Chapitre 10 :  Sauvez-vous... (Attrape rêve)

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La nuit a envahi mon espace, elle tisse sa toile inlassablement, m'enveloppe et anesthésie mon corps. L'araignée injecte peu à peu son venin, pour me faire perdre la raison. Son travail de sape a commencé. Plus rien ne l'arrêtera, je suis sa proie, engluée. Tétanisée, je ne résiste pas attendant qu'elle se délecte de ma peur. Si je craque, je ne pourrai plus faire marche arrière. Je deviendrai sa marionnette, elle manipulera et elle pourra ainsi savourer sa victoire avec gourmandise. Cette pensée tourne en boucle dans ma tête, une spirale infernale dont je ne peux pour l'instant m'extraire. Mon esprit erre dans le dédale de ma propre conscience, il est temps pour moi de me réveiller. Une lueur apparaît puis disparait tout à coup. Un flash, un souvenir, tout est flou.

Appuyée sur le mur humide, j'ai froid. Chacun de mes membres est douloureux. J'ai perdu toute notion de temps : une heure, un jour ou une semaine je ne sais pas, je ne sais plus. Alors que j'attendais les hommes de ma vie, et que j'espérais pouvoir les serrer dans mes bras l'un après l'autre. Le trou noir. Je me souviens d'avoir vu leurs ombres rassurantes et apaisantes s'avancer lentement. J'avais ressenti leur énergie positive. Tous les quatre, beaux et valeureux se dirigeaient dans ma direction ne sachant pas qu'ils ne me trouveraient pas sur le lieu du rendez-vous. J'ai perçu chacun de leurs battements de cœur, ils irradiaient dans mon être.

J'aurais voulu les appeler, leur crier de ne pas s'approcher plus. De ne pas tenir compte de mon dernier message. Les inciter à faire demi-tour. Aucun son n'a pu s'échapper de mes lèvres. Mon souffle est resté coincé au fond de ma gorge. Mon dernier geste de femme libre fut de défaire délicatement le fermoir de mon camée. Lentement, il a glissé le long de ma poitrine avant de terminer sa course dans l'herbe au pied de mon saule. Cet océan de verdure que j'aimais tant fouler de mes pieds nus, me reconnecter avec la nature qui m'entourait.

Quatre bras m'ont alors saisie, je n'ai pas lutté. À quoi bon. J'ai rapidement capté que leur objectif serait de me faire prisonnière. Le plus grand des deux a plaqué sa main sur ma bouche. Son haleine est venue tapisser mes narines. Je n'ai pas eu le temps de détourner mon visage, que son acolyte me saisissait par la taille. Il m'a jetée dans le 4X4 sans ménagement, se faisant rappeler à l'ordre par son compère :

  • Je te rappelle que morte, elle n'est d'aucune utilité, le boss a été clair.
    Et de rajouter avec un sourire pervers.
  • Putain, elle est canon en plus d'avoir la tête bien pleine. Tu penses que...
  • Arrête tes conneries, il la veut intacte. Interdit de toucher à la marchandise, même un seul cheveu.
  • Monsieur veut se la taper, comme d'hab. Il nous laissera les miettes.
  • Je pense qu'il a surtout besoin d'elle.

Ces quelques paroles jetées à la volée furent les dernières que j'ai perçues. Puis le vide absolu. J'émerge peu à peu dans cette cellule. Le seul éclairage provient de la petite lucarne dessinée sur le mur. Je ne perçois ni bruits, ni paroles, le néant. Une pensée me traverse l'esprit, et si finalement je n'étais plus de ce monde. J'ai l'impression de flotter au-dessus de mon corps. La douleur qui irradie le long de ma colonne vertébrale me rappelle que je suis bien vivante. Voulant faire un bref état des lieux, je découvre que mes mains et mes pieds sont prisonniers, menottés. Ces entraves sont arrimées au sol à l'aide d'une chaîne dans un alliage que je ne pourrais pas briser. J'essaye de chasser l'araignée qui remonte sur mes jambes. Ses pattes velues me laissent une sensation étrange. Elle me chatouille, deuxième indice que je suis toujours de ce monde. Le contact de ses poils soyeux sur ma peau me détend. Sa présence me rassure.

L'humidité de la pièce, me fait penser à une cave. Les odeurs de moisissures s'accompagnent d'un parfum pestilentiel d'excréments. J'ose espérer qu'il ne s'agit pas des miens. Je suis assise à même le sol glacé. J'essaie de me redresser en m'appuyant sur les pierres de la cellule. Tout tourne, je me sens nauséeuse. Cet effort me ramène aussitôt à terre. Dans ma tête, ça gronde, mes paupières tressautent. J'essaie avec mes mains de tâter mon corps pour découvrir d'éventuelles blessures. Ma langue est pâteuse, j'ai très soif. Un goût de fer dans ma gorge m'écœure encore un peu plus.

Je me cale le long de la paroi cherchant au plus profond de moi un peu d'énergie. J'essaie de m'installer en position du lotus. Très rapidement je perçois que je ne pourrai pas. Les chaînes qui attachent mes quatre membres limitent trop mes mouvements. Mes pensées tout à coup s'envolent vers mes cascades et mon saule. Arriver à me concentrer même un temps éphémère pourrait me permettre d'entrer en contact avec Tom. Où es-tu ? As-tu trouvé la grotte ? As-tu rencontré les autres beaux gosses qui font partie de ma vie ? Et toi Alexis, auras-tu découvert ma lettre. Un doute m'envahit, j'espère qu'ils me pardonneront de ne pas leur avoir parlé plus des autres . Ils me sont essentiels chacun à leur manière, mes raisons d'être. Sans eux je ne suis que l'ombre de moi-même. Mes quatre fantastiques ont trouvé chacun leur place dans mon cœur.

Pas le temps, d'aller plus loin. Pas possible d'entrer en méditation. Mon souffle est heurté. Mes émotions à fleur de peau. Tout mon corps se met à trembler, j'ai de plus en plus froid. Ce que je ressens me fait redouter le pire. Le démon s'approche. Un vent glacial le devance et s'engouffre sous la porte claquant une première gifle sur mes joues déjà endolories.

Il est là, tapi dans la pénombre. Tout son être me révulse. Il a commencé son travail de sape, lentement il va tenter de me briser. Il n'hésitera pas à utiliser tous les moyens qu'il a en sa possession pour me faire abdiquer. Sa voix retentit, grave et coupante. Ces paroles brèves résonnent dans mon âme, elles déferlent avec force cherchant à se frayer un passage dans mon inconscient. Heureusement, j'ai appris avec Alexis à me défaire des manipulations mentales afin qu'elles ne tronquent pas la réalité. Sentant que je ne cède pas, Il me saisit avec rudesse par le bras. Je sens déjà un bleu se former sous ma peau. Il me secoue violemment. Il me relève sans ménagement, et me repousse à terre. Je suis une poupée de chiffon qu'il prend plaisir à maltraiter.

Je résiste aux gestes de colères que ce pauvre mec affectionne. Sûrement sa façon de se sentir tout puissant. À moins que, tout bien considéré, je lui fasse peur, ce qui pourrait s'avérer un avantage non négligeable. Mike m'a appris quelques gestes de self-défense qui me sont à ce moment-là d'aucune utilité. À cette heure, c'est de lui dont j'aurais besoin avant tout. De sentir ses bras m'envelopper pour me rassurer. Pas le temps de songer à celui qui a partagé mes nuits, à nouveau les grands costauds arrivent de nulle part, et se dressent devant moi. Pas possible, il les a sortis de sa manche par magie ! Tu crois que c'est le moment de faire de l'humour ? pensé-je. Je ne peux pas résister à sourire ce qui provoque un nouvel accès de rage, il m'administre une seconde claque. Un filet de sang coule de mes lèvres qu'il vient essuyer avec sa langue. Une larme s'échappe et glisse sur ma joue.

- Bandez-lui les yeux, ordonne-t-il.

Je me retrouve encadrée par mes deux cerbères dans leur costume cravate, ils remettent leurs lunettes noires. Ils me serrent dans leurs mains puissantes. Mes pieds effleurent à peine le sol. À nouveau des vertiges arrivent et le seul souvenir qui se diffuse en moi avant de tomber dans les vapes est celui de Mike et un message effleure mes lèvres endolories : "sauvez-vous ..."

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