Chapitre 10 - Le culte de l’image a transformé l’humanité en vitrine de supermarché sous anxiété chronique

3 minutes de lecture

Avant, les gens avaient une vie.

Maintenant ils ont : un feed.

Nuance fondamentale.

L’être humain moderne ne demande plus : “Qui suis-je ?”

Il demande : “Comment je rends ça esthétique ?”

Même la souffrance doit être photogénique.

Tu peux plus juste traverser une rupture.

Non.

Maintenant il faut :

une photo floue en noir et blanc,

une cigarette près d’une fenêtre,

une citation de Celine probablement jamais lue,

et un texte : “Certaines tempêtes révèlent notre lumière.”

Non Jennifer.

Tu pleures dans un Airbnb humide à 980 euros parce qu’un DJ microdosé aux champignons t’a remplacée par une prof de yoga brésilienne avec piercing au téton.

Restons précis historiquement.

Le monde entier est devenu une audition permanente.

Les gens ne mangent plus. Ils “partagent une expérience culinaire.”

Ils ne voyagent plus. Ils “créent des souvenirs.”

Ils ne vont plus à la plage. Ils “capturent l’instant.”

Même les pauvres veulent désormais une direction artistique.

Tu vois des types sans mutuelle mettre :

des jantes à 4000 euros,

des montres financées sur vingt ans,

des injections capillaires en Turquie,

et des dents tellement blanches qu’on dirait des sanitaires d’aéroport qatari.

Le monde moderne ne veut plus être heureux.

Il veut avoir l’air désirable pendant son effondrement nerveux.

Et les réseaux ont terminé le massacre psychologique.

Instagram surtout.

Cette machine à fabriquer :

des complexes,

des narcissiques,

des troubles alimentaires,

et des coachs de vie qui ressemblent à des figurants supprimés de Matrix.

Tu ouvres l’application : directement ton cerveau prend trois coups de pelle dans l’estime de soi.

Quelqu’un est :

plus beau,

plus riche,

plus bronzé,

plus musclé,

plus heureux,

plus amoureux,

plus “aligné”.

Pendant que toi tu regardes ton plafond en mangeant des pépitos debout comme un survivant de catastrophe naturelle.

Même les corps ne sont plus humains.

Les femmes sont photoshopées jusqu’à ressembler à des avatars créés par des ingénieurs japonais insomniaques.

Les hommes ressemblent à des action figures sous hormones élevées au blanc de poulet et à la haine de soi.

Le pire ?

Tout le monde sait que c’est faux.

Mais tout le monde continue.

Parce qu’on ne compare plus des vies.

On compare des mises en scène.

L’époque entière ressemble à Hollywood dirigé par des gens qui ont peur d’eux-mêmes.

Même les adolescents maintenant ont une “image de marque.”

À treize ans.

Treize.

Moi à treize ans je ressemblais à un témoin d’accident nucléaire avec un sac Eastpak et des rêves approximatifs.

Aujourd’hui les gamins ont :

personal branding,

angles photo,

anxiété sociale,

et stratégie TikTok.

Le capitalisme a littéralement réussi à transformer l’enfance en campagne marketing.

Même la beauté est devenue épuisante.

Avant être séduisant suffisait.

Maintenant il faut :

être beau,

photogénique,

filmable,

esthétique au réveil,

intéressant socialement,

désirable publiquement,

validé collectivement,

et surtout : paraître naturel pendant l’effort.

L’être humain moderne passe plus de temps à gérer sa perception qu’à développer sa personnalité.

Et ensuite tout le monde se demande pourquoi les gens se sentent vides intérieurement.

Peut-être parce qu’ils ont remplacé leur identité par une vitrine lumineuse sponsorisée par Sephora et validation numérique.

Le plus fascinant, c’est le rapport au vieillissement.

Panique générale.

Une ride aujourd’hui est traitée comme une fuite nucléaire.

Les gens s’injectent :

de l’acide hyaluronique,

du collagène,

du botox,

des vitamines,

du sang de saumon probablement,

bientôt du liquide de station spatiale…

…pour retarder de six mois le fait d’être mortels.

Tu regardes certaines célébrités, on dirait des statues de cire qui ont développé une allergie à l’expression faciale.

Même sourire devient compliqué.

Le visage lutte contre lui-même comme un syndicat contre une réforme des retraites.

Et derrière tout ça ?

Toujours la même terreur.

Ne plus être désiré.

Parce qu’on a élevé des générations entières à croire que leur valeur dépendait :

de leur image,

de leur sex appeal,

de leur visibilité,

de leur potentiel de consommation érotique.

Alors forcément les gens paniquent dès qu’ils deviennent ordinaires.

Or être ordinaire… c’est pourtant la condition humaine normale.

Mais l’époque déteste le réel.

Elle veut :

du spectaculaire,

du filtré,

du lumineux,

du performant,

du “wow”.

Même les cafés maintenant ressemblent à des laboratoires Suédois dirigés par des architectes sous kétamine douce.

Tu commandes un expresso : on te sert une expérience sensorielle avec mousse narrative et storytelling équitable du grain colombien élevé en conscience.

Ferme-la Baptiste. C’est du café.

Et moi plus je regardais cette société obsédée par l’image…

plus je comprenais pourquoi tant de gens étaient incapables de se choisir eux-mêmes.

Parce qu’ils ne savent même plus qui ils sont sans public.

Retire :

les likes,

les regards,

les validations,

les filtres,

les réactions,

les compliments…

…et énormément de personnes s’effondrent comme des décors de cinéma.

Alors que se choisir vraiment…

c’est peut-être précisément ça :

être capable de rester entier même quand personne n’applaudit.

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