Chapitre 2 : Découverte

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Cet instant pourrait être un rêve que je n’en ferais pas la différence. C’est comme si je dormais et que j’attendais de me réveiller subitement. Y penser ne faisait qu’accroître mon plaisir. Savoir qu’on peut vivre profondément sans bouger, c’est tellement plaisant. Je me semblais avoir le plein-pouvoir sur ce temps qui fuit mais qui reste là. Naviguer avec un radeau sur un fleuve procure la même sensation : une absence de contrôle qui nous guide là où l’on souhaite aller sans savoir où. Une croisière vers une destination indéterminée commençait, le trajet étant le voyage.

Ce voyage sur des mers immenses, dont le fond inatteignable cache tout un univers marin, me fait prendre conscience de ma finitude. Ces mers immenses aux fonds inatteignables ont réduit ma taille. Désormais je ne peux plus rien, alors j’admire les traces éphémères laissées par ce bateau sur l’eau. Des empreintes marines y apparaissent grâce à la création d’un passage aux travers de ces écluses faites d’eaux. Métaphore de la volonté, guider le navire laisse un sillage dont les vagues se répandent jusqu’à s’éteindre. Métaphore de la volonté, guider le navire laisse un sillage dont les vagues se répandent jusqu’à l’arrêt complet du navire. Le navire étant ma volonté et le commandant mon esprit. Quant aux conséquences de cette traversée, elles forment le sillage qui déforme le barrage maritime. Celui qui crée un passage répand une vague, une foule prête à étendre son exploit.

Ma finitude me rappelle que je ne peux grand-chose hormis dans mon esprit qui s’éparpille. Mon plaisir en est ainsi élargi. Comme de l’encens qui embaume une pièce, donnant une sensation de tranquillité à toute personne qui goûte son odeur. Guider irrésistiblement vers de nouveaux horizons encore non découverts, les plus grands aventuriers en seraient jaloux, car je découvre quelque chose dont ils ne soupçonnent rien. Voilà la meilleure façon de vivre dans un monde où tout est connu, de la faune à la flore, des sciences aux sentiments. L’unicité des expériences disparaît. Le savoir transmis est devenu de la connaissance a assimilée. Une palette de saveurs ne peut être ressentie que par l’imagination, l’émanation ultime de la subjectivité. C’est la meilleure des expériences, comme découvrir une couleur dont on serait le seul à pouvoir la percevoir.

Un tableau à la forme rectangulaire, noir et blanc, avait pris sa place dans ce petit salon. Je ne le remarquais à peine, c’est comme s’il était peint sur le mur lui-même. Les moindres détails, je les connaissais tous, comme si j’avais été enfermé tout ce temps et que cette toile était ma seule fenêtre vers l’extérieur, mon seul paysage. L’observer était magique, comme si c’était un autre monde, un monde où les couleurs n’existent pas. L’auteur de cette œuvre est sans doute un très bon peintre : il a réussi à éveiller quelque chose de puissant en moi, depuis tout ce temps.

Le monde extérieur se cachait derrière cette porte blanche. Sa poignée ressemblait à un guidon de fer. Si lisse et plate, elle avait de la présence. Un charisme se dégageait d’elle. Elle est là, brandissant sa poignée fièrement en attendant que quelqu’un la saisisse comme si c’était, la meilleure des opportunités.

À moi, les opportunités m’ont toujours parues insaisissables, on ne les saisit pas vraiment, on les prend quand le destin nous les propose, c’est un cadeau qu’on ne peut refuser. Il y a comme une forme d’obligations, s’il y avait vraiment quelque chose à saisir ce serait de ne pas saisir l’opportunité. Mieux vaut rester là où je suis déjà, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de laisser des bruits incontrôlables pénétrées à l’intérieur de cette pièce. Ce serait profaner une tombe sainte. Ce serait sortir du repos, et chercher l’épuisement. On dit qu’une opportunité en cache dix autres, alors cette porte en cacherait mille autres. Si je devais toutes les saisir, je ne le pourrais pas, je mourrais d’ennui à répéter le même mouvement : tenir la poignée, l’abaisser et la tirer. La seule raison de faire ces gestes serait guidée par une simple curiosité souhaitant découvrir ce qui se cache derrière. Malheureusement, je le sais déjà : rien qui ne vaut de sortir de mon canapé grisâtre. Je fais partie de ceux qui saisissent l’instant, pas les poignées. Les poignées n’offrent, que d’autres poignées, que pourrais-je bien faire de cette collection ? Non, mieux vaut choisir de rester sur le canapé. Ouvrir cette porte serait ouvrir les portes de l’enfer. Un enfer sans diable, sans maître qui mettrait le monde d’accord, pire que l’enfer. Alors que laisser fermée, c’est une barricade qui me protège et fait régner un certain ordre, une limite à ne pas franchir. La franchir serait malvenu et irait à mon encontre.

(Serait-il possible que vous partagiez votre avis ? Cela aide vraiment à s'améliorer, je vous remercie. :) )

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