Chapitre 1 : Rencontre

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Rien n’a changé, depuis que je me suis assis sur ce canapé, aux alentours de 19 heures. Le monde n’a pas besoin de moi, il continue de tourner. Une pensée sombre me vient donc à l’esprit : mon utilité s’arrête à ma propre existence. J’en ai des complexes au point de me comparer à cette horloge en face de moi. Elle m’indique 21 heures 30, sans cela j’aurais cru que seulement cinq minutes s’étaient écoulées.

Bien confortable, mon canapé est aussi mou qu’un caramel fondu. À force de m’asseoir dessus, ses tissus se sont détendus jusqu’à l’extrême. Ainsi, le moule de mon corps est l’alliance de notre mariage, que seule la mort peut terminer. Mon heure sonnera sa fin : un canapé si marqué par son ancien propriétaire ne plaira à personne, qui pourrait s’y sentir à sa place ? Il a déjà fait son temps, ou plutôt, il a déjà une forme… Notre longue relation a marqué son âme en dégradant sa couleur authentique, au point que son revêtement a maintenant une teinte grisâtre. Chaque fois que ce canapé entre dans mon champ de vision, l’envie me prend dans l’instant de l’oublier, me forçant presque à lui tourner le dos et m’affaler dessus. C’est alors, qu’une chute si longue, que j’ai peur de m’écraser, a lieu : tomber si profondément dans son canapé c’est effrayant. Néanmoins, savoir que ce creux est une des seules empreintes que j’ai laissé sur ce monde l’est encore plus.

Mon regard, qui n’a pas quitté l’horloge, tomba sur la forme circulaire du cadran. Mes yeux commencèrent alors à suivre les mouvements de la grande aiguille, puis je me demandais « Pourquoi faudrait-il en avoir peur ? ». Surveiller constamment le temps qui s’écoule c’est étrange. Est-il possible qu’un imprévu ai lieu ? Que le temps s’accélère ou ralentisse ? Hormis celle de ne pas être à l’heure, aucune peur ne mérite de s’y attarder. Ce besoin de savoir s’il est temps de faire telle chose ou telle autre chose, n’a pas de sens. Les décisions deviennent des réactions, elles sont choisies par le temps, surtout les grandes : on attend toujours que ce soit le bon moment pour les prendre, sinon elles ne sont pas bonnes ou importent peu. La dévotion au temps n’a pas de rival. Serait-ce l’addiction ultime ? Le temps ne peut être fuit, mais il permet de fuir le présent. Ce mauvais ami sert de repère, mais il déboussole.

Le temps défile, contrairement à mes pensées fixes, comme si elles avaient oublié de bouger ou même de se rendre compte qu’elles sont immobiles, un peu comme moi sur ce canapé. J’aurais même dit qu’elles me regardent en attendant que je distingue leur présence. Mais ces pensées ont si peu de valeurs qu’au lieu d’en prendre conscience, je savoure ce moment, assis sur ce canapé à ne rien faire, le regard fixe sur la petite aiguille ; avec le temps, elle me donne l’impression d’être grande, comme si elle prenait de l’importance, à l’image de mes pensées, qui manifestent une plus grande ampleur après chaque tic de l’horloge.

Soudainement, le monde semblait calme. Le silence créé par l’extérieur provoquait un sentiment de sécurité dans cette pièce. C’est en entendant uniquement le bruit du temps que je compris que ce n’est pas lui qui s’écoulait, mais les pensées, l’instant sur ce canapé aussi…

Rien ne m’attend alors le temps me parait abstrait, comme si ce qui le rendait réel était l’impatience qu’il engendre en nous quand nous cherchons à atteindre une chose ou un instant.

(Serait-il possible que vous partagiez votre avis ? Cela aide vraiment à s'améliorer, je vous remercie. :) )

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