Chapitre 16 : Je ne suis pas un homme d'action, moi ! (Alex’s_18)

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Le 25 janvier 2022 20h24 dans les escaliers de l'appartement de Céline.

J'ai le cœur au bord des lèvres et le ventre vrillé par la peur. L'adrénaline et la course poursuite, ce n'est clairement pas pour moi. Je manque de percuter Jérémie quand il s'arrête devant moi avant de tourner brusquement dans le couloir. Mike ouvre à la volée les portes des escaliers de secours et lorsque des bruits se balle percent mes tympans. J'étouffe un hoquet de terreur et me baisse instinctivement.

— Magnez-vous ! On descend tout en bas, jusqu'au garage. Il y a une porte qui nous permettra de sortir dans la rue latérale.

Nous dévalons les escaliers quatre à quatre et sortons enfin à l'air libre. Mike farfouille sa poche et jette des clés en direction de Tom.

— Si elle n’a pas encore été emmenée à la fourrière, ma voiture est près de l’entrée de la station de métro Voltaire, trouvez un moyen de transport et attendez-moi là, si je ne vous ai pas rejoints, vous partez sans moi.

— Mais... s'écrie Jérémie.

Mike est déjà parti. Tom regarde fixement les clés dans ses mains, comme tétanisé. Je comprends que si je ne prends pas les choses en main, nous sommes foutus.

— Faut qu’on se bouge, et aucun taxi en vue, évidemment, avec cette pétasse en mal de reconnaissance qui bloque la rue ! À moins que… glissé-je à Jérémie, avec un sourire entendu, en fixantant la conductrice de la Mini rose arrêtée au milieu de la rue. ‘’Tu penses à ce à quoi je pense ?’’

— Ouiii ! répond-t-il, le regard brillant d’excitation. ‘’Toi, tu lui projettes l’image d’un groupe de fans, et moi, je lui envoie un sort de suggestion pour l’inciter à aller les rejoindre.’’

— Hey, mais ça fonctionne, bravo, les gars ! Regardez-là prendre des poses ridicules et sourire bêtement devant… euh… c’est un platane, non ?

— Pathétique. Enfin, soit, je conduis, installez-vous à l'arrière !

Je prends place derrière le volant et ils prennent place sur la banquette. Le moteur cale, je serre les dents pour contrôler le tremblement qui agite mes doigts. Quelques instants plus tard, le moteur de la voiture ronronne bruyamment. Je vois dans le rétroviseur Jérémie qui marmonne quelque chose.

— Tu récites ta prière ?

— Essayons de retrouver Mike, non ?

— On ne peut pas l'abandonner, ajoute Tom en s'avançant.

J'écrase la pédale d’accélération, et la voiture réagit au quart de tour, nous clouant sur nos sièges. Nous arrivons sur l'artère principale et j'aperçois au loin deux mecs habillés en noir sortir sur le trottoir, flingues en main. Ils pointent leurs armes devant eux et font feu.

— Ils tirent sur Mike !

J'accélère, passe la quatrième comme dans les films de cinéma et fonce droit sur eux, bien décidé à teinter mon pare-brise de rouge. Alertés par le bruit du moteur, ils tournent leur tête et plongent au dernier moment sur le côté. Je finis ma course devant Mike et me penche pour ouvrir la portière. Mike n'a pas le temps de la fermer que je redémarre déjà.

— Bordel de merde ! Alex, t'assures grave ! s'exclame Mike.

— Alexis, s'il te plait, grincé-je entre mes dents.

Je regarde dans le rétroviseur et vois les deux types se relever. Mais ils disparaissent déjà, engloutis par l'horizon. Je remercie le ciel pour n'avoir pas de circulation.

— On fait quoi, maintenant ?

— Bonne question, Jérémie. Hors de question de retourner chez nous, nos appartements doivent être infestés des copains de nos assassins.

Analyser la situation et réfléchir, ça je sais faire, par contre.

— Mais il faudra me dire où je dois aller, je ne peux pas conduire éternellement.

— Pourquoi ce n'est pas Tom qui conduit ? demande Mike.

— Regarde-le.

Tom lève les yeux, et une grimace qui se veut un sourire se dessine sur ses lèvres.

— Ça va aller, Tom ? T'as l'air pas bien, Jérémie peut te faire une pipe si tu veux.

— Mike, putain ! crié-je.

— Désolé, c'est ma façon de me gérer le truc.

— On va où ?

— Je connais un café à l'autre bout de la ville, j'y vais quelques fois pour... enfin, vous voyez.

— Indique-moi le chemin, ordonné-je calmement.

Le 25 janvier 2022 21h00 dans un café.

— Bon appétit, messieurs, lance la serveuse en posant la dernière tasse de café devant Tom.

Mike lui sourit et la suit du regard lorsqu'elle s'éloigne. Enfin, il suit du regard la courbe de ses hanches jusqu'à ses fesses. Je soupire. Je ne sais pas comment il fait pour être aussi calme alors qu'on vient littéralement d'échapper à la mort. Il a l'air si... détendu, que je me demande si je n'ai pas rêvé. Mais mon cœur qui bat la chamade dans ma poitrine n'est pas un rêve, lui.

Il n'empêche, sans Mike, on serait tous morts. On lui doit une fière chandelle, il a réagi immédiatement, là où j'étais figé par la peur. Je suis un homme de raison, moi, pas d'action. Je n'arrive pas à calmer le tremblement qui agite mes mains.

— C'est bon, on est en sécurité maintenant.

Je lève les yeux pour croiser ceux de Mike qui m'observe, en mâchant son biscuit. Je pose les mains à plat sur la table.

— Merci de nous avoir sortis de là, Mike.

Même si ça me fait mal de reconnaître qu'on m'ait venu en aide, mes mots sont sincères.

— Pas de quoi ! Si t'avais été une meuf, je t'aurais bien demandé de me faire une gâterie dans les chiottes pour me remercier de tout ça...

Je le fusille du regard. Je retire ce que je viens de dire. Il m'ignore et se laisse aller contre le dossier du canapé.

— Mais on a pas fini de s'en sortir si on doit remercier l'autre à chaque fois. Je sais pas si vous avez compris, mais on veut notre mort.

— La question, c'est pourquoi ? intervient pour la première fois Tom d'une voix faible.

Il est moins pâle qu'avant et semble s'être remis de ses émotions. C'est bien la première fois que je le vois aussi grave et sans son sourire en coin, celui qui m'avait charmé quand je l'avais rencontré. Même ses yeux sont ternes.

— On ne peut pas rester ici longtemps, on risque de nous voir. On a besoin d'un lieu pour réfléchir sur notre prochaine étape.

— Et c'est quoi ?

— Je ne sais pas, soufflé-je. D'après Céline, ce scientifique d'Argentine s'est attiré les foudres des puissants.

— Mais ça n'explique pas pourquoi ils s'en prennent à elle.

— Et surtout, comment ils ont su qu'on était chez Céline, renchérit Jérémie, la bouche pleine.

Il a presque dévoré toute sa collation et se lèche les doigts. Certains n'ont pas perdu l'appétit. Ou alors, il cherche à étouffer son angoisse.

— Le p'tit a raison, acquiesce Mike.

Nous nous taisons pour réfléchir. Nous ne pouvons définitivement pas rejoindre nos appartements respectifs, s'ils savaient qu'on était chez Céline, alors ils doivent connaître nos identités À l'heure qu'il est, nos maigres biens ont dû être fouillés de fond en comble.

— Si vous voulez, je connais un coin pour la nuit.

Nous nous tournons tous vers Jérémie qui nous regarde, intimidé.

— Nous sommes toute ouïe.

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