Chapitre 19 - Le sac de frappe ne ment jamais

3 minutes de lecture

Je crois que la plupart des grandes leçons de vie arrivent quand on ne les cherche pas.

Pas dans les livres.

Pas dans les podcasts.

Pas dans les citations inspirantes écrites par des gens qui prennent une photo de leur cappuccino avant de le boire.

Non.

Parfois elles arrivent dans une salle de sport qui sent la sueur, le caoutchouc et les rêves abandonnés.

Moi ce jour-là, je frappais un sac.

Enfin... j'essayais.

Parce qu'au début, comme beaucoup de gens dans la vie, je confondais énergie et efficacité.

Je mettais :

de la force,

de la colère,

de la vitesse,

de l'intensité.

Le problème ?

Le sac s'en foutait complètement.

Le sac est un philosophe.

Un énorme philosophe suspendu à une chaîne.

Et il ne ment jamais.

Tu frappes mal ?

Il te le dit.

Tu frappes trop tard ?

Il te le dit.

Tu frappes trop près ?

Il te le dit.

Tu frappes avec l'ego ?

Il te le dit.

Tu frappes comme un abruti ?

Il te le dit très vite.

Parce qu'à chaque fois que je frappais trop fort sans réfléchir...

Le sac revenait.

Dans ma garde.

Dans mon visage.

Dans mon rythme.

Dans mon équilibre.

Et là j'ai compris un truc monstrueux.

Toute ma vie fonctionnait exactement pareil.

Combien de fois avais-je frappé trop tôt ?

Une relation. Un projet. Une décision.

Parce que j'avais peur.

Parce que j'étais impatient.

Parce que je voulais forcer le destin comme un commercial essaye de vendre une extension de garantie à quelqu'un qui achète une tondeuse.

Combien de fois avais-je frappé trop tard ?

Parce que j'hésitais.

Parce que je réfléchissais trop.

Parce que j'attendais une certitude qui n'existe jamais.

Et pendant que je pensais...

Le moment passait.

Comme ce sac qui continue son mouvement pendant que toi tu restes bloqué dans ta tête.

Puis il y a la distance.

Mon Dieu la distance.

Toute la vie est une histoire de distance.

Trop loin ?

Tu touches rien.

Trop près ?

Tu te fais percuter.

Exactement comme les relations.

Exactement comme les gens.

Exactement comme l'amour.

Certains passent leur vie beaucoup trop loin.

Personne ne peut les atteindre.

Personne ne peut les toucher.

Personne ne peut les blesser.

Mais personne ne peut les aimer non plus.

D'autres vivent collés au sac.

Collés aux gens.

Collés aux histoires.

Collés aux émotions.

Et forcément...

ils prennent tous les retours dans la gueule.

Toutes les oscillations.

Tous les mouvements.

Tous les déséquilibres.

Le sac continue de bouger.

Et eux avec.

Parce qu'ils ont oublié leur propre axe.

Et là j'ai compris la leçon la plus violente.

Le problème n'est jamais le sac.

Le problème n'est jamais l'autre.

Le problème n'est même pas la vie.

Le problème, c'est que tu frappes alors que tu n'es pas stable.

Tu veux aimer alors que tu n'es pas aligné.

Tu veux construire alors que tu n'es pas ancré.

Tu veux décider alors que tu es encore en train de courir après tes propres émotions comme un labrador sous caféine poursuit une mouette.

Alors forcément...

tout devient brouillon.

Le coup est mauvais.

La trajectoire est mauvaise.

Le timing est mauvais.

Et ensuite tu accuses :

l'amour,

les femmes,

les hommes,

la société,

le destin,

Mercure rétrograde,

ou la qualité du revêtement de la salle.

Alors que la vérité est beaucoup plus humiliante.

Tu étais simplement hors de ton axe.

Et un être humain hors de son axe devient dangereux.

Pas pour les autres.

Pour lui-même.

Parce qu'il prend :

ses peurs pour de l'intuition,

ses fantasmes pour des vérités,

son manque pour de l'amour,

son obsession pour du destin.

Il frappe dans le vide.

Puis il se demande pourquoi il est épuisé.

Le sac m'a appris autre chose.

Quand tu frappes proprement...

Tu ne cherches plus à détruire.

Tu cherches la précision.

Tu n'utilises plus toute ton énergie.

Tu utilises juste ce qu'il faut.

Exactement comme dans la vie.

L'homme immature veut :

convaincre,

séduire,

sauver,

réparer,

contrôler.

L'homme aligné ?

Il ajuste.

Il observe.

Il attend.

Puis il agit.

Net.

Propre.

Sans gaspillage.

Parce qu'il sait quelque chose que beaucoup ignorent :

La puissance n'a jamais été dans la force.

Elle a toujours été dans l'axe.

Et peut-être que "se baiser d'abord" n'est finalement rien d'autre que ça.

Retrouver son centre.

Retrouver sa distance.

Retrouver son timing.

Retrouver sa garde.

Puis regarder le monde revenir vers toi comme ce sac de frappe.

Et cette fois...

ne plus reculer.

Annotations

Vous aimez lire Olivier Delguey ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0