Chapitre 4 : Nature (ou passé)

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Ce paysage, animé tel un décor interactif par ses innombrables passagers, me submergeait en emplissant mon intérieur. Le constant et le variable s’y rejoignaient prodigieusement : le mouvement du ridiculement petit se mêlait à l’immobilité du gigantesque. Ce contraste frappant en appuyait les invariances et les stabilités : les monuments lointains et fixes que j’y observais retentissaient harmonieusement, en mon âme. Impossible de distinguer cette image mouvante d’une vue du cosmos : c’était un vide, obscur et sans chaleur, remplie d’étoiles, seules sources d’énergies. Au côté du soleil, sur le point de se coucher, j’observais une constellation de monuments. Leurs rayons lumineux me traversaient les pupilles aussi intensément que des lasers gravant un disque : ces monuments resplendissaient et, écrivaient une nouvelle part de moi-même. Autrement dit, la route que j’empruntais, laissait ses empreintes en moi.

Toutes ensembles, ces créations éternelles façonnaient ma singularité. Je naissais, au fur et à mesure de ma marche. Je devenais, à l’aune de mes pas.

Intuitivement, je saisis que ni la Nature, ni l’Art tourne autour de nous, ce sont nous, êtres éphémères, qui lui tournons autour. La Nature et l’Art perdurent et observent, à travers les époques, notre façon de nous développer et de nous devenir. Eux, ne changent pas réellement, car ils sont prédestinés. Tandis qu’ils nous visitent en venant en nous, nous ne pouvons que les observer, en retour, au sein de nous. En fait, c’est leur éternité qui les rend présents dans ce monde en tout temps, non l’inverse. L’orgueil humain nous cache que leur présence suffit à les rendre en constante action, bien plus que nous, êtres éphémères. Se déplacer n’est qu’un mouvement du corps, un geste infinitésimal face aux grands de ce monde, les créations créatrices. Dissimulée, leur violence en est purement symbolique : du haut de leur place et de leur rang elles nous rendent tous égales. Tous égales devant leur essence divine, la seule réponse possible à la violence qu’elle exerce en nous est de les contempler, ou au pire de les déterminer, car les ignorer serait ignorer nos vies et nos buts - ceux que les célèbres hommes et artistes du passé ont voulu donner à la postérité, et que la nature a voulu nous proposer.

Face, à leur éternité, je compris son pouvoir : influencer avec autant d’importance que le temps, créer le vécu de ce qui est éphémère. Avant cela, ces créations semblaient éternelles car leur présence ne s’écoule pas, mais maintenant je devinai que c’est leur éternité qui les rendait présentes dans ce monde : ces créations dépassent l’échelle de nos vies. Leur nature surpasse la nôtre.

À l’échelle d’un Homme, les monuments éternels sont nos souvenirs, ces souvenirs qui nous déterminent. Les sélectionner c’est choisir qui devenir. Voilà le libre-arbitre, la capacité à décider des souvenirs qu’on veut garder en mémoire pour décider de nos actions futures. Ne pas posséder de souvenirs, être dénué de tradition, c’est laisser place à tout ce qui se montrera : aucune résistance, aucune résilience, pas de bouclier pour se protéger face aux intempéries. Les souvenirs sont tout ce qui nous encourage à s’illuminer lorsque la pénombre nous tient. Ils sont la lumière qui se conserve indéfiniment.

Les passagers, illuminés, s’apparentaient à des planètes éclairées par les étoiles autour desquelles ils tournaient. Ces astres dans un vide obscur, formaient l’Univers. Les planètes qui leur tournent inlassablement autour savent-elles que leurs mouvements sont dénués de liberté ? Tandis que les révolutions s’enchaînent, le monde croit toujours que le Soleil gravite autour de la Terre et des planètes, ce qu’ils sont. Le monde conserve son orgueil, la seule chose qui perdure chez l’humain, par ignorance. Une ignorance volontaire, voilant ce qui est déjà su. Depuis la découverte de Copernic, car ce qui porte de l’intérêt s’oublie toujours difficilement, l’homme s’efforce d’oublier ce en quoi il a cru sans succès. Une chose derrière cela, c’est que l’homme, et toujours grâce à son orgueil, se dit : « si la Terre n’est pas le centre de l’Univers, alors, je le serais ». Ce qui auparavant unifiait, maintenant individualise. L’humain se croit le centre de son univers. L’homme a le complexe de la nature.

À peine qu’il rencontre une de ces étoiles monumentales, l’oubli l’envahit. Tant de lieux en de nombreux territoires, encore plus d’évènements y ayant pris place. Ne souhaiterions-nous pas connaître ce qui nous a constitué, tout ce qui nous a bâti du commencement des temps jusqu’à maintenant ? Nos voyages nous définissent. Ils gardent l’âme en vie. Bien que nous ne pouvons ni nous évader, ni explorer des lieux inconnus ; nous pouvons nous rencontrer et nous savourer. Et le meilleur moyen de savourer c’est de visiter les profondeurs du monde, ce qui n’est pas présenté à la face d’autrui. Le bonheur, on ne le trouve que dans l’étendue, car de là vient la compréhension.

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