Chapitre 47

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Au manoir, Louisa avait décidé qu’ils fêteraient l’anniversaire de sa fille. Avec la complicité de Taeliya, elle put organiser, en un temps record, tout une fête dans la grande salle de réception que Stein utilisait pour célébrer ses enfants et ses petits-enfants. Les grands-parents de Tristan s’étaient même proposés pour jouer les traiteurs gastronomiques et avaient embauchés leur petit-fils et son compagnon, ainsi que Stanislas, Elios et Kayle pour préparer les gâteaux, amusant ainsi le trio infernal. Thomas étant trop petit encore pour tenir une cuillère, restait avec la nourrice du clan. Mais il fallait faire vite, car les Oni allaient très vite revenir et avec eux, Christopher et sa fille.

C’était l’effervescence dans le manoir, à tel point que même Stein se mit à courir partout pour préparer la fête, ce qui était une première. Lui qui ne s’impliquait que pour ses enfants et ses petits-enfants, voilà qu’il devait mettre la main à la pâte pour préparer sa maison à la fête d’une autre. Un comble ! Mais c’était le bonheur de sa fille, alors il s’y pliait volontiers. Aliya aimait le voir ainsi rayonner au bon vouloir de son bébé qui avait si bien grandit.

— Ils sont là ! s’exclama Sonia, entendant des crissements de pneus devant la grande bâtisse.

— Déjà ?! s’écria Louisa en panique.

— Ne vous en fait pas, Louisa, la rassura Taeliya, ajustant sa tenue pour accueillir ses hommes et son amie ainsi que l’ancien militaire. Tout est prêt et on pourra même la divertir le temps de terminer de placer les gâteaux. Laly et Gérard ne vont pas tarder à arriver avec le reste.

Louisa espérait avoir plus de temps pour préparer le 25e anniversaire de sa fille, mais les Oni avaient visiblement décidé que leurs affaires étaient fini et qu’il fallait rentrer faire leur rapport.

— Je vais les accueillir, dit Stein, voyant la panique dans les yeux de la mère. Continuer de préparer la salle.

— Vous feriez ça ? S’étonna Louisa qui ressentit une once d’espoir que ce qu’elle avait imaginé pour son enfant serait enfin terminé à temps.

— Entre parents adorant nos enfants, dit-il, un sourire poli et chaud sur les lèvres. Nous nous comprenons, chère Louisa.

Elle lui rendit son sourire et disparue avec les autres.

Stein se plaça sur le perron du manoir, bras croisés sur sa large poitrine et regarda le groupe quitter leurs véhicules. Il était admiratif de cette fille qui avait bravé autant de mers agitées que sa propre enfant. Mais savoir qu’elle recouvrait doucement la vue était un bonheur que lui-même avait expérimenté en apprenant que sa fille pouvait donner la vie sans mourir. Oui, il comprenait très bien les Clark et c’est pour cela qu’il appréciait leur compagnie, ainsi que ses échanges avec Christopher.

Les deux hommes se jaugèrent du regard et un signe de tête respectueux se fit entre eux.

— Ma chère, vous devriez vous reposer un peu. Je ne doute pas que ce que vous avez pu vivre là-bas vous ai fatigué, dit-il en les accueillant.

— Merci, Monsieur Carlington, répondit-elle, soutenue par son père, Kim légèrement derrière elle, regardant chacun de ses gestes, près à la rattraper.

— Où sont les garçons ? Demanda Carl, ne voyant presque personne dans le grand hall.

— Avec Laly et Gérard, répondit Stein, de façon très évasive, comme si sa question l’importunait.

Suspicieux, les Oni s’échangèrent des regards, puis, Kim se figea.

Oh ! C’est donc ça, sourit-il pour lui-même.

Quoi ? Que se passe-t-il encore, humain ? demanda Samsara, curieux.

Louisa préparait l’anniversaire de Naeliya pendant qu’on était au QG.

Kim adressa un regard à son ami et chef qui retint un sourire amusé.

Les Oni comprirent très vite et eurent beaucoup de mal à retenir leur amusement et l’excitation que cela apportait. Jouant le jeu, ils se laissèrent guider vers le salon de détente et les hommes expliquèrent la situation à Stein qui perdit son envie de rire, durant un instant.

— Voilà une expérience que j’aurais apprécié découvrir avec vous, Colonel Clark, dit-il, faisant mention de la séance d’électrochoc improvisée.

— C’est un talent que j’ai possédé et que j’utilise que très rarement, maintenant, répondit
Christopher, buvant son verre de wisky que le mafieux lui avait proposé.

— Comment l’avez-vous vécu, Mademoiselle ? S’enquit Stein, l’observant.

— Comme quelque chose que j’aurais préféré faire moi-même, si cela ne me rappelait pas ma propre torture, souffla-t-elle, se massant la tempe.

— Ta tête te fait mal, mon ange ? fit le père inquiet.

— L’odeur du sous-sol me donne encore le tournis. Ça va passer, ne t’en fait pas.

— Tu veux aller te coucher ? Proposa Kim.

— Bonne idée ! Lança Stein. Profitez de cette occasion pour vous reposer. Je vous enverrai Joe.

Naeliya aurait voulu refuser, mais une nausée soudaine la fit taire.

— Je… Je vais faire ça. Merci, Monsieur Carlington.

Elle se leva, aidée de son compagnon et tout deux se dirigèrent vers la chambre qu’occupait l’Oni. Là, elle put profiter de ce temps seule avec lui pour fermer les yeux, se laissant adosser à son grand corps, sans oser bouger, humant simplement l’air de la chambre.

— Tu vas bien ?

— Kim.

— Hm ?

— On a combien de temps avant que ma mère ne découvre que je sais qu’elle prépare mon anniversaire ?

L’Oni éclata de rire.

Un rire qui fut entendu jusqu’en bas.

— Dois-je en conclure que votre fille sait pour sa fête surprise ? Lança Stein, souriant devant son verre qu’il leva à la santé de son clan.

— Ma femme n’a jamais su faire une surprise sans être « grillée » comme disent les jeunes, pouffa Christopher, levant également son verre.

— Laissons-lui ce moment, en ce cas.

[…]

Il devait être 19h quand Kim se tourna dans le lit pour regarder son téléphone. Il venait de recevoir un message lui disant de commencer à se préparer. Tout était prêt. Doucement, il embrassa le front de sa compagne qui s’était endormie contre son torse, le visage caché contre sa gorge.

— Mon ange, il faut te réveiller, murmura-t-il. On doit se préparer.

Naeliya bougea, frottant le bout de son nez contre sa pomme d’Adam, lui faisant ressentir une terrible envie de la prendre là dans la chambre du manoir. Il devait se retenir. Par pitié, il le devait ! Être en retard à sa propre fête pour avoir fait l’amour et que tout le monde avait pu en être témoin, faisant très mauvais genre, surtout auprès de la belle-famille.

— Nael’. Debout.

— Hm… Déjà ? fit-elle d’une voix encore rauque de sommeil.

Elle était beaucoup trop adorable pour qu’il l’oblige à se lever, mais il le fallait.

— Il est 19h passé, l’informa-t-il. Ta mère nous attend.

Naeliya ouvrit ses yeux, réalisant où elle était et ce qu’il se passait.

— J’ai le temps de prendre une douche ? marmonna la jeune femme, se pressant un peu plus contre lui.

— Environ trente minutes.

Fatiguée, elle se décrocha tout de même de lui et se leva pour se diriger vers la salle de bain. Il l’entendit se déshabiller et ne put résister à l’envie de l’y rejoindre, mais on toqua à la porte. Il alla ouvrir et découvrit Taeliya, tenant une protection de vêtement dans les mains. Kim se retint de l’insulter, pensant d’abord que l’importun venu les déranger était un de ses camarades.

— C’est pour elle, dit-elle avant de refermer la porte discrètement et de quitter l’étage à pas feutrés.

Kim resta là, sans savoir quoi dire, ayant une belle érection et une envie de hurler au monde de lui foutre la paix.

— C’était qui ?! Entendit-il depuis la douche où coulait déjà l’eau.

— Taeliya ! Elle t’a apporté de quoi te changer.

Il regarda sa montre.

Il avait encore le temps pour se doucher avec elle avant de descendre. Pas de temps à perdre !

[…]

Dans la salle de réception, on disposait encore les gâteaux et présentoirs, puis les boissons. Tout devait être parfait, Taeliya et Louisa s’en assuraient. Rien n’avait été laissé au hasard et la sieste de la jeune femme leur avait fait gagner un temps précieux qu’ils avaient tous mis à profit. Les Oni avaient été réquisitionnés, ainsi que les deux patriarches. Voilà que, pile à l’heure, ils pouvaient entendre le couple descendre, s’amusant entre eux comme deux enfants.

— Joue la surprise, murmura Kim alors qu’ils approchaient du grand hall.

— Joyeux anniversaire ! S’écria Louisa, tandis qu’ils entamaient la dernière volée de marches.

Dans un jeu parfait, Naeliya sursauta et se rattrapa à son compagnon, une main sur le cœur.

— Wow ! C’est pour moi ?

Kim vint lui embrasser la tempe, plus pour cacher son rire et la féliciter que pour vraiment lui montrer de l’affection.

— Surprise ! fit sa mère en s’approchant avec un gâteau où se trouvaient 25 bougies allumées.

— Merci beaucoup, maman, sourit la jeune femme, au bas de la dernière marche.

— C’est que le premier gâteau, l’avertit son père sur le ton de la confidence, mais assez fort pour être entendu.

Tous pouffèrent, Louisa lui adressa un regard courroucé qui le fit rire.

— Connaissant maman, j’en doute pas, s’amusa leur fille.

— Oh, tu vas pas t’y mettre toi aussi !

— Fais un vœu avant de souffler tes bougies, lança Taeliya.

Naeliya ferma les yeux, pensa à ce qu’elle voulait, en réalisant qu’elle avait déjà tout, puis souffla. On l’applaudit et la dirigea vers la grande salle de réception.

— Ho ! C’est magnifique ! Vous vous êtes vraiment donné !

— Tout le monde a participé, même papa, sourit Taeliya.

— Le seul à ne pas avoir bossé, c’est Kim, soupira Orlan.

— Son travail était le plus essentiel, rectifia Louisa.

Les rires fusèrent.

La soirée fut excellente, joyeuse et pleine de couleurs, au point où Naeliya en eut le tournis. Elle resplendissait de bonheur et les cadeaux qu’elle reçut furent tout aussi symboliques que sa vue. Sa mère lui avait acheté une jolie robe pour l’été. Son père des bouquins qu’elle voulait absolument lire. Taeliya une paire de lunettes décorées de strass. Elios un dessin, etc. Même Mafia, qui fut invité à la fête, malgré sa frayeur du monde, lui avait offert un petit cadeau. Quant à Kim, c’est avec un genou à terre qu’il la surprit, sortant un écrin de velours bordeaux à l’intérieur duquel se trouvait une bague brillante de petits diamants.

— Kim ?

— Naeliya Lorelei Clark. Je suis pas doué pour les mots, j’irai donc droit au but, dit-il. Tu veux bien être ma femme ?

Elle le toisa du regard et répondit :

— Je le suis pas déjà ?

— Dis-lui oui, Nael’ ! S’exclama Taeliya entre ses deux mains, comme pour donner plus de force à sa voix. Ils ne comprennent pas la subtilité !

— Hé ! Je vais t’en donner de la compréhension, femme, gronda Noah, attrapant la taille de sa femme pour lui embrasser la gorge.

Naeliya se tourna face au géant toujours à terre, lui prit la bague, se la glissa au doigt puis l’attrapa par le col de sa chemise pour l’attirer à elle et l’embrasser comme si elle le possédait tout entier.

— Je crois que ça veut dire oui, s’amusa Stein. Votre fille a une façon bien à elle de répondre à une demande en mariage.

— Elle tient ça de sa mère, pouffa Christopher.

— Étiez-vous si sauvage, Louisa ?

— La demande, c’est moi qui l’ai faite, sourit-elle fièrement.

— Alors je comprends vos mots, mon ami.

Les deux hommes éclatèrent de rire, tandis que Kim enfouissait son visage contre la gorge de sa belle. Le bonheur le submergeait à tel point qu’il ne savait pas comment réagir.

— Je prends mes deux démons, murmura-t-elle à son oreille.

— Merde, Naeliya, souffla-t-il. J’ai pas envie d’écourter ton anniversaire, mais si tu continues comme ça…

Quelqu’un vint tapoter l’épaule de Kim. Christopher sortit les clés de son véhicule.

— Il me semble que le manoir n’est pas aussi insonorisé que chez toi, murmura le paternel avec un sourire moqueur sur les lèvres, le regard brillant. J’ai été jeune aussi.

— Merci, papa, pouffa sa fille, le prenant dans ses bras pour lui baiser les joues.

Kim souleva Naeliya dans ses bras et disparu du manoir, laissant les rires et la fête continuer jusqu’à l’aube.

[…]

Kim avait eu du mal à retenir Samsara de se montrer, tout au long du trajet, mais c’est une fois la porte d’entrée fermée et barricadée, que les deux démons firent face à la jeune femme en robe et bustier. Elle leur adressait un regard flamboyant qu’ils n’étaient pas prêts à oublier. Kim voulu s’approcher d’elle, mais la jeune femme lui fit signe que non. Attisant son désir, comme la faim de la bête qui sommeillait en lui, elle grimpa les escaliers, sans un regard pour lui, bougeant lascivement ses hanches, lui donnant l’eau à la bouche.

Elle cherche à nous tuer ! cria Samsara au comble de la faim.

Kim avait terriblement mal. Tout son corps était tendu et son cœur battait à tout rompre, comme une horde de chevaux sauvages lancée en pleine course pour fuir le danger. À quoi jouait-elle ?

— Kim ? l’appela-t-elle, après plusieurs minutes de silence.

L’Oni pesait lourd dans ses pas sur les escaliers. Il ressemblait à un ogre se rapprochant de son repas. Quand il ouvrit la porte de sa chambre, son cœur s’arrêta et sa mâchoire se décrocha. Elle était là, en sous-vêtements, portant l’une de ses chemises noire, assise, les mains devant elle, appuyées sur le matelas. Ses cheveux lâchés tombaient autour d’elle en cascade de couleurs. La chemise ne pouvait cacher ses cuisses nues ni ses jambes et encore moins une de ses épaules. Il eut du mal à avancer. La bête en lui et son démon restèrent muets de surprise. Elle était magnifique, puissante et à la fois offerte comme un présent. Pourtant, n’était-elle pas la star du jour ? N’était-ce pas elle que l’on célébrait ?

Qu’avait-il fait pour mériter un tel cadeau ?

— Approche.

***

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