Chapitre 5 : Plaisir (ou subjectivité)

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C’est sur ces deux idées intemporelles, Nature et Art, que mes deux cornées se focalisaient, autant que mon esprit. Ma vue cherchait à prendre le dessus sur tous mes autres sens. Mes yeux, dignes de globes terrestres, observaient leur Soleils, l’origine de leur incarnation. Le reste n’était que vide, obscurité. Ces constellations de monuments, à l’essence divine, formaient mon Univers : un champ à l’étendu inimaginable. En un seul de ces monuments, il y avait une vie entière de contemplation. Mon esprit en fût absorbé.

Ainsi, contrairement à l’habitude où ma vision était étendue, un simple fil séparait mes yeux des objets de mon attention, de telle sorte que l’inutile avait disparu, pour que je puisse mieux prendre contact avec ce que je désire réellement percevoir, m’en rapprocher. En fait, je n’observais pas, mes yeux déployaient deux véritables rayons laser. Eveiller mon intérêt était synonyme de baigner dans ma lumière. Comme sur une scène où les projecteurs pointent du doigt l’action, il faut croire que mon regard, projetant mes attirances les plus profondes - elles-mêmes portées par mon esprit dans son état le plus pur - trouvait plus de mouvement en une chose immobile, mais éternel, qu’en des millions d’êtres passagers et inconnus.

En quelque sorte, ce que je voyais montrait ce que je voulais, sans que je le décide. Je laissais donc mon regard me transmettre honnêtement mes volontés, je laissais couler cette source m’indiquant les fruits de mon envie, débouchant sur le plaisir ; accepter que je ne contrôle pas ce que je souhaite transformait mes envies en besoin. Essayer de distinguer le reste, le monde extérieur, serait une trahison irréversible envers moi-même. Je compris ainsi, pour la première fois, réellement, la notion de subjectivité.

Je m’éloignais continument de ce qui m’était proche. J’avais une optique : atteindre le bout d’un tunnel infini. Tout cela, j’en pris conscience soudainement.

Des bars longeaient mon chemin, ainsi que la mer. Maintenant le tunnel devenu un espace ouvert, mon monde se découpait en deux parties distinctes : un espace restreint et un espace infini. Je remarquais ainsi que quitter ma route ne pouvait me mener qu’en un lieu d’artifices ou, assez peu différemment, de contemplation. Quitter ma route serait m’évader. Faire un choix importait peu, dans tous les cas je me plairais à flâner et me pavaner, que ce soit dans un bar, en marchant ou sur la plage. Mon instinct me dit alors de ne plus suivre un chemin prédéfini.

Le soleil, proche de l’océan, me laissait assez de temps pour que j’aille boire un cocktail avant son coucher. Je me décida à quitter ma voie en ligne droite et vira vers un bar au hasard. Je choisis le premier que j’observa, au centre de mon champ de vision. Mes yeux décidèrent à ma place, je ne saurais expliquer pourquoi lui plutôt qu’un autre. Il y en avait tellement. Les devantures étaient toutes belles et attrayantes, aucunes ne surpassaient les autres. La seule spécificité de celle choisie était que mon regard se posa dessus.

Je commença à me rapprocher de ce bar. Sans savoir à quoi m’attendre, je resta concentré sur la porte d’entrée en bois massif. Il me parut évident qu’elle était d’une grande épaisseur pour mieux dissimuler de l’extérieur des sons et une ambiance joyeuse. Couvrir cette atmosphère la rendait infiniment plus chaleureuse, et désirable, on aurait dit que contenir cette ambiance nécessitait une imperméabilité sans failles. Une fois que je le pu, j’ouvra donc cette trappe sans hésitation. Un peuple entier apparu devant moi. Séparer mais tous pareils, ils s’amusaient et parlaient fort. Les voix retentissaient puissamment. Remarquer les différentes intonations et fréquences étaient faciles car elles transparaissaient la chaleur des cœurs, elles communiquaient l’atmosphère générale. Baigner dans cette ambiance était un délice à savourer, mais aussi une oppression : ne pas en profiter et s’y joindre serait être inconscient.

Tous, face à leur cocktail, le teint rougit par la dilatation des vaisseaux sanguins, partageaient un appétit de joie. Confondre les causes et conséquences de ces rougeurs divertissaient mon esprit. S’amusaient-ils en buvant ou buvaient-ils en s’amusant ? Connaître la réponse donnerait beaucoup d’informations sur le goût de ces gens, l’alcool ou la joie.

(Serait-il possible que vous partagiez votre avis ? Cela aide vraiment à s'améliorer, je vous remercie. :) )

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