Chapitre 3 : Illusion (ou ardeur)

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Mes yeux se fermèrent, pour que je puisse contempler la pénombre, mieux ressentir le silence et reposer mon regard qui avait tant observer. Le noir et le calme, apaisants, me faisaient sentir bien ici, en sécurité, dans mon corps. Mes épaules décontractées et relâchées me tiraient naturellement vers le bas, les notions de poids et de masse prenaient tout leurs sens désormais. Mes chevilles, stables, imposaient à mes pieds leur volonté de rester fixes. Le sol subissait les forces que j’engendrais. Rester dans cette position confortable créait une légère violence, une forme de paix disparaissait pour laisser place à une bataille entre mon corps et le dehors. Je ressentais toute la fragilité et toute la force au sein de moi, toute cette chaire qui entourait ma colonne vertébrale était prête à agir.

Quelque chose d’incontrôlable me fit jaillir de ce canapé en fusion. Ma posture s’affirma : de l’allure d’un petit oisillon, je passais à celle d’un aigle royal aux pupilles focalisées sur cette porte énigmatique. J’avançais en direction de ma proie. Concentré uniquement sur la poignée qui m’avait fait tant réfléchir, je la tins, je l’abaissai et enfin, je la tirai. Graduellement, une lumière aveuglante rayonna dans toute la pièce. Un air de mystères et d’aventures venait de l’extérieur.

Je découvris ce qui se cachait derrière en enjambant le palier de porte. La satisfaction me prit, me faisant ainsi découvrir des muscles inconnus jusque-là. Je ressentais tout mon corps, sa présence : mes os se solidifiaient, mes muscles se relâchaient, ma peau se raffermissaient, mes cheveux prenaient du volume et mon âme s’émerveilla. L’entière expression de mon corps me remplissait de joie, je venais de guérir d’une maladie dont je n’avais pas conscience. Puissant et doré, le soleil d’été chauffait ma peau et accélérait mon rythme sanguin. Je le fixais du regard et buvais des yeux sa lumière. J’étais maintenant rempli de son éclat et baignais dans sa chaleur, il lavait mon regard. Tout me paraissait fluide et naturel. Tout apparaissait avec évidence et effervescence. Il n’y avait plus de doute, plus d’incertitude. L’extérieur illuminait mon intérieur.

Cet instant était succulent. Je le goûtais jusqu’au plus profond de ma chair. Les couleurs s’intensifiaient. Mon torse avait comme triplé de volume, il était le magnifique éventail de plumes d’un paon. J’observais les alentours, en suivant la ligne d’horizon infinie. Une plage pleine d’autres paons fiers, d’un côté, des restaurants et hôtels luxueux remplis d’autres paons, majestueux, de l’autre. Un large chemin les séparait. Il avait l’air d’un tapis rouge sans fin, alors je me mis à marcher. Mes muscles se contractaient puis se détendaient avec une telle force que je me sentais comme un lion flamboyant. Un lion qui se pavane sur ses propres terres. Un lion prêt à sauter sur la première gazelle qu’il verrait. Un lion dont la crinière imposante attirait tous les regards.

Traverser cette jungle m’emmenait directement au déploiement de ma force brut, car c’est l’unique voie pour y survivre. Il émergea de mon corps le plus primitif des instincts qui soit, l’instinct de survie. Contraint à me laisser dominer par mes désirs les plus violents de domination et de pouvoir, mon animalité mêlée à ma nature d’Homme me restreignait à assumer mon autorité, imposer ma volonté et évanouir mes peurs. Qui tenterait de me déranger se démangerait de me fuir. Au moindre mouvement mal avisé, j’envisagerai le terrassement de toutes ses volontés. J’étais possédé, c’était ma nature véritable, possédé par mon âme. Visant à s’étendre, à s’épanouir, elle avait une quête bien définie. Elle espérait son propre accroissement : son désir était d’accroître son désir propre. Ainsi mon esprit ne m’appartenait plus, il était conquis par cette âme.

C’est alors qu’une dévastatrice confiance en moi m’envahit, mais en rien je ne la redoutais, je l’aimais. Bien qu’incontrôlable, j’avais confiance en elle, en ce qu’elle pourrait m’apporter. Elle m’était liée : je commettrais une grande faute en la reniant, car nous étions inhérents l’un l’autre. Elle était responsable de tout mon bien, par le pouvoir qu’elle me donnait, et moi responsable de tout mon mal, par les batailles que je menais contre elle. En hésiter serait faiblir. M’effacer me devint impossible, j’étais comme un phare dans la nuit : je guidais tous les navires qui m’approchaient. Je prenais leur commandement, par l’acceptation de tous du chemin judicieux à suivre que je leur proposais. Ils m’en étaient même probablement reconnaissant au vu de l’aisance avec laquelle ils empruntaient ces conduites induites. Semblables à des sujets, ils laissaient paraître un air de servitude. J’avais l’allure d’un Roi divin traversant sa cour. Le corps en mouvement, ma volonté demeurait fixe. Leurs regards s’accordaient tous en deux points : provenir de loin et signaler une attraction vers moi tels les bateaux sur la mer se dirigeant vers la côte. Ils se dégageaient de moi un magnétisme si fougueux qu’il en apparaissait jalousable. Ces gens ne pouvaient que se soumettre face à une puissance établie aussi manifeste. M’obéir était leur seule option. Mon ardeur les fascinait. Ce fut ma Gloire.

Sur ce chemin, les multiples palmiers et œuvres d’Art prenaient une place énorme. Ils dominaient, par leurs tailles, tous les Hommes, des êtres nomades, en leur rappelant qu’ils ne sont que de passage ici. S’approprier ces terres prouverait la naïveté de certains, l’illusion est perceptible pour chaque contemplateur de ces constructions à, par leur érection, l’essence divine. Enviables car enracinés et immobiles, ces monuments servent de milieu environnemental à l’Homme. Leurs présences ici, légitimes, persuaderaient quiconque les observait qu’ils n’ont aucuns rivaux, que faire face à ces siècles de développement est impossible. C’est aux Hommes de s’y frayer un chemin, les Hommes ne pouvant dominer qu’eux-mêmes.

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