, secouée par Mafia, en totale panique, qui désespérait de la voir se tourner vers elle et lui dire que tout irait bien. Les bruits de pas se rapprochaient et la captive, trop fatiguée par ses mauvais traitements, sentait l'angoisse lui serrer les tripes. Soudain, alors que les pas s'arrêtèrent devant la porte blindée, elle vit la femme aveugle tourner la tête vers elle. Mafia poussa un long soupir de soulagement, assez douloureux pour elle.
— Ne faites plus de bruit, chuchota Naeliya.
Mafia hocha la tête, elle se recroquevilla sur elle-même et reprit sa place, loin de la non-voyante, attendant que la porte ne s'ouvre.
— C'est quoi ce bordel ? entendirent-elles venir de l'autre côté.
— Ce n'est pas sa voix, souffla Naeliya, sourcils froncés et le visage tourné vers la porte.
Mafia y vit là une chance de pouvoir être libérer, mais avant même qu'elle ne prononce le moindre mot, la nouvelle captive lui fit signe de la main de se taire. Le visage de la non-voyante exprimait quelque chose de froid, de dangereux. L'angoisse s'intensifia dans tout son corps et Mafia cru qu'elle allait mourir de suffocation.
— Hé ! Y a quelqu'un, là-dedans ?! s'exclama l'homme, tambourinant contre la porte. Il m'avait pourtant dit que c'était ouvert et que je pouvais entrer comme je voulais... Sale menteur ! Il va me le payer !
Les pas rebroussèrent chemin après cinq minutes à frapper et secouer le blindage qui n'avait pas bronché. De nouveau seules, les deux femmes purent souffler.
— Mafia, j'ai besoin de savoir s'il y a des caméras de surveillance dans la pièce. Pouvez-vous me dire si vous en voyez ?
— Ou... Oui, murmura la jeune femme, qui souffrait terriblement de ses blessures.
Qu'allait faire une non-voyante, captive et visiblement la cible originale d'un malade mental, d'une information comme celle-ci ? Pourquoi s'était-elle endormie à peine arrivée pour revenir même pas 10 minutes après sans bailler, le corps déjà en alerte ? Il y avait trop de choses qui n'allaient pas, mais elle se plia à la question et jeta un coup d'œil dans la salle éclairée par des fenêtres très hautes et trop petites pour s'enfuir. Ses yeux balayèrent les murs et le plafond, cherchant à voir s'il y avait un point rouge qui indiquerait qu'une caméra se trouvait dans le coin.
— Ne vous fiez pas à ce que vous savez, entendit-elle. Certaines n'émettent pas de lumière.
Comment savait-elle cela ? Qui était-elle ? Pourquoi semblait-elle si calme alors qu'elle-même était terrorisée ?
Mafia agonisait de l'intérieur et mentalement parlant n'était pas loin de craquer. Elle avait mal, était terrifiée et le comble, elle devait jouer les détecteurs de caméra pour une non-voyante qui était le projet de science de base d'un fou dérangé et pervers.
Mafia se concentra et fit de son mieux, mais son regard s'agrandit de surprise et d'horreur quand elle remarqua qu'effectivement, il y avait des tas de petites caméras pointant sur elles.
— Co... Comment vous avez su ? S'étrangla-t-elle.
— Désignez-les-moi.
Mafia ne posa plus aucune question. Elle se contenta d'indiquer les positions de chacune et entendit Naeliya les répéter, comme si elle parlait à quelqu'un qui se trouvait dans sa tête ou un fantôme – coucou Casper – et elle la prit pour une folle.
— Il y en a une au-dessus de la porte.
— Au-dessus de la porte... Facile pour savoir qui est entrée. Les autres caméras donnent sur tous les angles de la pièce. Hm... On peut voir qui entre et qui sort. Je n'ai rien senti en arrivant, donc probablement pas de prise de vue sur l'entrée de la maison. Facile d'y pénétrer sans être repéré...
Naeliya avait gardé quelque chose sur elle. Quelque chose que Kim lui avait confectionné et qui serait difficile à lui arracher. Les Oni étaient des professionnels dans l'art de la discrétion et dans la création de gadgets technologiques qui leur permettaient de rester en contact ou même de protéger les leurs. Depuis la première grossesse de Taeliya, ils avaient bossé comme des dingues pour se préparer à la moindre éventualité. Kim avait tout fait pour que ses projets soient les meilleurs et que plus jamais ce que la princesse avait vécu ne se reproduise. C'est pourquoi, quand sa relation avec Naeliya s'était endurcie et officialisée, il l'avait bourré de gadgets afin de l'aider dans son quotidien, mais surtout de la protéger.
Alors, dans son oreille se trouvait une petite puce qui lui permettait de communiquer avec n'importe qui des Oni, si jamais elle était dans une mauvaise posture, comme celle d'aujourd'hui.
La voix de Carl lui répondait. Kim avait presque fini de localiser le traceur et Noah avait démarré le moteur du SUV. Une équipe se chargerait de retrouver ce malade.
— Je ne suis pas seule, dit-elle. Non. Une femme, d'environ mon âge. Gravement blessée. Oui. Il l'a enlevé pour se préparer à me faire pareil.
Mafia écoutait, sans savoir qu'en réalité, Naeliya leur sauvait la vie.
Carl notait chacune de ses réponses, mais plus il en apprenait, plus la fureur de l'Oni devenait forte. Cette femme n'avait rien mérité pour terminer victime d'un dingue à ce point. Ils avaient un nom, une identité, mais le fait de savoir qu'une autre femme se trouvait là, cobaye d'un désir pervers d'un fou en quête de vengeance... Carl allait être hanté par ça.
Il adorait la jeune femme. Sa famille était charmante aussi. Mais elle avait réussi à les aider à comprendre ce que Taeliya avait pu déclencher en entrant dans leurs vies, des années plus tôt.
Naeliya avait une perception du monde qui était bien différente de celle qu'avaient les voyants. Carl se refusait à perdre cette femme, et encore moins à perdre son meilleur ami, par la même occasion. Il ferait tout pour la retrouver et la protéger.
Soudain, du bruit se fit entendre dans la salle où les filles se trouvaient. Des rires gras, des insultes et des phrases que tous purent entendre. Puis, le cri strident de Naeliya les glaça. Christopher, avait reconnu la voix de l'homme et son visage s'était pétrifié. Louisa n'était pas avec eux, dieu merci. Jess l'avait conduite immédiatement au manoir Carlington, afin de la mettre en lieu sûr, pendant que les Oni et lui allaient se charger de retrouver Naeliya et de sauver la deuxième captive. Mais le cri... Ce cri, personne ne l'oublierait. Il était perçant, aussi fort que celui d'une Banshee tant sa voix avait prise un timbre que personne ne pouvait connaître, humainement parlant. Kim sentit son estomac se retourner et Christopher eut envie de vomir. Les Oni et même Noah restèrent figés sur place, terrorisés.
Que lui faisait-il ? Mais les rires de l'homme ne furent que plus intense. Puis, un bruit d'os qui craque et un grondement sourd se fit entendre.
— Sale garce ! Tu te défends, hein ? Mais qui va te protéger ? Tu vois rien, sale aveugle de merde ! Ton papa n'est pas là ? Et ton larbin de copain non plus ? Ha ha ! T'es seule, dans le noir complet et je vais enfin m'amuser !
Kim n'attendit plus une seconde de plus.
Il quitta le QG, prit sa propre voiture et démarra. Mais avant même de partir, Christopher s'installa à ses côtés. Il savait qu'il s'exposait à un danger mortel en entrant dans la voiture d'une de ces créatures en colère. Pire, en étant assis à côté de Kim. Car il avait bien compris, à force de les côtoyer, que c'était un tueur terrifiant. Au point ou Carl et le chef devaient s'y mettre à plusieurs pour le retenir.
— Fonce, mon garçon, lui dit-il simplement.
Ni une ni deux, Kim fit vrombir le moteur et la caisse partie, laissant le groupe d'Oni sur place. Mais très vite, leur SUV les colla. Ils n'avaient pas perdu de temps et c'était tant mieux. Kim avait réussi, plus ou moins, à trouver la zone dans laquelle se situait la maison des horreurs. Il leur faudrait un peu de temps avant de pouvoir atteindre la ruine et de trouver Naeliya avant qu'il ne lui arrive quelque chose qui déclencherait sa fureur.
[...]
Dans la salle, Naeliya ne se serait jamais attendu à être attaquée de la sorte, à peine dix minutes après le départ de l'inconnu.
La lame l'avait traversée au niveau de sous les seins et lui avait entamé le ventre. La douleur avait été telle que même Mafia en avait vomis d'horreur. Elle-même avait subit ses jeux pervers, mais jamais il ne s'était lancé dans ce genre de dépeçage vivant. Mafia avait cru qu'il attendrait pour faire subir à la non-voyante la même chose qu'elle, viol avec, vu qu'il n'avait pas arrêté de lui en parler et de s'extasier sur ses désirs fous. Mais à peine était-il revenu qu'il l'avait attrapé pour lui planter sa lame sous les seins et commencé à la faire descendre, faisant hurler la pauvre femme de façon si horrible que tout son corps s'était mis à convulser et ses tripes s'étaient retournées pour lui faire vomir sa bile.
Mais maintenant, elle le voyait baver sur le ventre presque ouvert de la non-voyante qui hurlait de douleur, attachée sur la planche froide. Du sang glissait sur le sol et elle pouvait voir, avec horreur, qu'il se caressait l'entrejambe devant ce spectacle, sans doute édifiant pour lui, mais terrifiant et digne d'un film d'horreur.
Puis, un rugissement glacial fit vibrer les lieux. Elle ne savait si c'était son imagination dut à la fatigue ou bien un animal qui s'était introduit, attiré par l'odeur du sang, mais ce son sombre et froid lui fit presque avoir une crise d'angoisse. La porte blindée, qu'elle pensait infranchissable, subit un coup qui la déforma. L'homme se stoppa dans son geste, relevant la tête. Mafia ne saurait dire s'il s'était attendu à cette intrusion ou s'il la redoutait. Quoi qu'il en soit, il devint de plus en plus blanc à mesure que la porte se déformait jusqu'à la voir s'ouvrir et aller se fracasser contre le mur, laissant entrer un homme qui n'avait clairement pas l'air heureux d'être là.
— Qui...
L'inconnu était suivi d'un autre qui cria le nom de la non-voyante et le pervers devint livide.
— Naeliya ! s'exclama le deuxième homme se précipitant vers la table, mais se figea une fois le pervers écarté.
— Kim... souffla la non-voyante, combative malgré la douleur. Ne... regarde pas...
Kim ? L'homme en colère, visiblement.
— Amour, gronda la voix froide et tranchante de l'homme coréen qui avait le regard figé sur l'ouverture. Ferme les yeux.
— Kim ! s'exclama un autre qui entra dans la pièce.
Mafia regarda la scène, pétrifiée, n'osant crier ni esquisser le moindre mouvement, de peur d'attirer l'attention de l'asiatique qui semblait n'avoir d'yeux que pour ce pervers qui se mit soudainement à rire. Un rire de dément, comme s'il était possédé par un quelconque démon ou complètement shooté par une drogue puissante qui l'aurait plongé dans un monde hilarant.
— Colonel ! S'écria une voix. Oh, merde... Boss, il faut l'amener à l'hôpital et vite ! Il l'a ouvert comme un sac de sport !
— Joe est prévenu. Elle a dit qu'il y en avait une autre, pouvait entendre Mafia, à travers le fou rire de son kidnappeur.
— Là... souffla Naeliya, pointant du doigt l'endroit où se trouvait Mafia.
— Restez immobile, Mademoiselle Naeliya, on va s'en occuper. Vous devez rester consciente jusqu'à ce que Joe vous emmène au bloc.
Mais elle était en mauvais état. En plus de son ouverture de corps, elle avait reçu des décharges qui avaient fait éclater certains vaisseaux sanguins dans ses yeux. Christopher voulu assister Kim pour s'occuper de cet enfoiré, mais sa fille, son enfant unique, avait besoin de lui.
— Carl, Dorian et Tristan. Vous accompagnez le Colonel et les deux femmes, ordonna un homme que Mafia comprit être le chef de ce groupe terrifiant qui venait d'entrer.
Mais comment la faire sortir sans que ça finisse en carnage ?
Mafia vit un autre s'approcher, une trousse de premiers soins avec lui. Il donna quelque chose à la jeune femme, qu'elle mordit tandis que dans ce cafouillage d'horreur, il s'assure de recoudre partiellement la blessure et de la protéger pour le convoi. Le dénommé Carl s'approcha de Mafia. La jeune femme, terrifiée, se recula le plus possible. Elle ne comprenait rien de ce chaos et ne voulait qu'une chose, que tout ceci s'arrête.
— Mafia, c'est ça ? entendit-elle provenir de cette voix rauque et sombre qu'il possédait.
Elle hocha timidement la tête, ne sachant s'il était de son côté ou s'il voulait simplement l'amadouer pour mieux lui faire du mal après. Puis, la voix de Naeliya lui parvint, faible et lointaine, mais tout de même assez audible pour comprendre ce qu'elle lui disait.
— Ce sont des amis... Tu es en sécurité...
Pouvait-elle la croire ? Ne délirait-elle pas ? Pourtant, l'homme qui l'accompagnait, le « colonel » semblait être quelqu'un de beaucoup trop proche pour être un méchant. Son regard sur elle ne trompait pas.
— Je m'appelle Carl, se présenta alors l'armoire à glace terrifiante, accroupi devant elle. Naeliya est une amie. Elle nous a prévenu que tu étais là et nous a demandé de venir t'aider.
Mafia jeta un coup d'œil surpris mélangé de reconnaissance et de larmes vers le brancard de fortune qui quittait déjà les lieux. Prise de panique, elle voulu se lever pour courir ver eux et s'accrocher à la non-voyante qui, bien qu'elle sut dans quoi elle s'était embarquée, l'avait compté dans son sauvetage.
— N... Naeliya ! s'écria-t-elle enfin, perçant le brouhaha des rires du taré qui reculait contre le mur, cherchant à fuir l'asiatique qui dégageait une aura qu'elle ne saurait décrire.
— T'en fais pas, dit Carl. Tu vas l'accompagner. Je vais m'approcher et te retirer tout ce bordel, ok ?
Mafia cessa ses cris et se concentra sur l'homme qui fit un geste vers elle. D'instinct, elle recula, tremblant de tout son corps, les larmes lui brouillant la vue et les dents claquant comme si elle avait été plongée dans une baignoire d'eau glacée. Pourtant loin d'être agacé, l'homme imposant prit son temps et ne cessa de lui parler, gardant son regard fauve braqué dans le sien. Il réussit à atteindre les chaînes et les brisa sèchement.
— Tris' ! Pousse-toi ! s'exclama-t-il, en la voyant détaller vers la non-voyante qu'ils montaient déjà pour la faire sortir de cet enfer.
Tristan eut à peine le temps de se tourner qu'il fut poussé par la furie blessée qui attrapa un côté de la table qu'ils avaient subtilisée. Mafia avait les larmes au yeux, laissant l'eau glisser sur ses joues sans rien dire, observant cette femme qui venait de lui sauver la vie.
— Alors ? Entendirent-ils provenir de la salle. Qu'est-ce que ça fait de voir ta copine mourir devant tes yeux ? Dommage que vous soyez arrivés si vite. J'avais de grands projets pour elle !
— Ma femme vivra, gronda la voix du coréen que Mafia trouva terrifiante voire inhabituellement sombre pour un être humain.
— La femme d'un Oni n'est rien d'autre qu'un jouet !
— Petite, dit alors celui qu'elle pensait être le père de Naeliya. Il serait bon pour toi que tu te bouches les oreilles. Ce qui va suivre n'est pas à entendre pour les personnes fragiles.
L'insultait-il ?
Mais l'instant d'après, un hurlement encore plus terrifiant que celui de Naeliya, quelques instants auparavant, déchira le silence des bois. Aussitôt, elle lâcha le brancard de fortune et plaqua ses deux mains sur les oreilles, aussi fort qu'elle le put.
Ce cri-là, elle ne l'oublierait jamais.
***
Créature mythique des légendes celtiques irlandaises. Concidérée comme la messagère de l'Audelà. Elle possède un cri perçant qui ferait peur aux morts et serait annonciateur de mort ou de catastrophes.

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